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Réparer les vivants

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Où comment réparer le cinéma français avec une histoire forte, sensible et humaine.

Dans Réparer les vivants, la réalisatrice de Un poison violent (2010) ou encore de l’excellent Suzanne (2013) nous donne à voir et à ressentir l’épopée d’un cœur humain, moteur de plusieurs vies. Adaptation du roman éponyme de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants réussit à saisir toute la puissance de ce livre en y ajoutant une force de vie et d’espoir propre au travail de Katell Quillévéré. Surf, chirurgie, famille, amour obsolète, tout y passe. Jusqu’à nous déchirer le cœur – bien en place – dans certaines scènes très proches de la réalité.

 

 

Un récit en deux temps

Comme dans le roman, Réparer les vivants débute un matin, très tôt, dans le nord-ouest de la France, avec trois copains surfeurs. Ils ont moins de vingt ans, la mèche blonde décolorée, des tatouages sur le corps et une copine qu’ils abandonnent pour aller dompter la mer. Avec des plans des vagues à couper le souffle, des techniques de surfeurs pour entrer au meilleur moment dans ces reines de l’eau, Katell Quillévéré marque déjà un point. Son long métrage est celui de l’esthétique et du sentiment, où sans trouble, tout se mélange. On s’attache dès les premières minutes à Simon, le personnage central de ce film choral.

Un van et un accident plus tard, sans révéler la suite de l’histoire, on suit Simon dans sa chair avec ses deux parents – Emmanuelle Seigner et Kool Shen –, l’équipe de chirurgiens et soignants qui s’occupent de lui – Bouli Lanners, Tahar Rahim et Monia Chokri –, sa petite sœur, sa copine et ses amis. Sans exagération dans les sentiments, la réalisatrice dresse le portrait de vie de cet adolescent, au cœur parfait et généreux, mais aussi les tranches de vies de chacun des êtres qui l’entourent. Premier chapitre d’un film qui se scinde en deux histoires. Dans un second temps, Katell Quillévéré développe l’histoire d’une receveuse chanceuse, Claire – jouée par la performante Anne Dorval –, de ses deux fils et de son amour secret. Peut-être moins forte et moins prenante, cette deuxième étape se distingue cependant par un élan d’espoir désiré par la réalisatrice. Une vie après la mort, une chance après la tragédie, une aventure humaine et dévouée jusqu’à l’accomplissement d’un miracle, une greffe de cœur.

 

 
 

Une précision chirurgicale

La grande force de ce film, ce qui nous touche au plus profond de notre être, c’est d’avoir fait une fiction en se documentant au maximum sur les opérations chirurgicales, un univers technique et peu glamour, mystérieux pour le profane. Dans Réparer les vivants, la précision des gestes des chirurgiens, et le poids de leurs actions dans nos vies, prennent une place considérable, avec justesse et beauté. Comme dans le film d’une autre réalisatrice, La Guerre est déclarée (2011) de Valérie Donzelli, sur le combat d’un couple pour sauver la vie de leur enfant malade, Katell Quillévéré s’est extrêmement documentée, a suivi des opérations et des greffes afin de faire de son film un acte presque militant pour le don d’organes – sans pour autant culpabiliser son public, mais telle une éclaireuse d’une réalité en souffrance.

  
Dans chacun de ses plans, les précisions sont utiles à l’histoire, aux sentiments, jusqu’à nous faire monter les larmes aux yeux. Tout est découpé avec sens, humanité, admiration. On sent que chaque personnage est à sa place dans un scénario précis sur l’aventure de ce cœur, d’une vie à l’autre, d’un parcours à un autre, d’un cocon familial à un autre… Ce film est fait de l’élégance froide que seuls les hôpitaux peuvent amener, de la chaleur romanesque que seules la vie et la mort peuvent procurer. Réparer les vivants est un film qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Titre original : Réparer les vivants

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Durée : 103 mn


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