L’Odyssée (Billet d’humeur)

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Attention humour, billet d’humeur. J’attendais hélas un autre film…

On l’attendait depuis plus d’un an et voilà, c’est fait. L’Odyssée de Christopher Nolan est sorti sur tous les écrans français et le monde continue de tourner plus ou moins rond. On ne va pas bien sûr bouder notre plaisir, c’est pas vraiment une daube même si on peut se demander innocemment quel est l’intérêt de filmer une énième version de ce texte fondateur de notre civilisation, sinon pour éviter aux gamins d’avoir à le lire. Maintenant, ils ne pourront plus dire qu’ils ne connaissent pas Circé, représentée en souillon insulaire qui transforme les marins en pourceaux ; ni même Polyphème, cyclope à l’œil un peu surréaliste genre Miró. Ils découvrent aussi que la belle Hélène de Troie était Noire, clin d’œil (ou soumission) bien sûr aux lobbies américains mais, à l’époque, même si certains Noirs pouvaient apparaître dans la société grecque, ils ne pouvaient être qu’esclaves. On aperçoit même un Chinois parmi les prétendants de Pénélope, ce qui est encore plus absurde, les deux continents devront attendre Marco Polo pour se rencontrer au XIIIe siècle. Après on s’étonne que les enfants soient nuls en Histoire, entre autres.

Bon bref, un film à grand spectacle, à gros budget, un peu lourdingue toutefois avec ses presque trois heures et son insistance narrative comme si le pauvre Nolan s’adressait à des Béotiens ou des analphabètes. Très sombre, sans doute pour insister lourdement sur le caractère brutal et dangereux du dernier voyage du rusé Ulysse, avec escale chez Calypso comme si son île d’Ogygie était une espèce de Club Med à deux balles où l’on se protège du soleil avec des paréos translucides.

On en viendrait presque à regretter le bleu magnifique de la Méditerranée dans l’adaptation de L’Odyssée par Jean-Luc Godard dans son sublime Mépris à qui Christopher Nolan a dû emprunter les têtes de statues qu’il a malheureusement oublié de peindre en bleu. N’abordons pas trop les dialogues, c’est sûr qu’ils ne sont pas écrits par Racine ou Corneille : Télémaque au plus fort du combat final, s’exclame « Papa » en lui lançant un poignard : est-ce ainsi qu’on s’adresse à son père dans l’Antiquité ? Quand je pense à toutes les circonvolutions stylistiques superbes inventées par Marguerite Yourcenar pour retranscrire la cour de l’empereur Hadrien, certes Romain. Certains se demandent si le film peut entrer dans la catégorie des péplums. Tout à fait je leur réponds, il n’y a que dans les péplums que les hommes courent en jupettes et commentent aussi bêtement l’action genre hurler qu’il faut ramer plus vite sur un bateau en pleine tempête poséidonienne, et encourager les combattants à se servir des lances alors qu’elles tombent du ciel, ou plutôt du plafond. Bref, je me demande en fait si j’ai vraiment bien aimé…

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Durée : 176 mn


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