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21 nuits avec Pattie

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Belle comédie irrévérencieuse, le nouveau film des frères Larrieu interroge aussi la puissance du récit.

Après L’amour est un crime parfait (2014), film sombre qui tanguait du côté du polar, 21 nuits avec Pattie renoue avec la veine plus légère des frères Larrieu, celle de l’érotisme joyeux de Peindre ou faire l’amour (2005) ; celle aussi des grands espaces et de la nature souveraine du Voyage aux Pyrénées (2008). Planté dans les paysages verdoyants et ensoleillés de l’Aude, dans un petit village isolé du sud du Massif Central – là où Arnaud et Jean-Marie Larrieu avaient tourné leur premier long, Fin d’été, en 1997 -, 21 nuits avec Pattie réussit le tour de force de célébrer la vie en étant tout entier dirigé vers la mort. Caroline (Isabelle Carré), Parisienne d’une quarantaine d’année, débarque à Castans pour enterrer sa mère qu’elle n’a pas vue depuis des lustres. Elle y rencontre Pattie (Karin Viard), voisine-amie de la défunte qui s’occupait aussi de ses affaires courantes et du ménage de la grande maison : elle adore raconter ses histoires de cul, qu’elle a nombreuses, avec force détails – Caroline écoute attentivement, elle ne fait plus tellement l’amour avec son mari. Pendant ce temps-là, le corps disparaît, et un ancien amour de la mère (André Dussollier) arrive à l’improviste : c’est peut-être JMG Le Clézio, il est peut-être nécrophile.

21 nuits avec Pattie navigue dans les eaux troubles de la fiction, où l’improbable le dispute au véridique, flottant gaiement sur la crête d’un récit décomplexé où tout est dicible, où les détails les plus sordides – la nécrophilie est au centre – font le sel de dialogues truculents et férocement drôles. C’est la patte Larrieu, eux qui n’aiment rien tant que jouer avec les infinies possibilités que procure le fait de raconter une histoire. Le récit, ici, est tout-puissant : en témoignent les interminables monologues de Pattie qui, à grands renforts d’anecdotes et de détails croustillants, dessine ses galipettes avec les hommes bien mieux que n’importe quelle représentation picturale. Le film des Larrieu, s’il parle beaucoup de sexe, en montre – c’est assez inédit – très peu, extrêmement confiant qu’il est dans la force évocatrice de la parole. Karin Viard est, à ce titre, formidable, capable d’une parfaite élégance dans l’énonciation des propos les plus grivois. Face à elle, Isabelle Carré en offre le subtil contrepoids : économe en mots, son visage évoque l’intérêt et, peut-être, plus tard, un nouvel éveil à la vie et à la sexualité.

 


21 nuits avec Pattie
est, également, un film de fantômes, dans lequel les apparitions soudaines des vivants et des morts font armes égales : que le cadavre de la mère de Caroline disparaisse, et il n’est pas sûr qu’il ait été dérobé, peut-être s’est il simplement levé pour esquisser un pas de danse. De son côté, Caroline, bien terrestre, n’est sans doute pas tout à fait vivante. Les frères Larrieu, rarement aussi jubilants, se jouent des codes de la comédie érotique et du thriller, ne se privant presque de rien, pas même d’asseoir un esprit, en surimpression, à une table de déjeuner. En cela, leur film n’est bizarrement pas sans rappeler le travail d’Apichatpong Weerasethakul, autre grand conteur et filmeur de fantômes. Et comme à leur habitude, les frères Larrieu se gardent de toute explication psychologique pour tisser quelque chose de l’ordre d’un rêve panique : en mêlant subtilement le fantastique et le réel, 21 nuits avec Pattie ménage scènes d’ivresse et de mystère pur, pour dire aussi bien le bonheur que l’inquiétude d’être au monde.

Titre original : 21 nuits avec Pattie

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Durée : 115 mn


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