Retour sur le 34ème festival CinéLatino de Toulouse (25 mars au 3 avril 2022)

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Une édition 2022 qui témoigne de la belle diversité du cinéma latino.

Un froid exceptionnel s’est abattu les derniers jours sur la toujours belle ville rose. Le festival se situe comme tous les ans entre l’église Saint-Sernin, Le Capitole et la place Wilson. Ambiance vin chaud plutôt que sangria à gogo, mais on retrouve les mêmes lieux conviviaux comme la Cave Poésie et la cantina du festival installée sous une tente près de la chapelle des Carmélites au plafond peint de peintures sublimes, à ne pas louper. 250 films environ, tous issus du monde latino américain, courts-métrages, longs-métrages, fiction et documentaire, il y en a donc pour tous les goûts et l’occasion de revoir les grands films de Patricio Guzmán, réalisateur chilien majeur, documentariste essentiel du cinéma latino-américain. Il est venu plusieurs fois à Toulouse, soulevant toujours le même enthousiasme passionné de la part du public. Pendant les cinquante dernières années, Patricio Guzmán a associé viscéralement le cinéma et son pays à travers des œuvres reconnues internationalement. Il a mené un inlassable travail, nécessaire et obstiné, d’investigation et de mémoire. Ses films, depuis les premiers, défendent la subjectivité du cinéma documentaire : les récits brisent les barrières qui l’opposent à la fiction. L’occasion rêvée de revoir sa trilogie Nostalgie de la lumière, Le Bouton de nacre et La Cordillère des songes, trois films qui le conduisent sur les chemins des questionnements intimes, des émotions, de la poésie.

La rétrospective que lui consacre cette année Cinélatino dessine le fil mémoriel de son œuvre et de sa vie. La mémoire historique, intime ou collective, celle de chacun chacune et celle des peuples, est le moteur de tous ses films. Pour le jury du Syndicat français, neuf films sur les douze de la compétition officielle des longs-métrages de fiction sont en lice. Il s’agit seulement des premiers et deuxièmes films. Nous en avons vu des pépites, certes toujours dramatiques, exposant des situations sociales ou politiques désespérées, mais revigorantes.

EL ÁRBOL ROJO de Joan Gómez Endara est un beau road-movie colombien entre espoir et désespérance d’un grand frère qui conduit sa petite soeur vers une mère absente de Bogota.

INMERSIÓN de Nicolás Postiglione qui présente un père et ses deux filles pris au piège de leurs préjugés au centre d’un lac en territoire Mapuche. Entre Plein Soleil de René Clément et Le couteau dans l’eau de Roman Polanski, c’est un magnifique thriller bien construit auquel nous n’avons pas hésité à donner un prix spécial.

LA CALMA de Mariano Cócolo a eu notre préférence puisque c’est à lui que nous avons remis le prix de la critique. C’est un film argentin radical qui montre par des images sobres à la Tarkovski la situation des paysans en Argentine face à ceux qui possèdent la terre.

LA VACHE QUI CHANTAIT POUR LE FUTUR de Francisca Alegría est le film qui a eu le plus de moyens sans doute, mais qui reste trop peu abouti, mêlant des histoires de revenants à la Garcia Marquez à la tragique destinée de notre planète face à la pollution que personne ne prend en compte.

MARTE UM de Gabriel Martins est un film sympathique brésilien mais qui, à notre goût, lorgne trop vers les telenovelas et séries, ce qui lui enlève pas mal de sens et l’affadit un peu, malgré une belle interprétation et beaucoup de belles idées (et d’autres hélas clichées dans l’air du temps).

MIS HERMANOS SUEÑAN DESPIERTOS de Claudia Huaiquimilla est un film chilien qui a été bien récompensé mais qui demeure encore trop téléfilm, dénonçant un drame survenu au Chili dans un centre de rééducation pour mineurs.

RIO DOCE de Fellipe Fernandes, beau film brésilien, qui a obtenu le prix enviable de la Fipresci cette année, repose surtout sur le jeu de son acteur principal mais il donne une impression de la vie en ville au Brésil entre classes pauvres et nouveaux riches.

UTAMA de Alejandro Loayza Grisi, film bolivien, est mon préféré. Malheureusement il n’a pas fait l’unanimité au sein de mon jury mais il a été récompensé par le prix du jury lycéen et c’est magnifique. Un couple de vieilles personnes vivent au fin fond d’un désert, élevant de superbes lamas. La visite du petit-fils remet tout en question et pose des questions vraiment existentielles et métaphysiques.

ZAHORÍ de Marí Alessandrini est un film argentin qui n’a rien obtenu au festival CinéLatino de Toulouse, mais a été récompensé dans bien d’autres festivals. On l’a trouvé un peu maladroit, sans doute en raison du caractère autobiographique et du manichéisme des situations.

Certains des ces films vont être distribués en France en avril, mai et juin. Mais on retiendra aussi ce film cubain que l’auteur a mis longtemps à réaliser et monter et qui est justement un petit bijou de montage : CORAZÓN AZUL de Miguel Coyula. Et le film de clôture, hors compétition, a réussi à nous apporter un peu de fraîcheur et de rire en ces temps plus que troublés avec une comédie mexicaine, hommage au cinéma néoréaliste italien, DOMINGO de Raul Lopez Echeverria

Pour connaître le palmarès complet, c’est par ici.

 

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