Elisa (Carmen Sevilla) call-girl qui partage ses activités entre Londres et Madrid assiste suite à un concours de circonstances au meurtre commis par son voisin Óscar (Vincente Parra) sur sa femme. Au lieu d’éliminer ce témoin gênant, l’homme la force à devenir son complice pour l’évacuation du cadavre.
Avant de devenir l’un des fers de lance du cinéma Quinqui dans les années quatre-vingt, (Colegas, El Pico 1 et 2), Eloy de la Iglesia a préalablement lancé sa carrière en (re)visitant un genre plus mainstream le Policier. En 1971, Le plafond de verre est accompagné d’un grand succès public, il enchaîne deux ans plus tard avec Personne n’a entendu crier dans lequel il fait de nouveau appel à Carmen Sevilla. A raison d’une certaine appétence pour les traces de sang bien marquées, un climat ambigu, des personnages un tantinet pervers, on a tendance à qualifier ces œuvres de Giallo, par opportunisme commercial également car le genre est à son apogée chez son cousin Italien. Mais, ici point de tueurs mystérieux en série aux gants noirs, le suspense et autres accroches de l’intrigue sont ailleurs.
Si on doit se référer à des références plus familières du cinéma transalpin, osons la comparaison avec la Comédie à l’Italienne, pour le cynisme des personnages, pour qui le meurtre est un moyen peu encombrant moralement de se débarrasser d’un problème domestique, : Divorce à l’Italienne (Pietro Germi, 1961). Elisa, Oscar et consorts sont des Nouveaux Monstres qui entendent jouir sans entraves de tous les conforts de la société moderne : argent facile, immeuble moderne avec deux ascenseurs, clubs selects, week-ends dépaysant… A la fois enjoué, lyrique et surtout très séduisant le thème musical composé par Fernando García, rappelle ceux du grand compositeur italien Armando Trovajoli qui a si souvent magnifié les comédies douces amères de son pays d’origine.
Autre référence cinématographique plus proche de nous; il y a indéniablement du Claude Chabrol dans ce récit de petit meurtre en vase clos (néo bourgeois ici) : Juste avant la nuit, La femme infidèle... Dans cette façon de nous rendre proche de ces meurtriers sans jamais nous faire oublier l’ignominie de leurs actes.

La mise en scène s’inscrit avec autant de réussite dans les deux registres explorés. La dimension thriller, qui débute et conclu l’œuvre : utilisation en mode angoisse (emprunté au Giallo) d’un immeuble vide, d’un huis clos morbide par destination, grâce à des effets bien sentis de caméra, de hors-champs, de cadrage en plongée. Un érotisme, juste ébauché, mais non dénué de sensualité que l’on retrouve inévitablement associé à ces récits de couple meurtrier. Érotisation des corps (torses) masculins , chère à Eloy de la Iglesia qui n’hésitera pas par la suite à briser les tabous du désir homosexuel. Deuxième registre celui de la comédie-cynique; situation cocasse lors de l’exfiltration du corps dans le coffre de voiture, scènes d’incompréhension avec le gardien de l’immeuble… L’art du faux semblant et du mensonge que maîtrisent parfaitement chacun des personnages. La mise en scène se fait ici légère, laissant le talent des comédiens s’exprimer sans jamais forcer le trait.
Drôle, réflexif, enlevé, voici une œuvre totalement réussie, indéniablement à découvrir.
Personne n’a entendu crier ( Master 2K restauré, Combo blu ray/ DVD) chez Artus Film.





