COIN DU CINÉPHILE
COIN DU CINÉPHILE
Seijun Suzuki, chantre de l’ultra violence parodique
Dans le Japon de l’expansion économique fulgurante des années 60, Seijun Suzuki fait figure de rebelle iconoclaste incompris. Sous contrat depuis 1956 avec la plus vieille major japonaise , la Nikkatsu, il réalise une 40aine de films avant d’ être écarté en 1968. S’ensuit un procès au long cours qu’il finira par gagner en 1976. Entre 1963 et 1967, il pourfend le mythe traditionnel du yakuza au gré d’ une série de films avant-gardistes du genre « pulp ». Il y insuffle une veine originale corrosive, volontiers disruptive voire destructive par endroits. Il déconstruit les codes à la frontière de la vie et de la mort dans ce microcosme de dérision que compose le milieu réactionnaire des yakuzas. Immersion dans 4 de ses réussites les plus marquantes..
Ida Lupino, cinéaste, ou la faillite du rêve américain
Actrice hollywoodienne consacrée et cinéaste militante féministe farouchement déterminée à s’émanciper des codes de production de l’usine à rêves hollywoodienne, Ida Lupino s’est taillée une place à part après Dorothy Azner au sein d’une industrie cinématographique américaine notoirement patriarcale et machiste. Son statut hybride d’actrice et de réalisatrice indépendante engagée lui confère une aura peu commune. Elle reste la seule réalisatrice de son temps à avoir embrassé une carrière double. La cinémathèque française vient de lui consacrer un cycle rétrospectif. Aperçu du versant cinéaste..
Coin du cinéphile: Ernst Lubitsch, une vie de cinéma entièrement fantasmée
Les comédies d’Ernst Lubitsch n’accusent aucun stigmate de l’âge; bien au contraire. Et rien ne saurait entacher le plaisir à nul autre pareil de les revoir sans modération. On aura pu s’en rendre compte lors de la foisonnante rétrospective que lui a consacré la cinémathèque française en mars-avril derniers. Le présent tableau synoptique balaie une production prolifique depuis ses débuts comme simple « hallebardier » au sein de la troupe du dramaturge Max Reinhardt jusqu’à l’apogée de son style qu’il maîtrise à la perfection en « Deus ex machina » providentiel sur un plateau de tournage. Présumant de ses forces, il décèdera prématurément d’une crise cardiaque à 55 ans en 1948; interrompant brutalement une carrière des plus trépidante.
Le cinéma allemand contemporain
Focus en quatre films sur une production cinématographique germanique trop rarement mise en avant.
Abel Gance ou l’exacerbation des passions sur l’écran “large” du cinématographe
C’est en étroite coordination avec le CNC, le centre national du cinéma et de l’image animée, que la Cinémathèque Française a pu concevoir, réaliser et recréer en septembre dernier les conditions d’une rétrospective foisonnante dédiée à l’oeuvre superlative, tant grandiose, monumentale, majestueuse que solennelle et grave d’Abel Gance. Temps forts.
Seijun Suzuki, chantre de l’ultra violence parodique
Dans le Japon de l’expansion économique fulgurante des années 60, Seijun Suzuki fait figure de rebelle iconoclaste incompris. Sous contrat depuis 1956 avec la plus vieille major japonaise , la Nikkatsu, il réalise une 40aine de films avant d’ être écarté en 1968. S’ensuit un procès au long cours qu’il finira par gagner en 1976. Entre 1963 et 1967, il pourfend le mythe traditionnel du yakuza au gré d’ une série de films avant-gardistes du genre « pulp ». Il y insuffle une veine originale corrosive, volontiers disruptive voire destructive par endroits. Il déconstruit les codes à la frontière de la vie et de la mort dans ce microcosme de dérision que compose le milieu réactionnaire des yakuzas. Immersion dans 4 de ses réussites les plus marquantes..
Ida Lupino, cinéaste, ou la faillite du rêve américain
Actrice hollywoodienne consacrée et cinéaste militante féministe farouchement déterminée à s’émanciper des codes de production de l’usine à rêves hollywoodienne, Ida Lupino s’est taillée une place à part après Dorothy Azner au sein d’une industrie cinématographique américaine notoirement patriarcale et machiste. Son statut hybride d’actrice et de réalisatrice indépendante engagée lui confère une aura peu commune. Elle reste la seule réalisatrice de son temps à avoir embrassé une carrière double. La cinémathèque française vient de lui consacrer un cycle rétrospectif. Aperçu du versant cinéaste..
Coin du cinéphile: Ernst Lubitsch, une vie de cinéma entièrement fantasmée
Les comédies d’Ernst Lubitsch n’accusent aucun stigmate de l’âge; bien au contraire. Et rien ne saurait entacher le plaisir à nul autre pareil de les revoir sans modération. On aura pu s’en rendre compte lors de la foisonnante rétrospective que lui a consacré la cinémathèque française en mars-avril derniers. Le présent tableau synoptique balaie une production prolifique depuis ses débuts comme simple « hallebardier » au sein de la troupe du dramaturge Max Reinhardt jusqu’à l’apogée de son style qu’il maîtrise à la perfection en « Deus ex machina » providentiel sur un plateau de tournage. Présumant de ses forces, il décèdera prématurément d’une crise cardiaque à 55 ans en 1948; interrompant brutalement une carrière des plus trépidante.
