Tendre et gai, à la Tati et à la Rozier
Acteur dans une bonne trentaine de films de cinéma et de télévision, écrivain et maintenant réalisateur de deux courts-métrages, Alexandre Steiger nous livre ici son premier long-métrage et c’est une véritable révélation. Dans la veine des films tendres et déjantés à la fois, qui puisent une partie de leur inspiration chez Jacques Tati, mais aussi parfois chez Jacques Rozier, L’écologie des sentiments tape dans le mille avec une atmosphère à la fois loufoque, tendre et particulièrement bien observée. Soutenu par la région Normandie, présenté au festival de Cabourg, le film raconte en fait une histoire toute simple mais qui, peu à peu, évolue et se transforme en passant du rire au sourire, de la gentille caricature sociale au film d’amour. Lola, une jeune militante engagée dans la cause animale, se rend mystérieusement à Paris pendant le Salon de l’agriculture. Alors qu’elle s’installe dans sa chambre d’hôtel où rien ne fonctionne, elle fait appel au garçon d’étage, Félix, un jeune homme fantasque qui fait une crise de panique sur son lit.


Hôtel du Premier Consul
Voilà, le décor et l’atmosphère sont plantés dans l’hôtel du Premier Consul un peu décrépit et vieillot, pas loin apparemment de la Porte de Versailles, qui va devenir l’épicentre d’aventures mi-figue, mi-raisin où tous les tics de la société actuelle seront passés au rayon laser de la dérision, notamment en premier lieu l’écologie bébête et politicienne, le féminisme, le monde rural et les mâles alpha dominants. Mais Félix, l’ange pur qui traverse tout le film, à la recherche de sa future amoureuse, finira en fait par séduire sans le vouloir la belle et grâcieuse Lola qui finira par l’aimer d’un amour fou. Même sans déployer un humour hellzapoppinesque, bien qu’il s’y emploie sans relâche, le film fait mouche grâce à ses situations un peu étranges et déjantées comme l’installation électrique ; sa critique du comportement des jeunes qui, presque tous, ont l’intention un peu naïve de sauver la planète, etc. Mais Félix, lui, qui vit dans son petit monde, s’en fout. Il est amoureux, il est pur et il finira par gagner dans son costume gonflable de vache normande : une séquence élégante et poétique à ne pas rater. Un film servi aussi bien sûr par des acteurs vraiment investis dans leurs rôles et leur présence : Andranic Manet, Salomé Rose Stein, Alexandre Steiger et le beau gosse Abraham Wapler dans un rôle ambivalent et charmant. Enfin un peu de légèreté en lieu et place de l’écologie victimaire façon Sandrine Rousseau dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles…
Article publié sur Jeune Cinéma, n° 444-445, été 2026.






