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Palmarès Ciné 2019

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L’année 2019 touche à sa fin. La décennie aussi. Avant un bilan cinématographique des dix dernières années, notre rédaction vous présente son palmarès des films les plus marquants des douze derniers mois.

Avec l’année 2019 s’achève aussi une décennie cinématographique. Nous aurons l’occasion d’y revenir bientôt. La rédaction d’Il était une fois le cinéma, rompue à l’exercice rituel du bilan annuel, s’est en effet mobilisée sur l’élaboration d’un palmarès de la période 2010-2019 autant que des douze derniers mois. Dans un premier temps, nous allons nous concentrer ici sur l’année riche, parfois même galvanisante, qui vient de s’écouler.

Pour ce bilan cinématographique de 2019, de nombreux angles étaient possibles. Celui des modèles économiques du cinéma d’aujourd’hui ou de ses modes de diffusion et de consommation (la salle vs Netflix, nous avions déjà évoqué ce débat lors de notre palmarès 2018) ; ou encore l’impact sociétal des films et des séries ; leur couverture médiatique parfois suspectement homogène ; la souveraineté de plus en plus écrasante de blockbusters états-uniens, essentiellement produits par Disney, dont les recettes ont battu des records cette année (jamais autant de films n’avaient franchi le cap du milliard de dollars) ; ou encore et surtout, le formatage de plus en plus écrasant de ces productions, leur aseptisation et leur soumission à des modèles prédéfinis et rassurants, bref leur dimension cyniquement calculatrice, sensible jusque dans la vague de nostalgie du cinéma des années 1980 et 1990 – ce qui n’empêche pas ça et là, heureusement, l’émergence de quelques pépites.

Il y aurait beaucoup à dire à ce propos, trop, et nous avons décidé d’adopter une approche plus partielle, mais qui, soyons-en sûr, saura aussi faire réagir. En l’occurrence rien de plus ni de moins, comme l’année dernière, qu’un recensement des films qui nous ont émus, interpellés, étonnés, secoués, et dont la force rémanente – seul critère, certes subjectif, de la qualité d’une œuvre – vibre encore en nous à l’orée de la nouvelle décennie.

Chacune et chacun des rédacteurs a ainsi livré la liste de ses dix films préférés de 2019. Ces listes détaillées figurent en bas de l’article, juste après la synthèse des votes. Leur diversité est à l’aune de l’éclectisme de notre ligne éditoriale – éclectisme parfaitement assumé, jusque dans les divergences et éventuels paradoxes. Pour autant, de manière plus nette que les années précédentes, des consensus ont émergé. Un film survole notre classement : Parasite de Bong Joon-Ho (Palme d’or 2019). Ce qui n’est guère une surprise. A défaut de porter de profondes nouveautés narratives et formelles, ce thriller d’une maîtrise étourdissante semble faire écho à bon nombre d’inquiétudes individuelles et collectives de notre époque (confrontations entre classes sociales, dysfonctionnements familiaux, névroses individuelles, culte du secret…). Le tout, sur fond d’une trame néo-hitchcockienne riche en rebondissements parfaitement orchestrés, sertis dans une mise en scène à la virtuosité imparable.

En deuxième place, le dernier opus de Quentin Tarantino : Once upon a time… in Hollywood. Ce film a davantage divisé. Assurément la promesse du titre relève moins du pastiche de Leone ou de l’élégie proustienne que, littéralement, du conte de fées. Au début de sa filmographie, dans Pulp Fiction (1994) par exemple, Tarantino en était encore à composer avec le réel, via le montage plus que par le récit diégétique ; désormais plus assuré (ou imbu de sa gloire ?), il s’empare du réel, le ré-écrit, le recrée. Quitte à susciter les réactions les plus passionnées. Du moins ne peut-on l’accuser de tiédeur ni d’incohérence avec lui-même, même si certains ont pu voir dans les idiosyncrasies de son dernier opus – formidablement émouvant de notre point de vue – un ressassement complaisant et la marque d’une fin de cycle. On attend impatiemment ses prochains films pour savoir à quoi s’en tenir.

Pour compléter le podium, un premier film, de surcroît français, d’un réalisateur très prometteur : Les Misérables de Ladj Ly. La puissance naturaliste de ce long métrage, rehaussée par l’actualité brûlante dont il se fait écho et par une maîtrise dramatique qui explose dans un dernier acte sidérant, en font à coup sûr un des évènements cinématographiques les plus marquants de cette fin d’année.

