De très bonne facture
200 dollars plus les frais, c’est le tarif immuable fixé par le détective privé Jim Rockford (James Garner) pour se mettre au service de ses clients lâchés par la police, souvent dans la panade, qui cherchent à retrouver une personne disparue ou à se disculper dans une affaire. Le pitch est simple, les ingrédients aussi : de l’action -des coups de poing, peu de coups de feu, de belles poursuites en bagnole- de l’humour, du charme et des bons sentiments parfaitement dosés.
La série – qui comporte six saisons- a vu le jour au milieu des années soixante-dix, époque durant laquelle les enquêteurs indépendants, frondeurs, charmeurs et adaptes de la coolitude ont le vent en poupe : Barreta, Starky et Hutch, Les rues de San Francisco. Mais la décontraction du héros ne vient jamais annihiler l’intérêt des enquêtes qui se déploient comme des polars bigrement bien menés. Dans la tradition des films noirs américains, du coté de Raymond Chandler, le détective navigue à vue dans un univers qu’il maîtrise mal la haute-société, la pègre, les petits escrocs…, encaisse plus de coups qu’il n’en donne, doit se jouer de la police autant que des malfrats. On peut penser au Privé d’Altman, dans une certaine mesure concernant le cadre de l’action et la désinvolture du limier.
Sur une base souvent identique : Rockford accepte un peu à contrecœur une affaire classée ou sans horizon, les scénarios très adroitement ficelés nous emporte par leur part de mystère, de rebondissements et d’action. Quand un pur produit télévisuel atteint un tel niveau de savoir-faire, il ne reste plus qu’à s’incliner. Seul petit regret, certaines intrigues sont conclues un peu trop rapidement – pour entrer dans le timing des quarante-huit minutes – alors que les enjeux sont vraiment riches d’intérêts. Une exception cependant, le double épisode intitulé Pertes et profits. Une qualité de conception que l’on doit à ses deux showrunners que sont Roy Huggins (Le fugitif, Baretta…), Stephen J. Cannell (Baretta, L’homme de fer, Rick Hunter).

Un costume taillé sur mesure
L’autre atout principal de 200 Dollars plus les frais -et ce type de série en général- c’est l’incarnation du personnage principal. La relation entre la personnalité de l’acteur – de la star- et son double écranique. Un Jim Rockford cousu sur mesure pour les épaules de James Garner. Le détective joue malicieusement avec ses atouts, ses contradictions, ses limites, tout en étant régulièrement pris à son propre piège. Son charme irrésistible lui permet de convaincre et de manipuler son entourage avec de simples sourires et quelques formules joliment troussées, mais cette aisance lui fait trop rapidement baisser la garde. Il apprécie la gent féminine qui lui rend bien, mais il ne s’aventure jamais loin dans les relations. Élégant mais pas trop, costume sans cravate. Sa carrure et son coup de poing peuvent lui être fort utiles, mais il n’aime pas la bagarre -ni les armes, il garde son pistolet dans sa caravane- et s’avoue même trouillard. Très honnête avec ses clients et en matière d’argent, il n’a aucun scrupule pour mentir lorsqu’il s’agit d’obtenir des informations pour son enquête. D’ailleurs, les menaces lui font vite abandonner une affaire. Ce n’est que la douceur ou la piétée inspirée par ses clients qui le font revenir.
James Garner n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour donner corps à ce détective de charme dotée d’une bonne dose d’altruisme. Sa prestance, sa coolitude concernée le rendent naturellement irrésistible. Les dialogues souvent savoureux sont du pain bénit pour son phrasé. Garner est crédible dans tous les registres de la panoplie d’un détective : l’intelligence, l’action, la persévérance. Le second degré est une seconde nature pour l’acteur. Sa prestation dans la peau d’un producteur de spectacle viril amoureux d’un non binaire dans Victor, Victoria (Blake Edwards, 1982) relève du sublime.
A ses côtes, on retrouve épisodiquement Noah Beery (vieux routier Hollywoodien dans la catégorie second rôle) qui incarne, avec beaucoup d’humour, son père, affectueusement nommé Rocky. Des Guests-Stars : Joseph Cotte, Ned Beatty, Lindsay Wagner.
Une série très entraînante, le thème concocté par Mike Post n’y est pas étranger, qui préfigure probablement un autre joyaux de la télé qu’est la série Magnum.
200 dollars plus les frais – Saison 1 – Coffret 7 DVD chez Éléphant Films dans la collection Les joyaux de la télévision.





