Auteur : Alain-Michel Jourdat

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Le cinéma néo-réaliste de Giuseppe de Santis exalte la choralité et le lien cosmique entre les paysages ruraux du Latium et leur population vivant en complète autarcie et dans un enracinement profond à une terre inhospitalière. D’amples travellings et mouvements d’appareil à la grue assument cette transition entre le décor naturel agreste et les protagonistes en proie à des luttes intestines ou des rixes claniques. Dernier volet de la trilogie paysanne de Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes est une tragédie grecque au dénouement cathartique. Relecture ..

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Riz amer : noirceur paysanne et sex-appeal hollywoodien

Dans un mélange des genres, « Riz amer » offre une plongée documentaire sur la condition sociale des mondines, cette corporation d’ouvrières agricoles saisonnières exploitées de la plaine du Pô. Scénariste sur le tout premier opus néo-réaliste: Les amants maudits (Ossessione-1943) de Luchino Visconti, Giuseppe de Santis plante le décor sur fond de rizières tout en composant avec le réalisme soviétique et les recettes du film noir américain. Rembobinage et sociologie de ce film phare…

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La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

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Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..

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Le fleuve de la mort : une vendetta mexicaine

Dans ce film de commande de « derrière les fagots », Luis Bunuel revisite, pour mieux les exorciser, les rancunes ancestrales qu’assouvissent deux clans familiaux, ennemis irréductibles, dans un village mexicain arriéré. Par-delà la morale éthique sous-jacente qui consacre l’éducation comme le meilleur remède à l’ignorance et l’illettrisme, le cinéaste interroge la religiosité de la mort.

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Seijun Suzuki, chantre de l’ultra violence parodique

Dans le Japon de l’expansion économique fulgurante des années 60, Seijun Suzuki fait figure de rebelle iconoclaste incompris. Sous contrat depuis 1956 avec la plus vieille major japonaise , la Nikkatsu, il réalise une 40aine de films avant d’ être écarté en 1968. S’ensuit un procès au long cours qu’il finira par gagner en 1976. Entre 1963 et 1967, il pourfend le mythe traditionnel du yakuza au gré d’ une série de films avant-gardistes du genre « pulp ». Il y insuffle une veine originale corrosive, volontiers disruptive voire destructive par endroits. Il déconstruit les codes à la frontière de la vie et de la mort dans ce microcosme de dérision que compose le milieu réactionnaire des yakuzas. Immersion dans 4 de ses réussites les plus marquantes..

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Ginza cosmetics ou quand une femme refuse de monter l’escalier

« Ginza cosmetics » dépeint les tribulations d’une quarantenaire esseulée, geisha flanquée de son rejeton dans l’après-guerre, qui a du mal à joindre les deux bouts et doit composer avec son quotidien dans le quartier commerçant tokyoïte de Ginza en pleine reconstruction. Mikio Naruse signe là une tranche de vie tout en retenue émotionnelle qui est un reflet fidèle, méticuleux de raffinement sentimental et quasi documentaire, de l’ethnicité japonaise comme art de vivre. Inédit et incontournable …

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The cruise : travelogue circulaire dans Manhattan

A l’image du travelling circulaire à 360 ° qui serait le leitmotiv de l’étourdissement rhétorique de Timothy « Speed » Levitch, guide touristique déjanté pour sa ville de New York, The cruise est un travelogue, un circuit itinérant, un carnet d’impressions prises sur le vif de la « grosse pomme ». C’est avant tout un exercice de style documentaire à la caméra numérique à l’épaule de Bennett Miller qui restitue l’attraction-répulsion exercée par « la ville qui ne dort jamais » dans un noir et blanc granuleux gonflé en 35 mm. Suivons le guide dans sa virée inspirante..

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Les filles de Sumitra Peries: aspirations contrariées au féminin

Pionnière du cinéma srilankais, Sumitra Peries livre avec Les Filles une première oeuvre initiatique d’une intense et magistrale sensibilité féminine. Dans un lyrisme sans frein des images et une aura de pessimisme , la cinéaste interroge la frustration et le cheminement et renoncement d’apprentissage de la vie de sa jeune héroïne rurale Kusum . Infériorisée par une extraction sociale modeste, elle renoncera à s’émanciper du joug patriarcal rigide. Un pur joyau exhumé et restauré « in extremis » à partir de nitrates soumis autrement à la détérioration inexorable du temps. Autopsie d’un petit chef d’oeuvre intimiste..

