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Home sweet home

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Après le controversé « J´aimerais pas crever un dimanche » (1998), Didier Le Pêcheur revient avec une comédie douce-amère avortée.

Deux grands-pères d’aujourd’hui, rescapés des sixties et de la libération sexuelle qui va avec, vivent dans la même maison depuis 30 ans, où ils ont élevé ensemble la fille de l’un des deux compères, Claire, trentenaire désabusée, prise entre ses déboires sentimentaux et le flou de ses origines…
Qui va s’avérer ne pas être la fille de celui qu’elle croit.

Véritable touche-à-tout, Didier Le Pêcheur l’est assurément : romancier, scénariste, réalisateur de clips musicaux et de long-métrages, il affirme vouloir sortir d’un « cinéma d’auteur forcément ghettoïsé », en multipliant les expériences à la télévision où, dit-il, son travail a enfin été respecté (il a notamment réalisé les saisons 1 et 2 de la série Les Bleus pour M6). Il met l’accent sur les conditions de tournage à la télévision, plus rapides et donc plus propices à la concentration et à la créativité : « Home Sweet Home s’est tourné en trente jours, en gros la moitié de ce qu’un film à budget "normal" aurait permis. (…) Pour le coup, mon expérience télé a été très utile : je n’ai pas peur de travailler vite. »

Ne lui en déplaise, un peu plus de réflexion et de temps aurait peut-être permis d’étoffer le propos, la dramaturgie et les personnages de son film.
Le propos tout d’abord : la bluette sentimentale entre Claire et le flic parisien se greffe artificiellement sur un scénario déjà chargé de thématiques lourdes (et pas inintéressantes) : les relations père – fille, les vieux de la génération sixties en position de transmission, la famille comme ultime refuge dans un monde instable (d’où le titre). Au lieu de nourrir l’histoire centrale, elle affaiblit la tension dramatique et perd le spectateur, qui se demande où le réalisateur veut en venir. Les thèmes sont du même coup traités de manière superficielle.
Les personnages ensuite : ils auraient pu être savoureux, étant donné le thème et les acteurs. Ils sont à peine esquissés et souvent caricaturaux. Judith Godrèche paraît éteinte. Patrick Chesnais et Daniel Prévost s’en tirent mieux en papys décalés. On aurait presque envie de plans-séquences « nostalgie » réunissant ces deux vieux amis se remémorant leurs années patte d’éph et rock’n roll… Seule la scène finale leur donne l’occasion de sourire un peu.
Et cette musique, omniprésente, qui ne souligne plus les actions, mais les surligne excessivement. Influence des méthodes de la télévision ?

Quant au cinéma d’auteur français « ghettoïsé » dont Didier Le Pêcheur souhaite sortir, son film en reprend malgré lui certains des clichés : photo plate, narration centrée sur un nombre réduit de personnages et intrigue familiale psychologisante. On passera sur les clichés typiquement parisiannistes sur "la province" : la gare perdue dans une lumière blafarde, la jeune guichetière de banque qui se vante de son mari "fils de pharmacien", ou encore l’alcool qui coule à flot au bar (tenu par un Lorant Deutsch certes sympathique). Le ton, censé être décalé, tombe dans la banalité d’un univers de téléfilm. Faute de savoir traiter ses personnages avec drôlerie et tendresse, et en cédant à la facilité d’un traitement consensuel, le film finit par ennuyer. Frustrant.

Titre original : Home sweet home

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