Par ailleurs, difficile de ne pas dire un mot de deux films américains néo-classiques présentés à la dernière Mostra de Venise – tandis que par une savoureuse coïncidence les films du podium figuraient tous les trois en sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Ces deux films assument ouvertement l’un et l’autre leurs références à des films d’auteur états-uniens de la fin des années 1970 mais ont connu des accueils très différents. D’une part, Ad Astra (James Gray) doit beaucoup au Coppola de Apocalypse Now (1979), ainsi qu’au Kubrick de 2001 (1968), mais la froideur du résultat, jointe à une certaine atonie manifestement voulue par le réalisateur, lui a valu une réception critique et public mitigée : une injustice, à coup sûr, pour ce film beau et sobre, dont l’intimisme méditatif et douloureux prime sur le souci pourtant manifeste de spectaculaire. Au contraire, Joker (Todd Phillips), tributaire de Taxi Driver (1976) et plus encore de La Valse des Pantins (1982) de Martin Scorsese, a connu un accueil dithyrambique à la fois des critiques (Lion d’Or à Venise) et du grand public (plus d’un milliard de dollars de recettes, rivalisant avec les productions Disney). Peut-être cela tient-il, au-delà de la prestation électrique de Joachin Phoenix, au télescopage avec l’univers de DC Comics. Entre l’univers super-héroïque de Batman et son propre réalisme sordide, Joker tisse des liens aussi denses qu’en fin de compte assez superficiels, l’essentiel de son dispositif se mettant au service d’un portrait psycho-social et clinique, dont il ressort que, peut-être bien, le personnage de Batman et toutes les noires et romantiques prouesses tissant sa mythologie héroïque ne pourraient être que le résultat de la rêverie, ou plutôt du cauchemar délirant, fait par un fou anonyme prostré au fond de sa cellule – pur produit d’une société minée par un fascisme financier n’avouant pas son nom et, comme corollaire, par de violents désordres sociaux, aux échos immédiats avec l’actualité. Belle idée, par laquelle Joker ouvre des perspectives encore plus vertigineuses que le séminal Dark Knight (Christopher Nolan, 2008), mais cependant pas poussée jusqu’au bout par un film qui cultive astucieusement son ambiguïté, sur la ligne de crête entre aspirations mainstream (ici prépondérantes) et transgressivité (de façade). D’où un long métrage certes remarquable, mais au fond pas plus subtil ni déflagrateur que les œuvres de Scorsese dont il s’inspire.

Un mot, enfin, de deux autres films du classement, irrigués eux aussi par les effets de la folie humaine : l’acide et jubilatoire La Favorite (Yorgos Lanthimos) et l’éblouissant Midsommar (Ari Aster), œuvre hallucinatoire et sensorielle qui semble préfigurer un renouvellement du genre horrifique, au même titre que l’étourdissant The Lighthouse (Robert Eggers), sorti sans doute trop tard pour figurer dans notre top. De même en va-t-il sûrement de The Irishman (Martin Scorsese), crépusculaire chant funèbre que sa mélancolie mortifère, aussi poignante que potentiellement déceptive pour les amateurs des Affranchis (1990) et de Casino (1995), hisse au firmament de la filmographie scorsesienne ; la sortie du film sur Netflix, l’excluant d’emblée des salles françaises, confirme d’ailleurs le rôle cinéphilique de plus en plus prépondérant qu’est appelée à jouer la plateforme de streaming, comme l’avait déjà préfiguré il y a un an la sortie de Roma (Alfonso Cuaron). A noter, enfin, qu’une autre sortie Netflix importante aura elle aussi été trop tardive pour figurer dans notre palmarès : Marriage Story (Noah Baumbach) avec Scarlett Johansson, Adam Driver et Laura Dern.

Place désormais, sans plus attendre, au palmarès 2019 de nos rédacteurs :

 

Top 10 de la rédaction :

1) Parasite (Bong Joon Ho, Corée du Sud)

2) Once upon a time… in Hollywood (Quentin Tarantino, USA)

3) Les Misérables (Ladj Ly, France)

4) Ad Astra (James Gray, USA)

5) Joker (Todd Phillips, USA)

6) Midsommar (Ari Aster, USA)

7) La Favorite (Yorgos Lanthimos, USA)

8) Jeanne (Bruno Dumont, France)

9) Un jour de pluie à New York (Woody Allen, USA)

10) Les Eternels (Jia Zhang Ke, Chine)

 

Les tops individuels :

Antoine Benderitter
1) Parasite
2) La Favorite
3) Once Upon a Time… in Hollywood
4) Lighthouse
5) Les misérables
6) Joker
7) Midsommar
8) The Irishman
9) Une vie cachée
10) Et puis, nous danserons

Corentin Destefanis
1) Jeanne – Bruno Dumont
2) Martin Eden – Pietro Marcello
3) Marriage Story – Noah Baumbach
4) Monrovia, Indiana – Frederick Wiseman
5) La Flor – Mariano Llinas
6) Les Eternels – Jia Zhang-ke
7) Zombi Child – Bertrand Bonello
8) Nuestro Tiempo – Carlos Reygadas
9) The Beach Bum – Harmony Korine
10) Synonymes – Nadav Lapid

