L’Eden

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Dans un Moyen-Orient assez peu édénique, trois hommes veulent la paix…

Comme des voeux de paix

Pour son dix-septième long-métrage, avec un dix-huitième déjà en préparation, Il était une fois le printemps dont la sortie est prévue à l’automne 2026, la très prolifique et talentueuse Cheyenne-Marie Carron nous revient avec L’Eden, un film qu’elle nous offre au moment opportun de la nouvelle année comme des vœux pour un monde meilleur, plus fraternel et pacifique. C’est pourquoi d’ailleurs, elle a voulu placer à la toute fin de son film une citation de Victor Hugo : « De l’union des libertés dans la fraternité des peuples naîtra la sympathie des âmes, germe de cet immense avenir où commencera pour le genre humain la vie universelle… », extraite de Choses vues et qui se termine d’ailleurs par ces quelques mots qui font réfléchir quelque cent-cinquante ans plus tard : « …et que l’on appellera la paix de l’Europe. » Mais, comme le grand poète français, Marie-Cheyenne Carron est une idéaliste humaniste et elle a raison, son film le prouve amplement.

Un conte humaniste

Ce film est une sorte de conte et on n’est pas étonné que, encore une fois, la réalisatrice sans peur et sans reproche entre de plain-pied dans un sujet brûlant qui est la paix et la coexistence pacifique au Moyen-Orient. On le sait, Cheyenne-Marie Carron n’a pas froid aux yeux et la plupart de ses films vont bille en tête dénoncer la haine et la violence des religions. On l’a vu à plusieurs reprises pour, notamment, L’Apôtre (2014), Patries (2015), Que notre joie demeure (2024) sur l’assassinat du père Hamel, et bien d’autres qui prouvent, à chaque fois, son courage et sa détermination. C’est sans doute en raison de ses choix scénaristiques que ni les producteurs, ni le CNC ne lui accordent aucune aide. Seul Canal+, pour la deuxième fois après son film précédent L’Agneau (2025), lui accorde une aide à la diffusion (ainsi que Ciné+) sinon son film ne pourrait voir le jour. Il faut donc saluer ici sa pugnacité de productrice mais aussi son grand talent qui se dévoile encore une fois et, par exemple, celui de chef-opératrice qu’elle assume maintenant complètement, outre ceux de réalisatrice, de scénariste, de productrice et de directrice d’acteurs. Les images sont parfaites et la direction des acteurs, qui font partie de sa « troupe » maintenant, est excellente, mais nous y reviendrons.

Un paysage biblique

Mais de quoi s’agit-il ? Ici, Cheyenne-Marie Carron s’emploie à décrire parfaitement ce qu’elle pense être l’Eden, autrement dit le paradis terrestre. Nous sommes dans un paysage biblique, boisé et accueillant, visiblement le Moyen-Orient mais nous ne saurons jamais si c’est la Palestine, Israël ou encore le Liban. Son film ressemble vraiment à un récit initiatique et on se demande où elle est allée trouver ce village à moitié détruit, embelli et assombri à la fois par la guerre qui se montre sous la forme des ruines et la patrouille de soldats israéliens en armes alors que la nature édénique appelle à la foi et à la contemplation. Ici, dans une église à moitié détruite, vit Joseph, un jeune franco-libanais, sorte de personnage de l’Évangile, bouclé comme un pâtre grec et calme comme un ancien hippie, qui tente de rebâtir l’église que lui a laissée son père et de vivre en bonne intelligence avec tous les gens qui l’entourent, à commencer par les soldats israéliens et les sœurs qui vivent tout près dans un monastère à moitié abandonné. Des liens se créent avec l’un des soldats, Ruben, conduisant jusqu’à l’amitié, jusqu’au jour où Joseph sauve de la mort un jeune terroriste palestinien blessé, mais on n’en dira pas plus. Le film se termine par une danse sur de la musique comme pour oser croire encore et encore et d’encourager cette paix entre les hommes chantée déjà par Aragon lorsqu’il écrivait : « Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange/ Un jour de palme un jour de feuillages au front/ Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront/ Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche. » C’est tout à fait ce que dit aussi Cheyenne-Marie Carron lorsqu’elle déclare dans le dossier de presse du film : « Je voulais parler d’un Eden possible, d’un lieu où les hommes fraternisent. Et j’ai convaincu des comédiens, de confession juive, des musulmans, des chrétiens, des athées, de me suivre. Je dois reconnaître qu’avant le tournage, j’avais quelques craintes que des tensions naissent entre eux, mais finalement les comédiens ont sympathisé. »

Johnny Amaro, dans son plus beau rôle

Son film est d’une grande beauté, avec de très belles images, et même sa naïveté en fait sa force, entourée qu’elle est de comédiens qui ont l’habitude de travailler avec elle, notamment Sofiane Kaddour qu’elle avait engagé pour Que notre joie demeure en 2024 ainsi que Joëlle Champeyroux Haddad, Dan Kadosh qui a tourné dans Un si grand soleil d’Olivier Szulzynger en 2018 et, bien sûr, Johnny Amaro dont c’est le quatrième film avec elle après La beauté du monde en 2021, Je m’abandonne à toi en 2023 et L’Agneau en 2025 et qui est devenu comme son Jean-Pierre Léaud, son Ingrid Bergman, son Stradivarius…

 

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Durée : 74 mn


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