Retour à Silent Hill

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Retour à Silent Hill : critique qui perd la tête

En 2006, Christophe Gans tapait un grand coup dans la fourmilière des adaptations vidéo ludiques au cinéma avec le premier Silent Hill. Crade, insidieux et éprouvant, le film fut un succès commercial doublé d’une reconnaissance publique toujours aussi solide. 20 ans après, le réalisateur français revient avec Retour à Silent Hill, tout droit inspiré du second jeu de la franchise Konami. Mais cette fois-ci, les critiques outre-Atlantique ont sorti leurs fourches et s’attèlent à assassiner le film depuis plusieurs semaines. En l’état, l’œuvre n’est déjà plus qu’un cadavre gisant, noyé dans son propre sang, auquel la foule ne prête que très peu d’attention (un démarrage US très inquiétant). Crime défendable ou acharnement injustifié, que vaut cette nouvelle virée en enfer ?

Dès son introduction, Retour à Silent Hill lâche la bête et semble inarrêtable. Un découpage effréné, une photographie presque publicitaire et un effet clip sur fond de musique rock, le spectateur est prévenu : le roller coaster s’annonce intense. En témoignent les premières attaques monstrueuses ; qui ne sont pas sans rappeler le bestiaire du génial La Momie de Stephen Sommers ; durant lesquelles Christophe Gans délaisse la douceur esthétique du premier film sur l’autel d’une photographie brutale et assez déconcertante. Les lents travellings macabres cèdent leur place à une caméra épaule déchaînée aux mouvements improbables. Une mise en scène du chaos environnant qui s’accompagne d’un travail sonore assourdissant et sensoriellement agressif. À l’instar du personnage de James, nous sommes plongés dans la cruauté d’un univers où tout se cannibalise.
Ces folies visuelles et cette énergie hyperactive amènent une profusion d’effets, parfois d’un autre temps, qui donnent corps aux dérives mentales du protagoniste. Les décors s’enchaînent, se métamorphosent et s’entremêlent dans un jeu de confusions perturbant. L’entreprise profite d’un soin plastique convaincant en vue de son budget serré. Bien sûr, les moyens techniques semblent parfois dépassés par les ambitions artistiques de ce rouleau compresseur, notamment avec des rendus CGI trop approximatifs. C’est comme si le film lui-même ne pouvait pas totalement contrôler la puissance créative de son auteur et de son personnage. Car oui, tout comme dans le jeu, la ville de Silent Hill et ces dangers ne sont qu’une projection psychique de James, perdu depuis la mort de sa femme et persuadé qu’il peut encore la retrouver dans ce monde hostile. Avec ce postulat de base, tout devient possible et le récit s’en amuse.
Mais au milieu de ce spectacle formellement régressif, se dégage une sincérité palpable et communicative de la part du metteur en scène, qui iconise chacune des apparitions surnaturelles et rend justice aux nombreux décors du jeu. Et puis, au milieu de cette exécution kamikaze, émerge un climax improbable, d’une poésie macabre déchirante, où la fusion entre l’amour et l’horreur se matérialise en un dernier geste mélancolique et désespéré. Toute la fragilité et la démence de James sont ici incarnées et on s’étonne d’y verser une petite larme. À la manière du superbe Mama d’Andrés Muschietti, Retour à Silent Hill se conclut sur une note douce amère, qui le temps d’un instant, nous rappelle qu’il y aura toujours de la beauté au plus profond des ténèbres.
C’est au détour d’une courte discussion que Christophe Gans nous a avoué regretter la précipitation de son montage. Et nous ne pouvons pas lui donner tort. Aussi efficace soit-il, l’ensemble du récit est victime d’un découpage qui ne lui laisse jamais le temps de respirer. Les péripéties se succèdent sans répit, et le constat est sans appel : le film manque d’une ambiance lourde. Loin de nous l’idée de vouloir ménager la peur du spectateur, il est simplement question de laisser les séquences exister dans le but d’installer une atmosphère. De ce fait, le cauchemar a plus l’allure d’un trip sous coke que d’une lente descente aux enfers.
D’autant que le scénario s’entrave d’éléments superflus et sur-explicatifs (la psychologue n’aurait jamais dû être gardée) qui alourdissent une histoire inutilement surchargée. De ce fait, des personnages sont charcutés et la narration ne parvient pas à proposer l’ambiguïté nécessaire pour tenir en haleine. Les nombreuses scènes d’exposition du couple de James et Mary subissent cet empressement général et empêchent une réelle alchimie à l’écran. Ainsi, les enjeux dramatiques sont tamisés et difficilement identifiables.
S’ajoute une poignée d’idées grossières ; comme le fait de démystifier la principale figure antagoniste au travers d’un travelling honteux, ou d’intégrer des plans subjectifs illogiques et abominables. Pourtant, l’auteur de ses lignes n’est pas partisan de subtilité et aime lorsque les choses sont surlignées, mais ces excès trahissent la vacuité stylistique qui gangrène un film boulimique. A vouloir trop en faire, on finit par s’éloigner de l’essentiel.
Retour à Silent Hill est un trait de crayon tourettien, un excès artistique étourdissant, presque épileptique, dont les maladresses sont excusées par la sincérité et l’audace de Christophe Gans.
3.5/5

Titre original : Return to Silent Hill

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Durée : 106 mn


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