Jean-Max Méjean
1) Synonymes de Nadav Lapid
2) It must be heaven d’Elia Suleiman
2 ex aequo) – Une vie cachée de Terrence Malick
3) Martin Eden de Pietro Marcello
4) Un jour de pluie à New York de Woody Allen
5) Jeanne de Bruno Dumont
6) Viendra le feu de Oliver Laxe
7) Et puis, nous danserons de Levan Akin
8) Halte de Lav Diaz
9) Le Mans 66 de James Mangold
10) Sorry, we missed you de Ken Loach

Jean-Michel Pignol
1) The Irishman (Martin Scorsese)
2) Le traître (Marco Bellocchio)
3) Un jour de pluie à New-York (Woddy Allen)
4) J’accuse (Roman Polanski)
5) Parasite (Joon- Ho Bong)
6) Us (Jordan Peele)
7) Joker (Todd Phillips)
8) Once upon a time…in Hollywood (Quentin Tarentino)
9) Fête de famille (Cedric Kahn)
10) Ceux qui travaillent (Antoie Russbach)

Josianne Martin
1) Parasite
2) Hors normes
3) Green-Book
4) Un jour de pluie à New York
5) Les Misérables
6) la vie scolaire
7) J’accuse
8) Les invisibles
9) Sorry we missed you
10) Grâce a Dieu

Justin Kwedi
1) Il était une fois à Hollywood de Quentin Tarantino
2) Asako I et II de Ryusuke Hamaguchi
3) Ad Astra de James Gray
4) Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan
5) Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan
6) Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego
7) Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma/ Midsommar de Ari Aster
8) Les Etendues imaginaires de Yeo Siew Hua
9) Vif-argent de Stéphane Batut
10) Parasite de Bong-joon ho / Liz et l’oiseau bleu de Naoko Yamada

Lucile Marfaing
1) Les Eternels, Jia Zhangke
2) The Favourite, Yorgos Lanthimos
3) Ray & Liz, Richard Billingham
4) Ad astra, James Gray
5) Bacurau, Kleber Mendonça Filho
6) Parasite, Bong Joon Ho
7) Viendra le feu, Oliver Laxe
8) Once upon a time in Hollywood, Quentin Tarantino
9) Joker,Todd Phillips
10) Les Misérables, Ladj Ly

Marie d’Espinose
1) Matthias et Maxime Xavier Dolan, 16 octobre 2019, 119 min
2) My Beautiful Boy Felix Van Groeningen, 6 février 2019, 121 min
3) Oleg Juris Kursietis, 30 octobre 2019, 108 min
4) And then we danced Levan Akin, 6 novembre 2019, 113 min
5) Portrait de la jeune fille en feu Céline Sciamma, 18 septembre 2019, 122 min
6) Joker Todd Phillips, 9 octobre 2019, 122 min
7) Le Daim Quentin Dupieux, 19 juin 2019, 77 min
8) Bacurau Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles, 25 septembre 2019, 130 min
9) Dolor y gloria Pedro Almodovar, 17 mai 2019, 114 min
10) La lutte des classes Michel Leclerc, 3 avril 2019, 103 min

Marion Roset
Parasite, Bong Joon-ho
Once upon a time in Hollywood, Quentin Tarantino
La fameuse invasion de la Sicile par les ours, Lorenzo Mattotti
Les Misérables, Ladj Ly
Le daim, Quentin Dupieux
Grâce à Dieu, François Ozon
Ad Astra, James Gray
Midsommar, Ari Aster
Zombi Child, Bertrand Bonnello
Rojo, Benjamin Naishtat

Maxime Lerolle
1) Another Day of Life
2) Portrait de la jeune fille en feu
3) La Vie scolaire
4) Joker
5) La Favorite
6) L’époque
7) Parasite
8) Midsommar
9) Once Upon a Time… in Hollywood
10) J’ai perdu mon corps

Paul Courbin
1) El reino, de Rodrigo Sorogoyen
2) Atlantique, de Mati Diop
3) C’est ça l’amour, de Claire Burger
4) Le traître, de Marco Bellochio
5) La femme de mon frère, de Monia Chokri
6) Ad astra, de James Gray
7) La favorite, de Yorgos Lanthimos
8) Parasite, de Bong Joon-ho
9) Border, d’Ali Abbasi
10) Synonymes, de Nadav Lapid

Théodore Anglio-Longre
1) Marriage Story – Noah Baumbach
2) Jeanne – Bruno Dumont
3) Once Upon a Time… in Hollywood – Quentin Tarantino
4) Parasite – Bong Joon-ho
5) Ad Astra – James Gray
6) Les Misérables – Ladj Ly
7) Midsommar – Ari Aster
8) Zombi Child – Bertrand Bonello
9) Les Eternels – Jia Zhang-ke
10) Les Enfants de la mer – Ayumu Watanabe

 

Toute l’équipe de Il était une fois le cinéma vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année !

 

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