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Wolfman

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En dépit de scories dues à une gestation chaotique, la meilleure production fantastique gothique issue d´un studio depuis le « Frankenstein » de Kenneth Branagh mais perfectible dans un meilleur montage.

En dépit de tous les talents engagés, on n’attendait pas grand chose de ce Wolfman tant sa production fut houleuse. Parmi les péripéties marquantes, Mark Romanek (Photo Obsession) premier réalisateur engagé qui claque la porte à deux semaines du tournage, le compositeur Danny Elfman débarqué (car engagé sur d’autres projets) puis réintégré quelques temps avant la sortie et des « «retakes » multiples exigées par le studio pour un film terminé depuis bientôt deux ans. Le spectre du lamentable Cursed de Wes Craven, précédente tentative de retour du loup-garou sur les écrans (et ayant connu une mise en place tout aussi mouvementée) rôde. La réussite du film n’en est que plus appréciable, même si des défauts majeurs demeurent, essentiellement dûs aux problèmes précités.

Un des grands atouts du film (remake du classique Universal de 1941) est de retranscrire avec brio tous les motifs du film d’épouvante gothique. Campagne brumeuse et menaçante, demeure victorienne imposante, villageois superstitieux et aspects psychologiques troubles, rien ne manque. Benicio Del Toro (ici également producteur), de par sa présence animale, était né pour le rôle et assure la digne succession de Lone Chaney en lycanthrope torturé et bestial. Face à lui, Anthony Hopkins bien décidé à se faire pardonner sa lamentable prestation dans le Dracula de Coppola, campe un personnage ténébreux et magnétique dont la relation malsaine avec son fils constitue la meilleure idée du scénario. Solide technicien et habile narrateur, Joe Johnston (Rocketeer, Jumanji) assure une belle tenue visuelle à l’ensemble avec quelques splendides morceaux de bravoure. La traque du loup-garou en plein Londres est haletante à souhait, tout comme le très hargneux affrontement final entre lycans.

Défis de taille, les transformations en loup-garou ne déçoivent pas, alliant le meilleur des techniques modernes et anciennes. Le grand Rick Baker (responsable de deux séquences cultes du genre avec Le Loup-garou de Londres de John Landis et Hurlements de Joe Dante) se charge des saisissants effets physiques et du maquillage tandis que le numérique prend le relais pour traduire la vélocité de la bête en mouvement. Les moments où le loup-garou passe de la course sur deux jambes à quatre pattes sont ainsi réellement impressionnants.

Rien à redire esthétiquement. Le seul souci se situe au niveau de la narration. Partagé entre la tradition contemplative et privilégiant l’atmosphère du genre et des velléités plus modernes, le rythme boite souvent. Des enchaînements de scènes abrupts et pas toujours cohérents (le cheminement vers la conclusion est très laborieux dans la dernière demi-heure) empêchent le récit de respirer et certains personnages ont à en souffrir. Hugo Weaving, arborant fièrement des attitudes de héros de western est un peu sacrifié en Abberline (aux antipodes de Johnny Depp dans le même rôle pour From Hell) et surtout Emily Blunt dont la relation avec Del Toro ne suscite pas complètement l’émotion souhaitée (en dépit d’une poigante scène finale entre les deux reprises du film original). Il semble réellement manquer quinze à vingt minutes (1h39 est une durée assez courte pour un film de ce type) pour faire exister et approfondir réellement les personnages. On espère donc avec fébrilité un futur director’s cut pour donner tout son éclat ténébreux et romanesque au film qui, en l’état s’avère néanmoins une belle réussite.

Titre original : Wolfman

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Durée : 99 mn


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