Une Colonie

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Pour son premier film de fiction, Geneviève Dulude-De Celles suit avec une belle sensibilité et beaucoup de nuances les impérieux basculements de l’adolescence.

Crise d’identité

Mylia a douze ans. De l’enfance, la petite fille modèle conserve une candeur et une spontanéité qui ne la différencient guère de sa sœur cadette. De l’âge adulte, la jolie rêveuse romantique ressent la froideur du désert sentimental que ses parents tentent vainement de nier. L’entrée au collège va l’obliger à se définir. La caméra subjective obéit au souffle inquiet de l’adolescente au regard fuyant. Feindre de ne pas s’intéresser à son environnement pour mieux l’observer, pour  mieux en capter les codes, sous le diktat de la sacro-sainte intégration sociale. La première soirée arrosée, le premier contact sexuel,  Mylia suit les encouragements de son groupe d’amies, pas réellement convaincue d’être en phase avec ses propres désirs. Baigné dans une lumière « réaliste » qui ne recherche pas à souligner les événements, le groupe joue maladroitement à l’adulte. Les rites avilissants du passage à l’âge adulte sont abordés frontalement, sans tabous, mais sans trash racoleur. L’inconséquence du grégarisme conduit jusqu’à la violence ; un exutoire inévitable. Dans sa classe, Mylia se rapproche de Jimmy. D’origine indienne, le garçon trace son chemin dans une société canadienne dont la tendance à l’uniformisation aseptise la pensée. Sa solitude est une réelle force dont Mylia va se nourrir pour s’affirmer à son tour.

 

 

Sortir du cadre

Cadrages serrés, raccords dans le mouvement, la mise en scène de l’incipit souligne la pression qui pèse sur les épaules de Mylia. Un étouffement  purement psychosomatique car le collège est accueillant et les nouvelles exigences d’apprentissage sont loin de paraître insurmontables. Progressivement, le temps faisant son effet, la confiance gagne du terrain, le cadre se desserre autour de la jeune fille qui va, enfin, pour son bien être,  s’autoriser à « dépasser dans les cahiers à colorier », faisant sien l’adage de son ami Jimmy.

Une banlieue canadienne, l’adolescence qui interroge, le besoin d’espace, on pense forcément à Xavier Dolan. Désolé pour ses nombreux fans, mais, contrairement au « jeune prodige »,  Geneviève Dulude-De Celles ne cherche ni à faire impression ni à forcer l’empathie. L’intimité qui nous est donnée de partager respecte aussi bien son personnage que notre capacité à comprendre les doutes et à ressentir les affects qui sont en jeu. Si une filiation existe, c’est vers le meilleur du cinéma indépendant américain qu’il faut se tourner, Une saison ardente de Paul Dano comme parfaite illustration. Du documentaire, univers de ses premiers pas, la réalisatrice conserve la force du naturalisme, qu’elle enrichit d’une mise en scène au  lyrisme apaisant. Les couleurs chaudes et les jolis plans de reflets œuvrant délicatement dans ce sens. Ours d’argent au festival de Berlin, Une colonie  a également obtenu deux Canadian Screen Awards ; celui de la meilleure actrice pour Émilie Bierre, et, surtout, celui du meilleur film de l’année. Une belle réussite à laquelle on peut également associer Irlande Côté, qui, a tout juste neuf ans, fait déjà preuve de beaucoup de subtilité dans son jeu.

 

Lire aussi l’interview de Geneviève Dulude de et de Emilie Bierre.

 

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Durée : 102 mn


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