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La famille Homolka ou le quotidien ordinaire comme source d’aliénation

Puissants marqueurs de leur époque sous la chape d’airain du joug militaire soviétique, les cinéastes de la » jeune vague tchécoslovaque » affirment une contre-culture avant-gardiste à l’éclosion du Printemps de Prague (5 janvier 1968 -21 août 1968). Jaroslav Papousek, surtout connu pour avoir été le scénariste de Milos Forman et Ivan Passer, restitue, dans une trilogie populaire, le quotidien comme source d’aliénation d’une famille tchèque ordinaire : la famille Homolka . A travers ce microcosme de la société tchécoslovaque, il matérialise l’échec de l’espoir réformateur. Analyse..

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Le destin : « bûcher des vanités »

Le Destin est un biopic allégorique dont l’argument évoque une tranche de vie du philosophe, juriste, théologien et médecin Averroès au XIIéme siècle. Youssef Chahine se fait conteur et fabuliste dans un genre cinématographique didactique où il excelle à recréer une mémoire historique par le divertissement « kitsch » en utilisant les ressorts d’un spectacle populaire agréable et poétique. Décryptage de ce « brûlot  » qui dénonce toute intolérance religieuse..

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Feux dans la plaine : dans l’enfer de la jungle philippine

Feux dans la plaine retrace un épisode dantesque des ultimes soubresauts des forces japonaises exsangues sur le territoire philippin en prélude à l’humiliante capitulation sans condition de 1945. Sombre et sublime à la fois, l’oeuvre graphique est farouchement antimilitariste. D’une crudité hallucinante, son hyperréalisme suinte la désespérance humaine et le défaitisme. La déshumanisation est extrême qui illustre magistralement l’agonie de ces bataillons décharnés sur fond de paysages apocalyptiques à travers l’itinéraire macabre d’un troupier halluciné.

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Le Cid : l’envers du décor pharamineux

Le Cid est à (re)voir comme l’une des dernières superproductions épiques à grand spectacle qu’il est et non pour sa stricte conformité à une véracité historique. Les décors extérieurs sont de toute beauté déployant des paysages à couper le souffle à même enseigne que les décors intérieurs exquisément enluminés et les costumes rutilants et chatoyants; le tout dénotant indéniablement d’un souci extrême de la reconstitution flamboyante . On peut déplorer certains anachronismes et enjambements et un casting qui détonne par endroits. L’occasion de se pencher sur le revers de la légende et l’envers du décor..

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Le quai des brumes ou « la grande désillusion »

Au qualificatif de « réalisme poétique » que la critique accola un peu trop complaisamment pour son goût à ses films, Marcel Carné préférait la notion de « fantastique social » emprunté à l’oeuvre forgée par Pierre Mac Orlan entre expressionnisme allemand et surréalisme français dont Jacques Prévert et lui-même adaptent librement  » Le quai des brumes » en 1938. Y est dépeinte une atmosphère viciée de grisaille et de spleen, avant coureuse d’une guerre latente. L’oeuvre rencontra des déboires avec la censure. Leur collaboration fructueuse mènera ce pessimisme foncier à son aboutissement l’année suivante dans « Le jour se lève ». Relecture..

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L’étrange obsession: l’emprise du désir inassouvi

« L’étrange obsession » autopsie sans concessions et de manière incisive, comme au scalpel ,la vanité et le narcissisme à travers l’obsession sexuelle et la quête vaine de jouvence éternelle d’un homme vieillissant, impuissant à satisfaire sa jeune épouse. En adaptant librement l’écrivain licencieux Junichiro Tanizaki, Kon Ichikawa signe une nouvelle « écranisation » littéraire dans un cinémascope aux tons de pastel qui navigue ingénieusement entre comédie noire provocatrice, farce macabre et thriller psychologique hitchcockien. Analyse quasi freudienne d’un cas de dépendance morbide à la sensualité..

