Fécamp comme vous ne l’avez jamais vue
Originaires toutes deux de Normandie, Marion Verlé et Pauline Brunner, respectivement documentariste et cinéaste d’animation, se sont connues très jeunes et se retrouvent maintenant pour réaliser des films ensemble. Miss Mermaid est leur premier long-métrage après un documentaire réalisé ensemble en 2019 et qui porte le même titre et influencera grandement ce film de fiction. « On nous appelle souvent l’hydre à deux têtes, c’est vrai !, déclarent les deux réalisatrices dans le dossier de presse du film. Déjà, dans l’absolu, on a écrit et imaginé ce film à deux, on était très raccord sur beaucoup de choses. » Inspiré de la véritable histoire d’Alexia Colibert, dite « la sirène de Fécamp », qu’on avait vue en personne dans le documentaire de 2019, se trouve être aussi la cousine de Pauline Brunner.

Qu’est-ce que le sirénage ?
Pour commencer, il faudrait dire un mot de ce mouvement venu des Anglo-saxons et qu’on pourrait traduire par sirénage mais ce n’est pas très joli. En effet, il existe un mouvement à la fois social, artistique et sportif appelé le mermaiding qui permet à des nageuses et nageurs de se transformer en sirènes ou en tritons et d’évoluer de manière artistique, et bien sûr si possible « queer » à la manière de modernes sirènes évoquant aussi Esther Williams mais un peu woke. Bien sûr, depuis Homère avec L’Odyssée jusqu’à la petite Sirène d’Andersen revisitée par Disney, le spectateur est habitué à ce personnage auquel les deux réalisatrices apportent un complément en quittant le documentaire sur une vraie mermaid humaine pour passer à la fiction et lui donnant des airs de conte de fées mais aussi de peinture sociale. « La fiction nous a permis d’aller plus en profondeur dans l’intimité de nos personnages, singulièrement celui de Fanny, reprennen en chœur les réalisatrices. Elle nous a permis d’évoquer des choses qu’Alexia n’avait pas forcément envie d’aborder. Et puis, d’une façon plus symbolique, la fiction colle bien avec ce que le mermaiding représente pour nous, à savoir un besoin de travestissement et une mutation d’identité. Une dimension un peu queer, dans le sens non normé… Cet aspect-là est vraiment très important pour nous. »

La mer toujours recommencée
Dans un Fécamp et alentours pas vraiment de carte postale, le film installe son action dans une Normandie de la mer et de la pêche même si la ville a perdu de sa superbe et de richesse depuis l’abandon de la pêche Terre Neuvas en 1987. La mer et l’eau sont présentes partout mais pas vraiment comme un élément confortable et inspirant. En conséquence, Miss Mermaid présente plutôt des gens du cru qui survivent dans des métiers durs (comment le personnage principal qui, récemment divorcée et ruinée, nettoie les bateaux et l’usine mais aussi fait le ménage des locations saisonnières). Ainsi le film prend une coloratura de film anglais du style Les Virtuoses de Mark Herman (1997), The Full Monty de Peter Cattaneo (1997) ou Pride de Matthew Warchus (2014) avec de la magie et de la tendresse en plus. Le film culmine par le départ de Fécamp en bateau jusqu’à Bilbao pour participer au concours géant de Miss Mermaid qui permettra à la jeune Fanny de triompher et de montrer tout son travail, elle qui n’a rien d’une sirène. Avec de belles photos de Nastasja Saerens et l’interprétation attachante d’Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Annie Mercier et Alison Wheeler, le film mérite votre attention pour son côté humain et délicat.






