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A History of Violence

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La violence atavique de Cronenberg se propage dans Le Film Noir. Une expérience totalement maîtrisée.

Généalogies d’un crime

Une charmante petite maison dans une bourgade paisible, une famille modèle, Tom Stall (Viggo Mortensen) a tout du Weak Guy à qui rien ne pourrait arriver d’extraordinaire. Jusqu’au jour où deux voyous de la pire espèce sont prêts à  faire un carnage dans son modeste restaurant, le contraignant à se métamorphoser en un  justicier sans état d’âme. Les deux malfrats abattus et ceux qui leurs emboiteront le pas émanent de la grande ville; celle qui corrompt et pervertie les modestes citoyens dans le  Roman Noir américain. Raymond Chandler, Donald Westlake, bien sûr, mais surtout ici Jim Thomson ou James Lee Burke  pour des ravages qui submergent violemment les contrées les plus reculées. Cette violence n’épargne personne, même pas les enfants. Dans la première scène, un quasi plan séquence, l’exécution hors champ d’une angélique gamine nous glace littéralement. Le raccord par analogie sur le réveil cauchemardesque de la fille des Stall ne laisse plus aucun doute sur l’inéluctable propagation du mal.

Contamination

Comment dissocier l’Homme du Monstre ? Comment s’opère cette mutation ?  Ici, David Cronenberg semble à priori quitter provisoirement le  pur cinéma d’horreur pour le polar. Un nouveau terrain pour explorer les vertus terrifiantes d’une telle gémellité. Dans le laboratoire attitré du metteur en scène, les perturbateurs exogènes (virus, cassettes vidéos, drogues…)  sont par essence  les simples accélérateurs et amplificateurs d’une violence organique qui ne demande qu’à prendre forme. L’acte de légitime défense de Tom a-t-il révélé le héros qui sommeille en lui,  ses réflexes de bon père protecteur, ou brutalement ressuscité ses instincts les plus bestiaux ? Cette ambivalence, Viggo Mortensen l’incarne à merveille. La force de son regard et son phrasé maîtrisé laissent constamment filtrer une part de trouble. Sa rapidité pour perdre et  reprendre aussi facilement le contrôle de ses pulsions de violence subjugue et inquiète à la fois. Pour  le créateur de La mouche (1986), la génétique ne saurait également mentir; Jack (Ashton Holmes), le fils originellement chétif et pacifique va sortir de sa torpeur dans une jouissance non dissimulée. Et pour Richie (William Hurt, magnifique acteur qui nous a quittés récemment sans que la presse ne s’en émeuve), frère ainé de Joey,  les liens de sang ne s’entendent pas dans le sens bienveillant de la formule.

L’univers du polar sied comme un gant aux tropismes de l’auteur. L’archétype maléfique du gangster lui permet de  composer une belle petite boutique des horreurs. Sortant de nulle part, des visages de plus en plus inquiétants viennent menacer l’existence des Stall. Aux regards vitreux des premiers tueurs sanguinaires, succède le visage à moitié défiguré du sardonique Carl Fogarty, glaçant et malicieux Ed Haris. Pour enfin découvrir  celui qui vampirise tout ce petit monde, calfeutré dans son manoir; Joey, le maître des ténèbres. Comme dans Scanners (1981) , l’affrontement  entre les deux frères ne peut se résoudre que dans la déflagration, mais la monstruosité est loin d’être éradiquée. La Cène finale qui réunit la famille Stall enfin unie scelle le pacte le plus diabolique de cette histoire de violence.

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Durée : 95 mn mn


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bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…