Un été torride dans les Landes
Pour son cinquième long-métrage, après des films marquants comme La fille au bracelet en 2019, Borgo en 2023 et L’inconnu de la Grande Arche en 2025 avec deux Césars en 2026, le productif Stéphane Demoustier nous revient avec un film d’un genre tout différent qu’on pourrait qualifier de stylisé et introverti. Durant une heure et demie, la caméra s’attarde sur un camping près d’une plage des Landes, lors d’un été particulièrement torride, et filme surtout des groupes de jeunes et d’adolescents qui s’ennuient, se baignent et jouent aux jeux cruels de l’amour en faisant semblant d’y croire. Bien que ce soit la mode maintenant de divulgacher les films au lieu d’en faire la critique, le spectateur risque de connaître toutes les ficelles et les intrigues du film mais nous n’en ferons rien.

Des parents présents absents
Adapté du roman de Victor Jestin paru chez Flammarion qui donne son titre au film, La chaleur adopte un ton entre une sorte de polar et une vision psychologique de la jeunesse actuelle, surprise alors qu’un événement inattendu vient modifier le déroulement de leurs vacances. Les parents sont présents absents et les portraits des enfants et des adolescents sont d’une grande justesse à travers les apparitions d’anonymes ou, au contraire, de personnages bien ciblés au premier rang desquels le jeune Marouane (interprété énigmatiquement par Hadrien Hussein), une charmante Italienne, Giulia (interprétée par Martina La Manna), Noé, obèse et obsédé sexuel frustré (interprété par Tristan Richard ) et quelques autres. Il fallait un scénario écrit et crédible : il est signé Stéphane Demoustier et, pour utiliser et magnifier la lumière d’un été brûlant, un directeur de la photographie, David Chambille, qui a su la mettre en valeur sur les visages, les corps et les paysages marins.

Un personnage hors du temps
Le film tout entier est centré sur le personnage de Marouane qui semble hors du temps, hors de la vie, éberlué par ce qu’il est en train de vivre au sein de son groupe et au sein de sa famille, troublé de plus par le lien qui est en train de se créer pour un temps entre lui et Giulia et qui se clora sur un simple au revoir comme s’ils allaient ne plus jamais se revoir. C’est toute la force psychologique de ce film qui ouvre une nouvelle perspective sur les nombreux talents du réalisateur qui, de plus, nous réserve une fin étonnante et inattendue. « La chaleur raconte surtout un état mental, celui de Marouane qui vit trente-six heures presque irréelles, déclare le réalisateur dans le dossier de presse du film. Je voulais donner à ressentir les sensations qu’il éprouve, cette impression de flottement dont il ne peut plus se départir. Toute la mise en scène accompagne ce mouvement. Les ralentis, la récurrence de certaines images mentales, la surinterprétation de certains sons environnants, sont autant d’éléments sensoriels qui expriment l’état second dans lequel se trouve Marouane. » Nous ne dirons pas autre chose sinon vous encourager à aller voir ce beau film inquiétant et troublant qui parvient toutefois à rendre la monotonie et la banalité passionnantes.





