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Un Vrai crime d’amour

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Un drame d’inspirations italiennes multiples, mais une œuvre comencinienne à part entière. À (re)découvrir en salle ce 13 avril 2022.

Désert gris

Sombre histoire que celle de ce crime dont on ne verra jamais la victime. Sombre destinée que celles de ces employés d’usine milanais qui n’ont qu’une seule perspective : changer de poste de travail pour varier les désagréments. La capitale Lombarde connue pour ne pas être la plus ensoleillée d’Italie a rarement paru aussi sinistre à l’écran, à l’exception d’un court intermède  bucolique le ciel du printemps offre comme seul horizon une alternance entre les pluies diluviennes, le vent et la brume. Le parti pris esthétique univoque se retrouve également dans le tableau architectural, vielle bâtisse en lambeaux, sans toilettes ni salle de bain pour Camilla (Stefania Sandrelli), un appartement récent pour Nullo (Giuliano Gemma), mais noyé dans un ensemble d’immeubles clonés. Luigi Comencini, qui a toujours exalté la chaleur des lieux les plus miséreux, à l’instar de L’argent de la vieille (1972), nous plonge, alors que le film est en couleur, dans une grisaille bien plus sombre que dans les tableaux de la grande période du néoréalisme.  Bus bondés sans bruit et rues quasi désertées traduisent les ravages d’une société où la classe populaire est broyée par le système. En faisant appel à Ugo Pirro,  scénariste familier d’Elio Pietri, Comencini  rejoint ouvertement le rang des artistes contestataires des années soixante-dix.  Comme pour  Antonioni dans Le désert rouge (1964), l’usine inquiète et fascine par sa démesure et sa capacité à absorber ce qui pourrait encore rester d’humanité.

Inconciliables

Plutôt que d’insister sur la sempiternelle opposition entre les capitaines d’industrie et le prolétariat, c’est l’érosion de la conscience de classe qui est mise à nue. Elle est illustrée par une union présumée impossible entre un travailleur de souche et une immigrée sicilienne. Par un parti communiste qui proscrit l’amour le dimanche pour garder ses troupes en action. Par une église qui encourage le despotisme patriarcal au nom d’une prétendue pureté féminine. De ces oppositions naissent les conflits qui font en général le suc des comédies italiennes, et pour lesquelles Comencini possède un véritable don d’ exacerbation. Paradoxalement, c’est sur ce terrain que flanche le film. Situations éculées, tempo non maîtrisé, le désamorçage humoristique ne fonctionne pas. Giuliano Gemma et Stefania Sandrelli manquent de munitions, mais aussi d’entrain, constat d’autant plus surprenant pour la comédienne au naturel habituellement désarmant. Sur des schémas similaires, formés de disputes incongrues dans des décors désolants, contrairement à Ettore Scola dans son Drame de la Jalousie (1970), Comencini n’arrive jamais ici à sublimer le pathétique. Fort heureusement, dans la dernière partie toute la délicatesse de  l’auteur de L’incompris (1967) refait surface dans un registre aussi périlleux que celui la tragédie. Pour un vrai cri d’amour dans le plus beau style du maître transalpin.

 

Titre original : Delitto d'amore

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Durée : 96 mn


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