Film bien palmé
Auréolé du Prix du jury cette année au festival de Cannes, le quatrième long-métrage de Valeska Grisebach – après Mein Stern en 2002 ; Désir(s) en 2006 et Western en 2017 présenté à Cannes cette année-là – mérite bien cette récompense en demi-teinte en raison de son charme et des questions qu’il évoque notamment sur la guerre, sur cette partie de l’Europe et sur les jeux de pouvoir. Après de études de philosophie et de littérature à Berlin, Munich et Vienne, Valeska Grisebach s’est lancée dans le cinéma qu’elle a étudié à l’académie de cinéma de Vienne et c’est d’ailleurs son film de fin d’études, Mein Stern, qui l’a fait connaître puisqu’il fut couvert de nombreux prix, dont celui de la critique au Festival international du film de Toronto ainsi que le Grand Prix au Festival du film de Turin.

Retour en Bulgarie
Pour réaliser ce quatrième long-métrage, Valeska Grisebach est retournée en Bulgarie où elle avait tourné précédemment Western en 2017. Ce pays, par ses contrastes et ses divisions, semble intéresser la réalisatrice qui se pose à la fois la question de la frontière – puisque son film se situe dans une région assez isolée à la frontière avec la Turquie dans une zone de fouilles archéologiques – mais aussi celui, indirectement, de la chute du socialisme dans ces ex-pays satellites de l’ex-URSS. Elle déclare elle-même dans l’entretien qu’elle a accordé au dossier de presse du film que ce changement à la fin des années 1980 a marqué les esprits, a uni les gens de sa génération dans un premier temps, puis les a divisés. « Ça m’a frappée de voir combien de temps il m’avait fallu pour me retourner, et de découvrir à quel point l’Europe peut résonner différemment selon qu’on se trouve à Sofia ou à Berlin. », déclare-t-elle notamment.

La guerre des Balkans
Ces années 1990 ont été marquées par des changements mais surtout par divers conflits, entre autres ceux des Balkans, qui ont déchiré l’Europe et ont marqué l’Histoire par exemple par la violence, les différences idéologiques et religieuses et par la vision d’un monde dominé par la masculinité qui a aidé à reconstruire, selon la réalisatrice, le genre. À travers la métaphore du champ de fouilles dans une tour ancienne, le film propose un raccourci sur la manière dont les hommes guerriers, âpres et violents conçoivent la domination et pas seulement envers les femmes. L’archéologue femme qui traverse tout le film, magnifiquement interprétée par Yana Radeva, se présente comme une observatrice à la fois impartiale et morale. « Ce qui m’intéresse, déclare encore Valeska Grisebac, c’est de transposer les enjeux qui s’y jouent dans le quotidien, dans des lieux précis : la réalité comme terrain d’expérimentation pour la fiction. Pour ce film, j’ai beaucoup réfléchi au récit guerrier – la valeur de la force, l’obligation de vaincre – comme trame de fond qui traverse la vie des personnages, les invite à s’y conformer et influence leurs choix. »
Article paru dans Jeune cinéma, été 2026, n° 444-445.






