Un ange à la mer

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Documentariste passé à la fiction, le réalisateur belge Frederic Dumont filme deux comédiens aguerris et un jeune acteur prometteur dans un film trop maladroit pour être attachant.

Un ange à la mer est un film de laissés pour compte. Il y avait pourtant matière, dans l’histoire mortifère d’un père qui révèle à son fils un secret trop lourd à porter qui chamboulera irrémédiablement sa vie, à tisser un canevas autrement percutant. Car si le film n’est pas complètement dénué de charme, il donne le sentiment de systématiquement passer à côté des objectifs qu’il s’était lui-même fixés.

Dans une ville côtière du Maroc, Martin, 12 ans, joue au foot avec ses amis, va à pieds à l’école, prépare le spectacle de fin d’année. Ses parents vivent une vie lambda d’expatriés, Français aisés dans un pays qui prend son temps. Mais le stress lié à la vie d’avocat (pour agriculteurs en difficulté) pèse sur le père de Martin, qui rentre effondré d’un voyage d’affaires à Rome, se remet à boire, et glisse inexorablement vers une folie pas toute douce.

Laissés pour compte, les personnages. Immédiatement embourbés dans les conséquences de la révélation initiale (on sait gré au réalisateur de ne pas faire jouer un suspense morbide), ils semblent étouffés par un scénario déroulé trop vite, qui manque d’air et ne sait prendre le temps de développer la psychologie des personnages. Le père va très mal, l’enfant bientôt encore plus, la mère ne sait pas trop, englués dans une vie qu’ils ont choisie mais qui ne leur convient plus.

Laissés pour compte, les comédiens, pourtant tous formidables. Olivier Gourmet, abonné aux rôles sociaux et politiques, se voit contraint de jouer la dépression de manière monolithique, enfermé dans une partition répétitive. Anne Consigny, dont on connaît la large palette d’émotions, ne peut que minauder à envi dans un chapelet de scènes anecdotiques de la mère qui passe à côté de la souffrance de ses proches. Le jeune Martin Nissen s’en sort mieux, seul titulaire de situations crédibles qui lui permettent d’exprimer le mal-être de l’enfance trop vite délestée de son innocence.

Laissée pour compte, la mise en scène. Fréderic Dumont, tout attaché à rendre compte d’un trauma personnel, oublie d’en écrire l’histoire. Jamais critique de ses personnages, il aborde son sujet de manière trop frontale, avec dans le champ d’une caméra qui tourne en roue libre un synopsis passé sous silence. Pas l’ombre d’une idée originale de plan ne vient entraver des séquences qu’il a voulues fortes mais qui, rarement pensées comme moments de cinéma, desservent un scénario qu’il aurait fallu traiter avec plus de délicatesse.

Ce qui attriste le plus dans Un ange à la mer, c’est de voir à quel point la sincérité du propos se trouve mise à mal par le manque de subtilité du film. Tout y est atrocement littéral ou convenu. Dès que Martin va mal, il se met à bégayer ; le père, au bout du rouleau, noie les chats dans une caisse en bois ; la mère, délaissée, couche avec le premier venu. Et ce n’est pas les vers de Baudelaire, murmurés ad nauseum, qui viennent changer la donne. Ainsi, la lente descente aux enfers programmée mute en film fadasse, pétri de convictions mais jamais capable de les exposer.


Titre original : Un ange à la mer

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Durée : 96 mn


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