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Les derniers jours de Mussolini: un baroud du déshonneur

« Les derniers jours de Mussolini » adopte la forme d’un docudrame ou docufiction pour, semble-t-il, mieux appréhender un imbroglio et une conjonction de faits complexes à élucider au gré de thèses contradictoires encore âprement discutées par l’exégèse historique et les historiographes. Dans quelles circonstances Benito Mussolini a-t-il été capturé pour être ensuite exécuté sommairement avec sa maîtresse Clara Petacci avant que leurs dépouilles mortelles et celles de dignitaires fascistes ne soient exhibées à la vindicte populaire et mutilées en place publique ? Le film-enquête suit pas à pas la traque inexorable d’un tyran déchu, lâché par ses anciens affidés, refusant la reddition sans conditions et acculé à une fuite en avant pathétique autant que désespérée. Rembobinage…

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Une journée particulière (Ressortie)

Une journée particulière opère la fusion parfaite entre drame existentiel, critique sociale et reconstruction historique. En mémorialiste désabusé qui porte un regard humaniste sur son pays, Ettore Scola laisse libre cours à sa mélancolie et son proverbial « pessimisme gai » qui sait admirablement inscrire la petite histoire dans la grande. Le cinéaste offre un film réduit à sa plus simple expression, dépouillé de tous ses oripeaux sinon ceux, omniprésents, des régimes fascistes et nazis unifiés pour l’occasion. Relecture ..

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Cycle Yasuzo Masumura : entre érotisme transgressif et esthétisme expressionniste

Dans la constellation des cinéastes japonais de la génération de l’après-guerre, Yasuzo Masumura est une figure transgressive à l’esthétisme remarquable . Au plus fort de cette mouvance avant-gardiste que représenta rétrospectivement la nouvelle vague japonaise, il tranche par une forme d’extravagance et d’affranchissement aux codes revendiqués. Entre le radicalisme progressiste de Nagisha Oshima, l’onirisme et l’émotion esthétique de Kon Ichikawa, l’univers psychanalytique de Shohei Imamura ,le cinéma de Masumura est intimement féministe, introspectif et expressionniste dans le même temps. Zoom…

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All about Eve: la vie est une scène de théâtre

Il est des films impérissables ancrés dans la mémoire cinéphile qu’on ne se lasse pas de redécouvrir. « All about Eve » est de ceux-là où les artifices du cinéma révèlent la vérité du théâtre dans une satire cinglante autant que dévastatrice. Où la comédie des faux-semblants donne le change aux feux de la rampe. Où ne plus avoir de vie privée est la rançon de la célébrité. Nominé 14 fois aux oscars, il rafla la mise en en remportant 6. Relecture d’un succès sans équivalent dans les annales du cinéma hollywoodien.

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Chronique des années de braise: une épopée tumultueuse portée à son point d’incandescence

C’est toute une mémoire collective du peuple algérien que retrace l’odyssée mouvementée du paysan Ahmed, héros mythique d’une épopée visionnaire. Evoquées dans un scope 70 mm en Panavision éblouissant de lumière crue, ces années de braise sont le ferment d’une révolution qui embrase sourdement une population sacrifiée par la colonisation française. La fresque homérique oscille entre une conscience nationaliste aigüe et un lyrisme de tragédie grecque où le réalisateur Mohammed Lahkdar-Hamina se mue en oracle histrionique, voix prophétique et guide spirituel d’un peuple en quête d’émancipation. Analyse…

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Ida Lupino, cinéaste, ou la faillite du rêve américain

Actrice hollywoodienne consacrée et cinéaste militante féministe farouchement déterminée à s’émanciper des codes de production de l’usine à rêves hollywoodienne, Ida Lupino s’est taillée une place à part après Dorothy Azner au sein d’une industrie cinématographique américaine notoirement patriarcale et machiste. Son statut hybride d’actrice et de réalisatrice indépendante engagée lui confère une aura peu commune. Elle reste la seule réalisatrice de son temps à avoir embrassé une carrière double. La cinémathèque française vient de lui consacrer un cycle rétrospectif. Aperçu du versant cinéaste..

