Ténèbres (4K Collector chez les Films du Camélia).

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Le Giallo le plus flamboyant d’Argento.

Toutes les couleurs du genre.

Peter Neal, auteur américain de nombreux best-sellers policiers est en tournée promotionnelle à Rome. Dès son arrivée une série de meurtres mystérieux débute. Le tueur se référant à l’œuvre du romancier pour signer les siennes. Après ses deux chefs- d’œuvre horrifiques que sont Suspiria (1977), Inferno (1980), Dario Argento au Giallo avec ce magistral Ténèbres. Cette notion de genre a-t-elle d’ailleurs vraiment de sens pour un auteur aussi singulier qu’Argento ? Ou alors pour affirmer que son cinéma en constitue un à part entière.

Du Giallo, il reprend les codes d’une intrigue reposant sur un tueur en série ganté, visage dans l’ombre, regorgeant d’imagination pour franchir les paliers du sordide. L’impuissance d’une police peu inspirée et investit, laissant les victimes ou suspects potentiels rechercher la vérité. Fil conducteur ténu et peu probable l’intrigue d’un Giallo sert de rampe de lancement à de multiples spectaculaires, sanglantes et funestes mises à mort. Chez Argento, cette dimension opératique prend un caractère surréaliste, déconnectée  de l’espace temporel et topographique. La poursuite nocturne durant laquelle une très jeune fille doit d’abord résister aux assauts d’un chien gardien des enfers avant de trouver refuge dans la demeure du Serial-Killer constitue l’une des deux acmés de Ténèbres. L’autre étant le final, proprement jubilatoire. De part la folie de ses  twists et surtout de ses spectaculaires effusions de sang. Occasion d’apprécier la nécessité de redécouvrir l’œuvre dans cette version 4K UHD, pour apprécier la photographie très inspirée du maestro  Luciano Tovoli ( qui a collaboré avec De Sica,Buñuel , Antonioni, Pialat…).

La direction d’acteur, souvent décriée chez Argento, repose ici sur un casting plus solide qu’à l’accoutumée : Anthony Franciosa, Giuliano Gemma, John Saxon, et évidement la muse du metteur en scène : Daria Nicolodi, et sur des dialogues mieux écrits.

Mises en abyme.

La mise en abyme se développe en trois dimensions. Celle plutôt banale, de l’auteur de roman policier qui se trouve confronté à son admirateur, ou à son modèle.

La deuxième, plus singulière, donne lieu à un dialogue entre Argento et ses commentateurs – détracteurs et exégètes. Le personnage de l’écrivain comme le double d’ Argento; auteur à qui on reproche de ne considérer les femmes que comme de simples victimes expiatoires, et les hommes comme des jouisseurs sadiques. De faire l’apologie du vice. De mettre en avant les minorités sexuelles pour simplement exhiber leur singularité. Accusations portées ici par une journaliste, et par le tueur en série qui ambitionne tout simplement d’éradiquer le vice et ses effets sur la société. Ces accusations sont infondées selon Dario Argento :  « Moi sexiste ? » s’étonne Peter Neal,  en rejetant, sourire aux lèvres, cette assertion.

Troisième strate de mise ne abyme, le réalisateur en pleine réflexion. Work in Progress,   dans la scène où sa caméra balaye la face de l’immeuble, tâtonne, pour essayer de trouver la meilleure positon pour filmer le crime qui s’y déroule. Une façon de jouer aussi avec nous, d’aiguiser notre voyeurisme, notre désir de se rapprocher de l’impensable, de prendre la place -en mode caméra subjective- de l’assassin.

L’humour impromptue côtoie la violence et l’horreur, les silences résonnent aussi fortement que le score tonitruant (du Rock)  qui précède ou accompagne les scènes chocs, la lumière et les couleurs flamboyantes illuminent les nuits terrifiantes : quel plaisir de (replonger) dans ce Ténèbres.

Ténèbres (4K Collector chez les Films du Camélia). Sortie le 26 juin.

SUPPLÉMENTS :

• PRÉSENTATION DU FILM PAR DARIO ARGENTO
• ENTRETIEN AVEC BERTRAND BONELLO (15 min)
• ENTRETIEN AVEC VIRGINIE APIOU (17 min)
• ENTRETIEN AVEC LARA WENDEL (20 min)
• OUT OF THE SHADOWS : ENTRETIEN AVEC MAITLAND MCDONAGH,
critique de cinéma (12 min, 2013)
• BANDE-ANNONCE DU FILM

Titre original : Tenebre

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Durée : 102 mn


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