Une histoire d’amour

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<< Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny. Envole-moi au ciel... zoum ! >>*

Dans la famille, après avoir connu le père (Pascal Bonitzer), la fille (Agathe Bonitzer) et la mère (Sophie Fillières dont on avait adoré le formidable Un chat un chat), voici donc que l’on rencontre la sœur : l’actrice Hélène Fillières. Un tel héritage familial attire forcément le regard. Mais finalement peu semble la rapprocher de ses illustres parents. A commencer par le choix du sujet de sa première réalisation : une adaptation du roman Sévère de Régis Jauffret décrivant les relations perverses entre un banquier et sa maîtresse qui finit par le tuer. On le retrouva mort par balle chez lui dans une combinaison de latex. Le roman est inspiré d’un fait divers et l’auteur poursuivi par la famille du défunt.

Le plus marquant dans le film, c’est de voir à quel point tout le monde est impliqué, consciencieux, avide de bien faire. Le film ressemble à une ode à la concentration, une concentration de tous un peu trop visible. A commencer par les acteurs. Toujours à fond dans le rôle du « je ne suis pas qu’un acteur comique », Benoît Poelvoorde incarne avec une application très concentrée le grand ponte de la finance qui ne peut jouir sans douleur ; Laetitia Casta, elle aussi très à la tâche, sa maîtresse-femme. Hélène Fillières saisit tout cela avec une volonté manifeste d’éviter le réalisme de la chronique. On est en plein dans le film d’ambiance dans des espaces froids teintés de modernisme : des décors et une ville sans nom – de même que les personnages ne sont pas nommés – qui écrasent les acteurs. Une pesanteur qu’elle applique aussi aux séquences de soumission sexuelle entre le banquier et sa maîtresse.

Dominé/dominée

Si la réalisatrice tient dans son scénario quelques scènes-clés, elle n’exploite malheureusement pas vraiment l’inversion incessante du jeu de domination, cet échange des pouvoirs qui est au cœur des relations, ici dominées par le spectre de l’argent. Malheureusement, cela semble moins intéresser Hélène Fillières que le casse-tête (réel) de la mise en scène d’une sexualité non conventionnelle – quand on voit déjà combien la sexualité lambda est maltraitée par le cinéma… La superficialité de son regard ne lui permet pas de dépasser une esthétique porno-chic assez publicitaire dont le potentiel d’excitation, de trouble ou de dérangement se retrouve alors réduit à néant.

 

Le film tient une immense réussite, mais n’en est pas responsable : la musique. Une histoire d’amour s’attache à déconstruire trois chansons d’Etienne Daho : Mythomane, mais surtout L’Adorer et Les Liens d’Eros qui reviennent à plusieurs reprises. La musique revêt une valeur immédiatement narrative. L’utilisation des Liens d’Eros marquant la perversité des relations (1), quand L’Adorer vient éclairer les sentiments qui peuvent naître et la douleur de l’attachement. Le basculement incessant entre les deux est sans doute ce qui vient le mieux exprimer la complexité des personnages que la réalisatrice ne parvient pas réellement à mettre en scène. A ceci près que c’est la version instrumentale des chansons qui a été choisie. Pas sûr donc que la fonction narrative accordée à la musique soit opérante pour qui ne connaît pas bien le travail de Daho. Reste que cette forte présence musicale aide sacrément à faire passer la pilule du film.

Une histoire d’amour n’est pas un ratage complet. Il suscite l’intérêt et surprend par moments, notamment son début – passé l’insupportable ouverture avec la voix off de Richard Bohringer – assez frontal et brutal. Une concision qu’il aurait pu retrouver in extremis dans la séquence finale si elle ne perdait pas tout poids en devenant trop explicite. On attendra les prochaines réalisations d’Hélène Fillières pour savoir si les quelques lueurs de son premier film venaient d’elle ou des seules potentialités de l’histoire qu’elle racontait.

*Magali Joël, Fais-moi mal Johnny, sur un texte de Boris Vian.

(1) Au début de cette chanson, tirée de l’album Réévolution (2003), Marianne Faithfull lit un extrait de La Vénus à la fourrure (1870) de son grand-oncle Léopold Von Sacher Masoch. C’est à partir du patronyme de l’auteur qu’on forgera plus tard le terme de masochisme.
"Aimer, être aimé quel bonheur !
Et pourtant, comme tout éclat est terne,
Auprès de la félicité remplie de tourments,
Que l’on éprouve en adorant une femme qui fait de l’homme son jouet,
En devenant l’esclave d’une créature tyrannique,
Qui vous piétine impitoyablement."

C’est le même texte qui inspire à Lou Reed l’écriture de Venus in Fur pour le Velvet Underground.

Titre original : Une Histoire d'amour

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Durée : 80 mn


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