Un Champ de fraises pour l’éternité

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Un champ de fraises pour l’éternité, c’est une chanson des Beatles mais c’est aussi le requiem d’un camping alternatif.

Des acteurs de talent

Reprenant les éléments d’une chanson enjouée des Beatles, le film – tourné dans les Alpes-de-Haute-de-Provence ou Terre de folie comme dirait Luc Moulet – revient sur les utopies issues des années soixante-huitardes qui ont pris pas mal de plomb dans l’aile si bien que le camping de rêve doit maintenant fermer. N’y aurait-il donc plus de beatniks, de hippies et de rêveurs anarchistes dans notre nouveau monde tristissime ? Alain Raoust fait partie de ces réalisateurs dont on a entendu parler mais qui est peu productif. Cependant, son dernier film est très attachant, de par sa pureté, sa légéreté et ses ambitions humanistes. De plus, il est parfaitement interprété par une équipe d’acteurs et d’actrices incroyables dans des rôles pas vraiment de composition : Philippe Rebbot, Quentin Dolmaire, Grégory Montel, Florence Loiret, Caille Kim Higelin, etc.

Univers de la radio et de la musique pop rock

À l’image de cette célèbre chanson un peu psychédélique, pour ne pas dire foutraque, à laquelle on ne comprend pas grand-chose, et dont voici un extrait :

« Living is easy with eyes closed

Misunderstanding all you see

It’s getting hard to be someone

But it all works out

It doesn’t matter much to me »

le film lui aussi se devait d’être un peu fantasque, sans grande ligne directrice sinon les rêves abandonnés et les espoirs déçus. Par tous ? Pas encore puisque l’un d’entre eux, Serge Pomalovski, le leader pas vraiment charismatique du groupe de campeurs, s’accroche désespérément à son émission de « radio libre » comme on disait alors dans ce monde qui maintenant se banalise et perd tout espoir.

Un rêve un peu fou d’union totale

Malgré la nature, malgré une sorte de mélancholie, le film ne se tourne pas vers les frères Larrieu et il n’est même pas tourné dans les Pyrénées. Il évoque parfois d’autres ambiances chères au cinéma français, et pourquoi pas Jacques Rozier récemment exhumé et encensé. Mais ce Champ de fraises est surtout un très émouvant film d’amour puisque, à travers les aventures d’un 33 tours, quatre histoires d’amour vont revivre sous nos yeux à travers le souvenir de Jeanne Bergère, avec la voix-off d’Ariane Ascaride et sa photo lorsqu’elle était jeune et belle. Le dossier de presse du film est à lui seul un régal aussi à l’image de ce film tendre, sensible et un peu foutraque comme la chanson qui l’a inspiré. Interrogé sur ses regrets, le réalisateur nous touche encore une fois par sa modestie et son inventivité : « Tourner et monter ce film a été un moment de pur bonheur… Entouré d’une équipe jeune, attentive, débrouillarde. Soutenu sans faille par celui sans qui mes films ne se feraient pas : Tom Dercourt, producteur. Accompagné par une famille d’acteurs inspirants, au point, d’ailleurs, que j’écris actuellement un autre film avec eux. Ce sera la face B d’un Champ de fraises. Les faces B regorgent de pépites, non ?… Sur la question des regrets, j’aimerais ne pas en avoir mais c’est sans doute avec eux qu’on compose le film suivant. »

Cet article est paru dans Jeune Cinéma, n° 444-445, été 2026

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Durée : 103 mn


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