Roofman (Derek Cianfrance) Note : 4 étoiles.

Derek Cianfrance aux manettes (The Place Beyon the pines, Une vie entre deux océans..), deux têtes d’affiche telles que Kirsten Dunst et Channing Tatum, et pourtant le film n’aura pas droit aux honneurs d’une sortie hexagonale, en salle. Au lieu de tenter de comprendre les raisons d’un tel non-sens, précipitons-nous sur l’édition DVD.
Roofman est le surnom donné à Jeffrey Manchester, un voleur qui entre sur les lieux du délit en perçant les toits des fast-foods, enferme ensuite avec bienveillance ses gérants dans les réserves, et repart tranquillement avec le butin. Arrêté après une vingtaine de larcins, il réussit à s’évader de la prison où il est incarcéré. Plus malin que les fuyards habituels, il va élire résidence dans un espace inoccupé au cœur d’un Toys' »R » Us, et ce, six mois durant.
Au début des années deux-mille, de tels exploits n’ont pas manqué de défrayer la chronique. Derek Cianfrance s’est emparé de ce fait divers irréaliste qui sied comme un gant à son approche singulière du (contre) modèle américain. Des romances Hollywoodiennes baignées dans un réalisme social. Au cœur de ses récits, un couple cabossé, des Outsiders qui croient encore à l’un des piliers du mythe hollywoodien : la passion. Pour fusionner le glamour Hollywoodien et son contre modèle indé, Cianfrance gomme une partie du sex-appeal de ses stars- Ryan Gosling, et sa calvitie naissante dans Blue Valentine –. Ici, le maquillage à minima de Kirsten Dunst, ne masque pas l’impact du temps et des drames, comme c’était le cas pour les personnages incarnés pour Alicia Vikander et Michelle Williams. Les corps, eux, sont particulièrement soignés et dessinés : la volonté d’entretenir le désir est indispensable à la survie du couple chez Cianfrance. Channing Tatum ne se fait pas prier pour exhiber ce corps qui contribue, en partie, à son succès dans le cinéma mainstream. Son jeu se fait ici plus nuancé qu’à l’ accoutumée, le rendant presque aussi naturel que sa partenaire, la très délicate Kirsten Dunst. Par petites touches, des attentions portées au quotidien, des dialogues délicatement ciselées, se construit le portrait d’une Amérique des oubliées. Comme dans Blue Valentine, une atmosphère lumineuse mais réaliste doit beaucoup à la patine, tout en nuance de pastels, d’Andrij Parekh, le directeur de la photographie de Blue Valentine. Quel que soit leur passif, leurs travers, les personnages, y compris les seconds rôles – Peter Dinklage, en patron de magasin sans aucun état d’âme – ne sont jamais enfermés dans des clichés.
Film de cavale dont les nombreuses péripéties et le rythme soutenu laissent suffisamment d’espace à ses personnages. Rom -com hollywoodienne qui prend racine dans un quotidien peu enviable. C’est là toute la magie et la grâce de Roofman.
Libre échange (Michael Angelo Covino). Note : 3 étoiles

Ashley (Adrian Ajorna) avoue son infidélité à Carey ((Kyle Marvin). Ce dernier se réfugie chez ses amis Julie (Dakota Johnson) et Paul (Michael Angelo Covino), adeptes de l’amour libre. Alors qu’il s’affiche comme moderne voire subversive, ce Libre échange se transforme assez rapidement en une bien plus sage comédie de remariage. Humour noir, macabre ; dans un scène d’accident de voitures pas piquée des hannetons. Une Scène de slapstick « anthologique », la lutte féroce entre les deux amis filmés quasiment en plan-séquence. Dialogues corrosifs et crus pour pimenter les débats et les ébats ; la première partie du film dépote littéralement. Puis, si le rythme reste toujours endiablé, on baigne dans un humour beaucoup plus sage : un vaudeville à tendance bienveillante. A part quelques scènes assez délirantes on sourit plus qu’on ne s’esclaffe. Mais nous aurions tort de bouder notre plaisir devant ce feu d’artifices d’humour, qui travaille avec ferveur différents registres comiques.
Roofman et Libre échange : deux sorties Vidéo chez Metropolitan Film & Vidéo