Le cinéma allemand contemporain
Focus en quatre films sur une production cinématographique germanique trop rarement mise en avant.
Abel Gance ou l’exacerbation des passions sur l’écran “large” du cinématographe
C’est en étroite coordination avec le CNC, le centre national du cinéma et de l’image animée, que la Cinémathèque Française a pu concevoir, réaliser et recréer en septembre dernier les conditions d’une rétrospective foisonnante dédiée à l’oeuvre superlative, tant grandiose, monumentale, majestueuse que solennelle et grave d’Abel Gance. Temps forts.
CHRONIQUES
CHRONIQUES
La ragazza di Bube : une leçon d’humanité
Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..
Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible
A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..
Les éditions du MacGuffin
Très belle librairie colorée du Quartier Latin, le MacGuffin est aussi une maison d’édition…
Le fleuve de la mort : une vendetta mexicaine
Dans ce film de commande de « derrière les fagots », Luis Bunuel revisite, pour mieux les exorciser, les rancunes ancestrales qu’assouvissent deux clans familiaux, ennemis irréductibles, dans un village mexicain arriéré. Par-delà la morale éthique sous-jacente qui consacre l’éducation comme le meilleur remède à l’ignorance et l’illettrisme, le cinéaste interroge la religiosité de la mort.
Ginza cosmetics ou quand une femme refuse de monter l’escalier
« Ginza cosmetics » dépeint les tribulations d’une quarantenaire esseulée, geisha flanquée de son rejeton dans l’après-guerre, qui a du mal à joindre les deux bouts et doit composer avec son quotidien dans le quartier commerçant tokyoïte de Ginza en pleine reconstruction. Mikio Naruse signe là une tranche de vie tout en retenue émotionnelle qui est un reflet fidèle, méticuleux de raffinement sentimental et quasi documentaire, de l’ethnicité japonaise comme art de vivre. Inédit et incontournable …
Pas son genre, et Emilie Dequenne
En 2014 Emilie Dequenne triomphait dans un très beau film dramatique de Lucas Belvaux, Pas son genre. Un an après sa mort en 2025, souvenons-nous de la grande actrice qu’elle fut, trop tôt disparue.
The cruise : travelogue circulaire dans Manhattan
A l’image du travelling circulaire à 360 ° qui serait le leitmotiv de l’étourdissement rhétorique de Timothy « Speed » Levitch, guide touristique déjanté pour sa ville de New York, The cruise est un travelogue, un circuit itinérant, un carnet d’impressions prises sur le vif de la « grosse pomme ». C’est avant tout un exercice de style documentaire à la caméra numérique à l’épaule de Bennett Miller qui restitue l’attraction-répulsion exercée par « la ville qui ne dort jamais » dans un noir et blanc granuleux gonflé en 35 mm. Suivons le guide dans sa virée inspirante..
Les filles de Sumitra Peries: aspirations contrariées au féminin
Pionnière du cinéma srilankais, Sumitra Peries livre avec Les Filles une première oeuvre initiatique d’une intense et magistrale sensibilité féminine. Dans un lyrisme sans frein des images et une aura de pessimisme , la cinéaste interroge la frustration et le cheminement et renoncement d’apprentissage de la vie de sa jeune héroïne rurale Kusum . Infériorisée par une extraction sociale modeste, elle renoncera à s’émanciper du joug patriarcal rigide. Un pur joyau exhumé et restauré « in extremis » à partir de nitrates soumis autrement à la détérioration inexorable du temps. Autopsie d’un petit chef d’oeuvre intimiste..
La famille Homolka ou le quotidien ordinaire comme source d’aliénation
Puissants marqueurs de leur époque sous la chape d’airain du joug militaire soviétique, les cinéastes de la » jeune vague tchécoslovaque » affirment une contre-culture avant-gardiste à l’éclosion du Printemps de Prague (5 janvier 1968 -21 août 1968). Jaroslav Papousek, surtout connu pour avoir été le scénariste de Milos Forman et Ivan Passer, restitue, dans une trilogie populaire, le quotidien comme source d’aliénation d’une famille tchèque ordinaire : la famille Homolka . A travers ce microcosme de la société tchécoslovaque, il matérialise l’échec de l’espoir réformateur. Analyse..
INDIANA JONES, RETOUR SUR UN MYTHE CINÉMATOGRAPHIQUE.
Entre séries B et Andreï Tarkovski : à la recherche de l’enfance perdue.
Le destin : « bûcher des vanités »
Le Destin est un biopic allégorique dont l’argument évoque une tranche de vie du philosophe, juriste, théologien et médecin Averroès au XIIéme siècle. Youssef Chahine se fait conteur et fabuliste dans un genre cinématographique didactique où il excelle à recréer une mémoire historique par le divertissement « kitsch » en utilisant les ressorts d’un spectacle populaire agréable et poétique. Décryptage de ce « brûlot » qui dénonce toute intolérance religieuse..
