Vivre sa vie

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Pourquoi revoir ou découvrir Vivre sa Vie, un des premiers longs métrages réalisés par Jean-Luc Godard, aujourd’hui ? Evidemment, selon ses goûts, on sera plutôt porté sur certaines périodes du cinéaste, qui n’a cessé d’inventer et de questionner le cinéma, tout comme l’histoire des arts plus généralement. Si Vivre sa vie reste l’un des chef-d’œuvres […]

Pourquoi revoir ou découvrir Vivre sa Vie, un des premiers longs métrages réalisés par Jean-Luc Godard, aujourd’hui ? Evidemment, selon ses goûts, on sera plutôt porté sur certaines périodes du cinéaste, qui n’a cessé d’inventer et de questionner le cinéma, tout comme l’histoire des arts plus généralement. Si Vivre sa vie reste l’un des chef-d’œuvres parmi les plus fascinants du cinéaste, c’est qu’à travers le parcours fatal d’une jeune femme vers la prostitution, le cinéaste nous livre une analyse sociale qui n’a rien perdu de sa pertinence, et surtout se livre par un magnifique chant d’amour à son interprète, modèle et épouse d’alors : Anna Karina.

Oeuvre majestueuse, Vivre sa vie impressionne par l’ampleur de son projet. Alors qu’une jeune femme quitte son amoureux, et ne trouve bientôt plus d’autre moyen pour vivre que la prostitution, Godard transforme ce drame du quotidien, quasiment un fait divers qui aurait pu faire l’objet de trois lignes dans le journal local, en un drame ultra composé, accompagnant son sujet vers le pire comme une héroïne de tragédie grecque, à la fois combattante et victime d´un destin terrible. Incarnée par Anna Karina, dont la coupe de cheveux rappelle la Loulou de Pabst au destin non moins enviable, Nana est une jeune femme de son temps, qui va se révéler prise au piège d’une société où la violence se cache entre quatre murs, lorsque les rideaux sont clos.

Godard a souvent traité du thème de la prostitution dans ses films, comme nous le rappelle Jean Narboni dans un très riche bonus de l’édition du DVD (2007) où il est longuement interviewé. Condensé des rapports de forces avec lesquels nous devons vivre, elle permet aussi au cinéaste de s’inscrire dans la lignée du maître japonais Mizoguchi, qui voua sa carrière aux femmes blessées. Dans Vivre sa vie, Godard transforme la dénonciation en une véritable cérémonie funéraire, composée en 12 scènes nommées « tableaux ». Enfermée dans ce cadre qui la suit avec une froideur faussement documentaire, on assiste avec horreur à la mise en esclavage de Nana/Karina, alors que progressivement tout se réduit en elle : ses mouvements, sa parole, sa liberté. Godard filme souvent Nana comme une icône, privilégiant les gros plans où rayonne la beauté de sa compagne. Le constat de sa déchéance n’en est que plus troublant.

Mais le cinéaste ne se contente pas de renouveler le style du « drame féminin » par sa mise en scène sans cesse innovante, il signe avec ce film un magnifique poème, une ode à sa bien aimée qui transcende littéralement son sujet. Dans une scène fantastique, alors que l’amoureux de nana décide de lui lire un extrait du Portrait Ovale d’Edgar Allan Poe, c’est la voix de Godard, en off, qui s’élève. L’histoire qu’il lit est alors la sienne, celle d’un artiste qui peint sa femme, lui volant pour son art un peu de sa précieuse vie. Coup de génie, fulgurance poétique, Vivre sa Vie nous offre à cet instant un peu plus que du cinéma. Que demander de plus ?

Titre original : Vivre sa vie

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Durée : 81 mn


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