Les Titans (combo Blu-ray/DVD chez Rimini Editions)

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Dans une parodie enlevée de péplum, avec un excellent Giuliano Gemma (acteur, acrobate, culturiste), Duccio Tessari met en scène avec entrain les aventures d’un beau et jeune Titan blond, Krios, qui vainc le roi de Crète Cadmos et délivre la belle Antiope, aidé par ses frères barbus. C’est une bonne occasion de réviser, avec humour, sa mythologie scolaire !

Les Titans[1], réalisé en 1962 par Duccio Tessari (1926/1994), appartient à ce moment de l’histoire du cinéma où le péplum était devenu un genre très populaire capable d’attirer les foules (il n’en est plus exactement de même aujourd’hui, même si les récentes adaptations de l’Odyssée, en 2024 : The Return, Le Retour d’Ulysse par Uberto Pasolini, et en 2026 L’Odyssée par Christopher Nolan, montrent que l’Antiquité continue de fasciner producteurs comme public). À l’époque la mythologie gréco-romaine, enseignée à l’école, était bien connue des spectateurs (qui, actuellement, la connaissent parfois d’abord à travers la bande dessinée, comme pour Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en 2002, grâce au génie de René Goscinny et Albert Uderzo et à leur album de 1963). Il est vrai que la richesse et la beauté étrange de ces récits légendaires a de quoi fasciner jeunes et moins jeunes.

Le film de Duccio Tessari, heureusement réédité en Blu-ray par les éditions Rimini, est une réussite parodique, une comédie joliment troussée à prendre au premier et au second degré. Du premier degré dépendent les clichés sexistes et machistes de l’époque, dont le film est imprégné : il y a un beau jeune homme blond et musclé qui fait craquer toutes les filles, Krios, l’un des Titans (le plus jeune) délivré par Zeus du sombre Tartare pour rétablir en Crète le culte des dieux olympiens (menacé par la démesure d’un Tyran nommé bizarrement Cadmos/Pedro Armendáriz, qui veut se faire honorer comme roi et dieu). Krios est remarquablement interprété, avec humour et décontraction, par Giuliano Gemma (1938/2013). Il y a des starlettes qui ne rêvent justement que de se jeter dans les bras de ce bel éphèbe « vigoureux » (dont Antiope, ici l’actrice française Jacqueline Sassard, bien moins douée que son partenaire titanesque) et l’épouser (ce qui signifie – dit le film – suivre son mari, l’aimer et lui obéir). Heureusement (et c’est là qu’intervient le second degré), c’est un film qui ne se prend pas au sérieux. Les gags s’enchaînent à un rythme effréné (on pense parfois aux vieux classiques du cinéma muet), le tout souligné par des thèmes musicaux parodiques dus à Carlo Rustichelli (qui n’hésite pas dans une scène où un grand musclé – qui s’appelle Rator/Serge Nubret –  doit détruire un pont de bois pour couvrir sa fuite, à reprendre la ritournelle célèbrissime du « Pont de la Rivière Kwaï », sorti juste avant en 1957). Le beau Krios est aidé dans sa lutte contre le méchant Cadmos par un muet, Achille/Gérard Séty, qui fait immanquablement penser au serviteur lui aussi muet de Zorro, Bernardo. À la fin Krios et les Titans abattent évidemment Cadmos (dont le palais est envahi par le peuple au cri de « Vive la liberté » : ce pourrait être une parodie de la prise du Palais d’Hiver d’Eisenstein dans Octobre). Cadmos finalement disparaît soudainement englouti aux Enfers, tel le Don Giovanni de Mozart. Le film de Duccio Tessaro mélange heureusement un érotisme discret et un certain goût pour le sadisme (sensible dans le regard pervers de la belle femme de Cadmos : Hermione/Antonella Lualdi, qui assiste toujours avec délectation à des mises à mort ; ou dans certains supplices inventés, comme cette poutre munie de piques qui doit rouler sur le corps du pauvre Rator, qui cependant en réchappera). Duccio Tessari ne se prend pas au sérieux : par exemple sans raison apparente, juste par jeu, il insère une séquence assez longue où Krios se moque de la suffisance et de la bêtise de Cadmos lors d’un bonneteau où il dissimule toujours avec succès une perle. Car c’est cela qui est la marque de la supériorité de Krios (les autres Titans s’imposent seulement par leurs muscles : « Pousse toi, place aux barbus ! » dit l’un d’entre eux à ses adversaires). Krios est certes un formidable athlète et un acrobate hors pair, il acquiert du Cyclope la maîtrise de la foudre, mais il est surtout bien plus intelligent que tous ses adversaires, et ne cesse de souligner cette richesse qu’il possède en lui face aux adeptes de la force pure.

Les Titans témoignent  d’une connaissance plutôt étendue des figures mythologiques, mais évoquées comme en passant, jamais avec lourdeur pédantesque : le destin de Cadmos lui est dès le début annoncé par une sibylle dans une grotte ; dans le Tartare on voit Prométhée attaché à son rocher, et Tantale qui ne peut ni boire ni manger ; Krios utilise le fameux casque d’invisibilité d’Hadès/Pluton, la kunée ; il est aussi question des trois Parques (dont Atropos qui coupe impitoyablement le fil qui mesure la durée de vie impartie à chaque humain), de la Méduse Gorgone qui pétrifie ceux qui osent la regarder, du Cyclope (qui parle ici un sabir que seul Krios parvient à comprendre), etc.. Quant à Antiope, elle fait référence à l’Andromède grecque, victime de l’orgueil de sa mère Cassiopée et attachée à un rocher pour être dévorée par un monstre marin : ici Antiope est en effet elle aussi à deux doigts de périr sous les eaux avant qu’elle ne soit sauvée (non par Persée comme dans la légende grecque) mais par Krios.

Il y a une vraie poésie dans certains plans de temples grecs déjà en ruine: non pas parce que le Temps aurait déjà fait son ouvrage et les aurait rendus à ce qu’ils sont devenus aujourd’hui, mais parce qu’ils ont été détruits par celui qui veut supplanter les anciens dieux : ce Cadmos (qui porte le nom du fondateur de Thèbes), qui n’a pas hésité à se faire bâtir un temple à son nom, à faire sculpter des statues le représentant et à ceindre sa tête de la couronne radiée (tout rapprochement avec un président américain actuel serait pure calomnie).

Bref : un agréable divertissement, tel une BD réussie qui gagne à être vue (ou revue) tout particulièrement en famille.

[1] Il s’agit d’un combo Blu-ray/DVD (chez Rimini Editions) avec présentation par Stéphane Lacombe ; interview d’Ariane Mnouchkine fille du coproducteur Alexandre Mnouchkine ; présentation du genre « péplum » par Laurent Aknin.

Les Titans sont lâchés, avec au milieu le blond Krios et le noir Rator

Titre original : Arrivano i titani

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Durée : 113 mn mn


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