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Darling Chérie de John Schlesinger : le Londres branché des années 60

Autopsie grinçante de la « dolce vita » d’une top-modèle asséchée par ses relations avec des hommes influents, Darling chérie est une oeuvre générationnelle qui interroge sur les choix d’émancipation laissés à une gente féminine dans la dépendance d’une société sexiste. Au coeur du Londres branché des années 60, son ascension fulgurante, facilitée par un carriérisme décomplexé, va précipiter sa désespérance morale. Par la stylisation d’un microcosme superficiel, John Schlesinger brosse la satire sociale d’une époque effervescente en prélude au Blow-up d’Antonioni qui sortira l’année suivante en 1966.

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La soif du mal : reconstruction d’un « pulp thriller » à la noirceur terminale

En 1958, alors dans la phase de postproduction de son film et sous la pression des studios Universal qualifiant l’oeuvre de « provocatrice », Orson Welles, assiste, impuissant, à la refonte de sa mise en scène de La soif du mal. La puissance suggestive de ce qui constituera son « chant du cygne hollywoodien » a scellé définitivement son sort dans un bannissement virtuel. A sa sortie, les critiques n’ont pas su voir à quel point le cinéaste était visionnaire et en avance sur son temps. Ils jugent la mise en scène inaboutie et peu substantielle. En 1998, soit 40 ans plus tard et 13 ans après la disparition de son metteur en scène mythique, sur ses directives, une version longue sort qui restitue à la noirceur terminale de ce « pulp thriller » toute la démesure shakespearienne voulue par l’auteur. Réévaluation…

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Coin du cinéphile: Ernst Lubitsch, une vie de cinéma entièrement fantasmée

Les comédies d’Ernst Lubitsch n’accusent aucun stigmate de l’âge; bien au contraire. Et rien ne saurait entacher le plaisir à nul autre pareil de les revoir sans modération. On aura pu s’en rendre compte lors de la foisonnante rétrospective que lui a consacré la cinémathèque française en mars-avril derniers. Le présent tableau synoptique balaie une production prolifique depuis ses débuts comme simple « hallebardier » au sein de la troupe du dramaturge Max Reinhardt jusqu’à l’apogée de son style qu’il maîtrise à la perfection en « Deus ex machina » providentiel sur un plateau de tournage. Présumant de ses forces, il décèdera prématurément d’une crise cardiaque à 55 ans en 1948; interrompant brutalement une carrière des plus trépidante.

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Carlo Lizzani : un cinéaste de conviction à réhabiliter

Le cinéma transalpin est jalonné de francs-tireurs forgés tout du long par une intime conviction de la réalité socio-historique de leur pays. Carlo Lizzani est de ceux-là qui se fit un devoir de débusquer l’hydre du fascisme dans nombre de ses films. La cinémathèque lui rend un hommage appuyé du 2 mai au 24 mai. L’occasion de faire découvrir et réhabiliter un cinéaste militant consacré par ses pairs. Focus sur « La chronique des pauvres amants qui lui valut le prix international du Jury à cannes en 1954…

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10 films d’Hitchcock restaurés de ses débuts ou la quintessence d’un style naissant

Durant les années 20, l’industrie du film britannique est atone et inconstante; accusant un sérieux déficit de productivité. Elle est battue en brèche et surtout battue froid par l’usine à rêves hollywoodienne érigée en modèle insurpassable de production. Grâce à son oeil cinématique affûté, Alfred Hitchcock va lui insuffler un nouvel élan créatif ; s’affranchissant progressivement des contraintes de production et de la censure. Une carte blanche est accordée à ce « wonder boy » défricheur pour sortir le cinéma britannique de l’ornière commerciale dans laquelle il paraît englué. Elle s’exprimera au travers d’une dizaine de films précurseurs. Retour de « manivelle » sur The manxman et Chantage..

