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La Place d’une autre

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Pendant la guerre de 14, une jeune femme prend la place d’une autre…

Deux grandes actrices se rencontrent

Adapté de The New Magdalen de Wilkie Collins, le film d’Aurélia Georges, dont c’est le troisième long métrage après LHomme qui marche (2008) et La Fille et le fleuve (2015), se place à l’intersection entre film historique et film social, avec une touche de romance et de thriller. Il est surtout intéressant parce qu’il met en avant deux magnifiques actrices aux antipodes mais qui se répondent de manière parfaite : Lyna Khoudri qu’on a vue récemment dans Papicha, Haute Couture, The French dispatch et Gagarine et Sabine Azéma qu’on ne présente plus et qui, ici, campe un personnage tout en émotion et en grande classe. Dans ce film d’une belle sensibilité, outre le jeu des acteurs et le talent de la réalisatrice, tout est à souligner pour parvenir à créer une œuvre parfaitement cohérente : la photo de Jacques Girault, les décors de Thomas Grézaud, les costumes de Agnès Noden et le montage de Martial Salomon.

Prendre la place et rayonner

Quelques mots maintenant pour justifier un tel enthousiasme. Le film joue sur l’influence qu’une personne peut avoir sur sa propre vie, de par sa chance, son intelligence et sa fermeté. Le personnage de Nélie, interprétée par Lyna Khoudri, en est l’exemple même. Nélie a échappé à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Un jour, elle prend l’identité de Rose, une jeune femme qu’elle a vue mourir sous ses yeux, et promise à un meilleur avenir. Nélie se présente à sa place chez une riche veuve, Eléonore, interprétée par Sabine Azéma, pour devenir sa lectrice. Elle parvient tellement à incarner ce rôle qu’elle devient la protégée de cette vieille dame au demeurant rigide et sévère avec les autres. Tout le film repose sur cette entente, sur le charme qui se dégage d’une histoire d’amitié qui va presque au-delà alors que rien ne prédisposait ces deux femmes finalement solitaires à se rencontrer et à s’apprécier envers et contre tout.

Qu’est-ce qui fait que l’on aime quelqu’un ?

La réalisatrice se confie à ce sujet dans le dossier de presse du film : « L’enjeu était qu’on voie leur relation grandir sous nos yeux, car ni l’une ni l’autre ne s’attend à cette rencontre. Eléonore est une femme qui a certes tenu les affaires de son mari, avec de la poigne et de la personnalité, mais elle reste quand même une grande bourgeoise du XIXe siècle. Qu’a-t-elle à dire à une fille de lingère ? En fait si, elles ont plein de choses à se dire et à s’offrir ! C’est évidemment la jeunesse de Nélie et le désir de la protéger qui plaisent à Eléonore. Mais aussi quelque chose de plus impalpable. Qu’est-ce qui fait que l’on aime quelqu’un ? Grâce à Nélie, Eléonore apprend que la vraie valeur de quelqu’un n’est pas sa naissance mais sa vertu. L’apprentissage des liens du cœur est vraiment le centre du roman. »

Cet aspect fonctionne parfaitement et ne s’altère pas même lorsque la vraie Rose, grâce à un coup de théâtre, reviendra dans leur vie pour réclamer sa place auprès d’Eléonore et que Nélie lui a prise. Mais personne ne la croira, jusqu’à ce que… Dans la mesure où même son titre, La place d’une autre, propose mine de rien une énigme, nous nous garderons bien cependant de tout dévoiler en conseillant seulement aux lecteurs d’aller voir ce film riche à tous points de vue.

 

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Durée : 112 mn


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