Gremese, maison d’édition dédiée aux arts, nous propose une nouvelle gemme érudite, dans sa collection Les films sélectionnés) en l’honneur de longs-métrages à revoir ou à redécouvrir : parmi ces cinquante ouvrages, et sous un format commode contenant un texte roboratif et des illustrations de grande qualité rendant l’objet lisible pour tous les passionnés de cinéma, une parution nous offre le plaisir d’apprécier un portrait de femme peint par une cinéaste sensible et d’exception.

Dans sa monographie consacrée à La Dérive (1964) de Paula Delsol, l’autrice Aurore Renaut nous invite à voir, revoir, sinon redécouvrir le parcours d’un film méconnu et de sa protagoniste, pourtant soutenus par les hérauts de la Nouvelle Vague, courant dont le long-métrage pourrait comporter des traces et similitudes thématiques et esthétiques, par exemple par un tournage en extérieurs (Camargue, Nîmes, Palavas-les-Flots, plages) en pleine Féria, sur le port de Palavas, voire en caméra cachée. Les interprètes constituant le personnel du film sont recrutés soit parmi les locaux, soit chez des amis artistes (Pierre Barouh, Linda Bastide, et même Noëlle Noblecourt), ou des actrices émérites (Paulette Dubost, émouvante en mère empathique mais porteuse d’une morale).
Un budget modeste et une préparation solide consolident la genèse de La Dérive, histoire d’une jeune femme en quête de liberté, souhaitant s’affranchir de toute norme sociétale, malgré la recherche de l’amour au fil des rencontres et retrouvailles familiales ou masculines. Les corps, les volontés de domination des hommes par l’argent ou la vanité, les problèmes intimes, les grossesses refusées constituèrent des obstacles au niveau de la censure (une interdiction au moins de 18 ans, incompréhensible) comme pour la distribution de l’œuvre (la Gaumont se désista), entraînant une diffusion plutôt confidentielle (100 000 entrées) au moment de sa sortie.

Une réhabilitation lente qui prit quatre décennies, avec à la clé une édition dvd en 2007, nous permet désormais d’honorer les qualités et la modernité de ce film atypique qu’Aurore Renaut, à travers une écriture engagée nourrie par une documentation foisonnante, nous incite à sortir de l’oubli de notre cinéphilie.
La Dérive de Paula Delsol, Aurore Renaut, Gremese/Grenelle, Collection « Les Films sélectionnés », Paris, 03/2026, 114 pages, 19,50 euros.





