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Jeanne

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Madame Jeanne, âgée de 14 ans, présentée à ses juges.

Suite à Jeannette (2017) qui traitait de l’enfance de Jeanne d’Arc, et qui avait été assez mal accueilli l’année dernière, Bruno Dumont a livré à la sélection cannoise 2019 d’Un certain regard une sorte de suite, au titre sobre et efficace, Jeanne. Il s’agit encore d’un film radical qu’il ne faut pas aborder dans de mauvaises conditions. Si des professeurs ou des parents veulent y accompagner des enfants pour les familiariser avec l’Histoire de France, mieux vaut qu’ils soient prévenus à l’avance du travail particulier du metteur en scène. En effet, entre La vie de Jésus (1997) et Ma Loute (2016), Jeanne navigue à vue entre fulgurances de génie – comme la scène des batailles illustrée par un ballet hippique filmé en hauteur – et scènes parfois un peu ridicules. Il s’agit pourtant, au milieu des paillettes et des faux scandales orchestrés du festival, d’une œuvre profonde, sensible, portée par une bouleversante comédienne de dix ans, Lise Leplat Prudhomme, dont le regard incandescent ne vous quittera plus.

 

 

Une nouvelle adaptation marquée du sceau de Dumont

Malgré quelques scories inhérentes à toute œuvre d’art, Jeanne est un vrai chef-d’œuvre, sans doute le film le plus abouti du réalisateur, dont le travail oscille sans cesse d’un genre à l’autre, sans jamais perdre de vue la spiritualité qui l’habite, et une grande humanité. Son film est interprété par des acteurs pour la plupart non professionnels dont on admire tout du long le travail et le talent. De temps à autre, par amitié, une apparition prête son apparence à un personnage, ainsi Fabrice Luchini qu’on aperçoit quelques secondes dans le rôle de Charles VII, ou encore Christophe vêtu de l’habit du moine prêcheur, dans le tribunal de procès en sorcellerie de la jeune madame Jeanne, et dont la voix séraphine habite tout le film. L’histoire de Jeanne d’Arc a été adaptée au cinéma maintes et maintes fois, et par les plus grands réalisateurs, de Dreyer à Bresson. Même Luc Besson s’y est employé, mais aussi Jacques Rivette en 1994 avec Jeanne, la pucelle. Comme pour ce dernier film, Bruno Dumont divise cette deuxième partie de la vie de Jeanne d’Arc en deux moments : les batailles et les prisons.

 

 

Adaptation fidèle de Charles Péguy

Adapté de l’œuvre de Charles Péguy, qu’il respecte à la lettre et qui donne au film un charme littéraire avec une diction parfaite quoique désincarnée des acteurs, Jeanne s’impose comme un film à la fois poétique et lyrique, tout autant que prosaïque et mystique dans les décors alternés, mais peu réalistes, des plages du Nord chères au cœur du réalisateur (on pense à Ma Loute bien sûr) et de la sublime cathédrale d’Amiens, pour laquelle il choisira même volontairement l’anachronisme en filmant certains plans devant un autel typiquement baroque rajouté au XVIIe siècle alors que l’histoire est censée se passer au XVIe. Ce choix est sans doute inspiré par la volonté de Bruno Dumont de placer l’histoire de Jeanne d’Arc dans l’intemporalité, puisqu’il a voulu, selon ses propres termes, décortiquer l’événement qu’il qualifie de plus important de l’histoire de France et qui a forgé le mythe même de la liberté, de par la foi et la pugnacité sans borne qui se lisent dans le regard de cette solide bergère du Nord de la France, au regard de braise.

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Durée : 138 mn


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