Au nom de la loi, Gunsmoke, Bonanza, Le Virginien…le western a connu de grandes heures sur le petit écran. Sur la piste des cheyennes s’inscrit dans cette lignée avec parmi ces particularités, celle de ne contenir qu’une seule saison. Une singularité liée en partie au décalage entre les attentes beaucoup plus légères du public dans la deuxième partie des années soixante-dix. Un mal pour un bien, car ce resserrement narratif la rapproche bien davantage d’un long métrage que d’une série à rallonge où la qualité se diluerait dans la multiplication des personnages, des intrigues, des époques… On peut alors présenter cette série, comme un développement de l’argument de La prisonnière du désert (John Ford, 1956) : deux frères se lancent à la recherche de leur sœur prisonnière d’une tribu cheyenne.
L’ouest, le vrai…
L’action se situe dans le dernier quart du dix-neuvième siècle. Une période charnière de l’histoire de l’Ouest : les indiens sont repoussés, mais on ne parle pas encore de les parquer dans des réserves, on cherche plutôt à éviter le plus possible les affrontements, le bétail connaît ses dernières transhumances avant que les parcelles clôturées ne deviennent la norme, les voies ferrées ne couvrent pas encore tout le territoire… Ces entre-deux vont donner tout le sel de la série, qui n’a de cesse de révéler les frictions, les injustices, les violences qui en découlent. Le pilote, qui a l’étoffe d’un excellent long-métrage, et les premiers épisodes dénoncent le racisme, anti-indiens. Notamment par l’entremise du plus jeune des frères Beaudine, Morgane (Kurt Russel) qui a vécu pendant huit-ans parmi une tribu cheyenne, ce dont il est justement fier, et souhaite se faire appeler par son nom Indien : deux personnes. La série n’hésite pas à écorner l’image d’Épinal associée -trop longtemps associés par les westerns aux hommes de l’Ouest. Les rues boueuses, la petite fumerie d’opium, les prostituées maltraitées et peu glamours, les lâches assassins qui se font passer pour des justiciers – le réalisme cynique du Western Spaghetti a produit ses (bons) effets sur l’imagerie trop positive de certaines représentations hollywoodiennes. Le sort réservé aux immigrés chinois (épisode 7), au noir (2pisode 8 et 9), les violences faîtes aux femmes (à plusieurs reprises), le cannibalisme (pour survivre dans l’épisode 11)…., ces périples en terres inconnues ne sont pas de douces invitations au voyage.

...sans oublier sa légende.
Dans leur tropisme réaliste, les showrunners ne se prive pas d’appeler un chat, un chat, par moments : langue bien pendue de certains énergumènes, jugements sans état d’âme comme celui de Quentin (Tim Matheson) après avoir abattu un nouveau Billy The Kidd « Je l’ai déjà oublié celui-là ». Mais, cette âpreté ne saurait être la principale raison d’être de ce qui reste, malgré tout un divertissement de qualité. Le nécessaire spectaculaire passe par des scénarios sans temps morts, des intrigues bien ficelées et des personnages charismatiques. Côté scénario, on apprécie que les deux premiers tiers de chaque épisode soient surtout centrés sur la découverte des personnages, leur part d’ombre, la majorité de l’action pure se concentrant dans toutes dernières minutes. Quant aux héros, il y a bien sur les deux frères, toujours prêts à venir en aide à ceux qui se trouvent dans l’adversité, quitte à retarder leur recherche et à mettre leur vie en en péril. Tim Matheson, ne manque pas de charme, comme médecin qui se découvre des talents de combattants insoupçonnés, Kurt Russel, qui ne possède pas encore tous les atours qui en feront un dur à cuire comme on les aime chez John Carpenter, notamment, possède ici suffisamment de fougue pour être crédible. Mais les deux frères sont plutôt des passeurs d’histoire, les plus grands héros étant les hommes qu’ils croisent d’épisode en épisode. Des figures de l’Ouest, Shérifs, convoyeurs de troupeaux usés par les années, prédicateurs… Plus que des Guest-Stars, certains interprètes sont des véritables icônes du western et films d’action : Brian Keith (Le jugement des flèches, Nevada Smith, Rio Verde…), Woody Stroode (Le sergent Noir, Spartacus...), John Ireland ( J’ai tué Jesse James, Règlement de comptes à O.K. Corral…). Ils incarnent, avec leurs belles silhouettes usées par les années, des héros éternels de l’ouest, dont la sagesse tardive va servir d’inspiration à la jeune génération incarnée par les frères Beaudine. Une dimension morale qui a fait du Western classique une source d’inspiration pour un grand nombre de nos rêves d’aventures et de gloire.
Sur la piste des cheyennes .15 épisodes, plus le pilote de la série, chez Elephant Films, dans la collection Les Joyaux de la télévision.