Les Survivants
Premier long métrage de Guillaume Renusson, Les Survivants entend dénoncer la politique de contrôle des migrants aux frontières intérieures de l’espace Schengen. Pour cela la forme adoptée (ce n’est pas un thriller mais un brouet confus qui se traîne, entre western et pamphlet) importe peu.
La ragazza di Bube : une leçon d’humanité
Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..
Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible
A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..
Les éditions du MacGuffin
Très belle librairie colorée du Quartier Latin, le MacGuffin est aussi une maison d’édition…
Le fleuve de la mort : une vendetta mexicaine
Dans ce film de commande de « derrière les fagots », Luis Bunuel revisite, pour mieux les exorciser, les rancunes ancestrales qu’assouvissent deux clans familiaux, ennemis irréductibles, dans un village mexicain arriéré. Par-delà la morale éthique sous-jacente qui consacre l’éducation comme le meilleur remède à l’ignorance et l’illettrisme, le cinéaste interroge la religiosité de la mort.
Ginza cosmetics ou quand une femme refuse de monter l’escalier
« Ginza cosmetics » dépeint les tribulations d’une quarantenaire esseulée, geisha flanquée de son rejeton dans l’après-guerre, qui a du mal à joindre les deux bouts et doit composer avec son quotidien dans le quartier commerçant tokyoïte de Ginza en pleine reconstruction. Mikio Naruse signe là une tranche de vie tout en retenue émotionnelle qui est un reflet fidèle, méticuleux de raffinement sentimental et quasi documentaire, de l’ethnicité japonaise comme art de vivre. Inédit et incontournable …
Pas son genre, et Emilie Dequenne
En 2014 Emilie Dequenne triomphait dans un très beau film dramatique de Lucas Belvaux, Pas son genre. Un an après sa mort en 2025, souvenons-nous de la grande actrice qu’elle fut, trop tôt disparue.
The cruise : travelogue circulaire dans Manhattan
A l’image du travelling circulaire à 360 ° qui serait le leitmotiv de l’étourdissement rhétorique de Timothy « Speed » Levitch, guide touristique déjanté pour sa ville de New York, The cruise est un travelogue, un circuit itinérant, un carnet d’impressions prises sur le vif de la « grosse pomme ». C’est avant tout un exercice de style documentaire à la caméra numérique à l’épaule de Bennett Miller qui restitue l’attraction-répulsion exercée par « la ville qui ne dort jamais » dans un noir et blanc granuleux gonflé en 35 mm. Suivons le guide dans sa virée inspirante..
Les filles de Sumitra Peries: aspirations contrariées au féminin
Pionnière du cinéma srilankais, Sumitra Peries livre avec Les Filles une première oeuvre initiatique d’une intense et magistrale sensibilité féminine. Dans un lyrisme sans frein des images et une aura de pessimisme , la cinéaste interroge la frustration et le cheminement et renoncement d’apprentissage de la vie de sa jeune héroïne rurale Kusum . Infériorisée par une extraction sociale modeste, elle renoncera à s’émanciper du joug patriarcal rigide. Un pur joyau exhumé et restauré « in extremis » à partir de nitrates soumis autrement à la détérioration inexorable du temps. Autopsie d’un petit chef d’oeuvre intimiste..
La famille Homolka ou le quotidien ordinaire comme source d’aliénation
Puissants marqueurs de leur époque sous la chape d’airain du joug militaire soviétique, les cinéastes de la » jeune vague tchécoslovaque » affirment une contre-culture avant-gardiste à l’éclosion du Printemps de Prague (5 janvier 1968 -21 août 1968). Jaroslav Papousek, surtout connu pour avoir été le scénariste de Milos Forman et Ivan Passer, restitue, dans une trilogie populaire, le quotidien comme source d’aliénation d’une famille tchèque ordinaire : la famille Homolka . A travers ce microcosme de la société tchécoslovaque, il matérialise l’échec de l’espoir réformateur. Analyse..
INDIANA JONES, RETOUR SUR UN MYTHE CINÉMATOGRAPHIQUE.
Entre séries B et Andreï Tarkovski : à la recherche de l’enfance perdue.
Le destin : « bûcher des vanités »
Le Destin est un biopic allégorique dont l’argument évoque une tranche de vie du philosophe, juriste, théologien et médecin Averroès au XIIéme siècle. Youssef Chahine se fait conteur et fabuliste dans un genre cinématographique didactique où il excelle à recréer une mémoire historique par le divertissement « kitsch » en utilisant les ressorts d’un spectacle populaire agréable et poétique. Décryptage de ce « brûlot » qui dénonce toute intolérance religieuse..
Les Survivants
Premier long métrage de Guillaume Renusson, Les Survivants entend dénoncer la politique de contrôle des migrants aux frontières intérieures de l’espace Schengen. Pour cela la forme adoptée (ce n’est pas un thriller mais un brouet confus qui se traîne, entre western et pamphlet) importe peu.