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Exotisme colonial et dépaysement en 5 films signés Julien Duvivier

Julien Duvivier est un cinéaste majeur qui mérite amplement d’être réhabilité. Féru du théâtre de ses débuts, l’homme se révèle un technicien hors pair au fil des années en 67 films. Son pessimisme foncier le porte à sonder la face sombre de l’âme humaine. Il sut opérer sans hiatus la transition de l’esthétique du muet au parlant. Pour preuve, ce florilège de 5 de ses films des années trente restaurés 4K que le distributeur Les Acacias ressort en salles. Réévaluation…

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La maison et le monde

Toute la filmographie de Satyajit Ray est innervée par cette constante dualité entre l’intériorité du microcosme domestique et l’expansion stérilisante du monde environnant. La maison et le monde ne fait pas exception qui dépeint une société indienne tiraillée entre l’héritage colonial d’une tutelle britannique et son légitime accès à l’indépendance sur fond de clashs religieux entre Hindous et Musulmans. La sphère conjugale voisine ainsi avec la sphère politique. De même, cette coexistence omniprésente de la féminité et de la mère patrie déifiée à travers elle. Retour sur ce film fondateur à réhabiliter.

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Le pavillon d’or

En incendiant la pagode dorée de Kyoto, relique architecturale, un jeune bonze expérimente une catharsis intérieure et la purgation des traumatismes qu’il a vécus jusqu’alors. Adaptant librement le roman de Yukio Mishima dans un scope noir et blanc éclairant le côté sombre du personnage, Kon Ichikawa suit l’itinéraire d’apprentissage torturant qui a conduit son antihéros à commettre l’irréparable.

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La classe ouvrière va au paradis

Avec « La classe ouvrière va au paradis », Elio Petri livre un pamphlet kafkaïen sur l’effondrement des utopies du changement au sein de la mouvance ouvrière. Le panorama est sombre à une époque où l’on pouvait encore croire dans la possibilité d’un compromis politique et idéologique entre le prolétariat et les étudiants extrémistes militants en tant que ferment révolutionnaire. A l’aube des années 70, le cinéaste force à dessein le trait d’une aliénation au travail confrontée aux normes de productivité. Analyse…

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Chaussure à son pied (Ressortie en salles en version restaurée)

Par la satire sociale, cette comédie de moeurs tourne en dérision les travers de l’institution maritale. Entre Cendrillon et Le Roi Lear, la pochade étrille la misogynie patriarcale à travers la figure tutélaire de butor histrionique joué avec force cabotinage par Charles Laughton. Falstaffien en coffret dvd blue-ray.

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Cycle Pietro Germi à la cinémathèque: Entre sentimentalisme communautaire et ancrage populaire

Pietro Germi figure un peu comme l’outsider ou, à tout le moins, le mal-aimé du cinéma italien de l’âge d’or. Et les opportunités de (re)découvrir sa filmographie -telle la rétrospective que lui a consacré la cinémathèque française en octobre dernier- ne sont pas légion. L’occasion de revenir aux fondamentaux de son cinéma enclin à la dénonciation sociale. Rembobinons…

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Trois joyaux de Max Ophüls

Le cinéma incandescent de Max Ophüls traduit la perte nostalgique d’un monde finissant selon un romantisme exacerbé où tout commence en chansons et par des valses d’Offenbach ou de Strauss et se termine sur une note tragique. La preuve par trois films : « Sans lendemain » (1939), « Madame de… »1953) et « Le Plaisir » (1952).

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L’Emprise

La rentrée cinématographique ne doit pas éclipser la reprise restaurée de « L’emprise », œuvre-charnière coïncidant avec l’instauration du code Hays de censure instauré le 1er Juillet 1934. La romance dévoyée marque un tournant décisif après une période licencieuse pré-code de quatre ans. Rembobinage.

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La Noire de…

Tiré d’un fait divers réel, « La Noire de… « est avant tout un réquisitoire subversif à portée universelle qui interroge tragiquement sur les préjugés raciaux et la manière de les combattre. Diouana, jeune Sénégalaise en mal d’émancipation, est déclassée puis réduite à l’anonymat de la couleur de sa peau dans une dépersonnalisation postcoloniale….Analyse …

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La peau douce

Avec « La peau douce », François Truffaut documente une tragique histoire d’adultère seulement conventionnelle en surface. Inspirée par un fait divers réel, la comédie noire fut copieusement éreintée au moment de sa sortie en 1964 par ses nombreux détracteurs; y compris à l’international. Réévaluation.

