Les goûteuses d’Hitler

Article écrit par

Romance sur fond de nazisme (encore !), entre une jeune femme devenue « goûteuse » pour le Führer et un lieutenant SS. Les histoires d’amour finissent mal, en général.

Adaptation d’un best-seller publié par Rosella Postorino en 2018 sur une supposée « Goûteuse d’Hitler » ce film long et désolant, prévisible jusque dans ses rebondissements, narre le quotidien répétitif d’un groupe de dix jeunes allemandes qui, en Prusse orientale au quartier général secret d’Hitler (surnommé « la tanière du loup »), auraient pendant la guerre servi de cobayes pour tester la nourriture du Führer.

L’héroïne (Rosa Sauer/Elisa Schlott) se lie d’amitié avec une de ses compagnes, Elfriede/Edna, qui se révèlera être juive, et entretient en même temps une liaison avec le lieutenant SS Albert Ziegler chargé de surveiller ces femmes (Max Riemelt). La « torture » (!) que ce dernier leur inflige est de les forcer à manger, chaque jour quand Hitler est à son quartier général, midi et soir, ce qui sera servi au Führer : n’y a-t-il pas quelque chose d’obscène dans ce film (il faut aux « héroïnes » manger, manger, manger, toujours manger : une sorte de « grande bouffe » interminable) alors qu’au même moment des millions d’Européens souffraient de privations du fait des spoliations du Reich, mourraient de faim, étaient déportés dans des camps et réduits à l’état de squelettes, exterminés, brûlés ? Pauvre Rosa !

Mais ce n’est pas ce qui tourmente ces jeunes allemandes, qui nous sont montrées surtout en mal d’amour (ou de mâles) du fait de la guerre qui leur « prend tout » (dit l’une d’entre elle). Pas d’homme à se mettre sous la dent. Rosa tente d’oublier la mort de son mari Gregor (disparu sur le front russe) dans les bras du SS Ziegler (très « viril » avec son bel uniforme bien sanglé, sa croix de fer, son visage carré et son regard impitoyable de bête carnassière)… jusqu’à ce que celui-ci, une nuit, lui révèle tous les crimes qu’il a dû commettre sous l’uniforme (pauvre Albert !) : Rosa est choquée, et se détourne de lui…Mais il la sauvera quand même de l’avancée des troupes soviétiques en la jetant dans le dernier train pour Berlin, après avoir (pour faire bonne mesure ?) abattu Edna la juive.

Ce mélo larmoyant et cette romance idiote sont platement filmés par le réalisateur Silvio Soldini qui, de plus, n’hésite pas à noyer le tout sous les accords d’une musique lourdement démonstrative.

Misère…

 

 

Max Riemelt est le lieutenant SS Albert Ziegler

Titre original : Le Assaggiatrici

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre : , ,

Pays : , ,

Durée : 124 mn mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

L’Odyssée

L’Odyssée

Le film de Christopher Nolan décrit les aventures d’Ulysse, de la prise de Troie à son retour victorieux à Ithaque où il retrouve sa femme, Pénélope, et son fils Télémaque. L’adaptation est très conventionnelle sans aucune inventivité formelle, et reflète plutôt les fantasmes de notre époque que ce qui pouvait animer les personnages homériques.

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Le cinéma néo-réaliste de Giuseppe de Santis exalte la choralité et le lien cosmique entre les paysages ruraux du Latium et leur population vivant en complète autarcie et dans un enracinement profond à une terre inhospitalière. D’amples travellings et mouvements d’appareil à la grue assument cette transition entre le décor naturel agreste et les protagonistes en proie à des luttes intestines ou des rixes claniques. Dernier volet de la trilogie paysanne de Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes est une tragédie grecque au dénouement cathartique. Relecture ..