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La garçonnière

A l’entame des “swinging sixties” qui vont pérenniser la libération des mœurs, « la garçonnière » est un “tour de farce” qui vient tordre définitivement le cou à cette Amérique puritaine. Mêlant un ton acerbe et un cynisme achevé, Billy Wilder y fustige allègrement l’hypocrisie des conventions sociales et pulvérise les tabous sexuels de son temps. Un an après avoir défié le code de
production dans une “confusion des genres” avec sa comédie déjantée Certains l’aiment chaud, le cinéaste remet le couvert. La satire aigre-douce et grinçante transcende la comédie; défiant les classifications de genre.

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Chien enragé. Nouvelle Restauration 4K.

Dans Chien enragé, Tokyo est un immense brasier poussé à son point d’incandescence sous un soleil zénithal. Le récit policier déroule ici une filature harassante dans les entrailles de l’underworld. Sa faune est à nouveau le théâtre d’un duel exacerbé.

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Vivre (Ikiru – Akira Kurosawa, 1952) Nouvelle Restauration 4K

« Vivre » ne se résume pas à son questionnement métaphysique sur le sens de l’existence étriquée d’un fonctionnaire falot miné par un mal incurable. L’oeuvre vaut surtout comme un plaidoyer pro domo par son réalisateur qui, parvenu au milieu du gué, s’interroge sur son accomplissement. Un film impérissable en version restaurée.

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Ludwig ou le crépuscule des dieux

« Ludwig » est l’immersion dans l’aberration mentale de Louis II de Bavière, souverain paranoïaque atteint d’une folie des grandeurs. L’intrigue du film est un patchwork de témoignages en flashbacks qui accréditent la lente
dégradation d’un état pathologique. Entre biopic sombre et récit édifiant, Luchino Visconti se livre à l’autopsie d’un monarque sur le déclin offrant le spectacle pathétique de sa déchéance à l’œuvre.

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Senso

Avec « Senso », Luchino Visconti revendique avoir voulu cerner le mélodrame opératique de la vie jusque dans sa dimension épique. Sa partition de librettiste est partisane au sens patriotique du terme, qui dénonce, dans une somptueuse théâtralisation baroque, la déliquescence morale propre à l’aristocratie italienne durant la phase du risorgimento, la réunification italienne de 1866.

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L’innocent

Diminué par un AVC qui le contraint à rester dans un fauteuil roulant au terme du tournage de « Ludwig », Luchino Visconti s’attelle néanmoins à « L’innocent », librement adapté de la prose flamboyante de Gabriele d’Annunzio. Outre son chant du cygne, il livre ici une comédie intimiste de mœurs et des manières ainsi qu’une réflexion mélancolique grinçante sur une classe patricienne décadente de Rome au tournant du XX éme siècle.

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Napoléon

A l’initiative de la cinémathèque française, le Napoléon vu par Abel Gance synthétise une expérience cinématographique unique en immersion totale. L’œuvre foisonnante reconstitue la geste bonapartienne où l’épopée visionnaire voisine avec l’intimité familiale du clan Bonaparte. Les prémices de la vie du futur empereur depuis sa formation militaire à Brienne jusqu’à la campagne d’Italie sont vues “par le grand bout de la lorgnette”. Durant sept heures de projection, un maelstrom d’images fantasmagoriques défile sans discontinuer; subjuguant les esprits. Contextualisation..

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Les Sept Samouraïs (ressortie en salles dans une nouvelle restauration).

Avec Rashômon, le scepticisme moral d’Akira Kurosawa interrogeait déjà, de manière éloquente, les faits du passé. Dans une théâtralité avouée, des benshis (récitants) évoquent rétrospectivement la même anecdote et ce récit en abîme et en forme d’échos reconduisait une vérité narrative à jamais insaisissable.

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