Mais que se passe-t-il avec Obsession ? Après un passage remarqué au Festival international de Toronto, le premier long métrage de Curry Barker est vite devenu un petit phénomène, à tel point que le jeune cinéaste est déjà engagé sur le prochain Massacre à la Tronçonneuse. Porté par des critiques dithyrambiques et un excellent démarrage au box office US et international, que vaut réellement ce nouvel étalon horrifique ? Et bien, une chose est sûre : nous avons ici l’un des meilleurs films d’horreur de ces dernières années.
Lorsque le jeune Bear fait le vœu que sa meilleure amie, Nikki, tombe amoureuse de lui, il est loin d’imaginer qu’il est en train de s’engouffrer dans une relation aussi passionnelle qu’obsessionnelle. Pour raconter cette histoire, Curry Barker n’a eu qu’1 million de dollars (hors frais marketing), de quoi nous rappeler les grandes heures des productions fauchées à la Blumhouse. De ce fait, le réalisateur opte pour une sobriété esthétique en évitant la moindre déferlante d’effets tape-à-l’œil. Il évite les écueils habituels du genre et s’écarte de la boulimie plastique de ses confrères (on te voit Le Réveil de la Momie). Au travers de la constante fixité de ses cadres, le film réussit à capturer un malaise palpable et frontal. Plutôt que de lever le voile sur les secrets de son artefact, le récit garde une part d’ombre saisissante qui nourrit l’aura mystérieuse du projet. S’il y a bien ici et là quelques tentatives d’approfondir le mécanisme du Lore maléfique, c’est toujours dans l’optique de faire avancer les événements. Si ce manque de moyens s’apparentait à un potentiel frein aux ambitions artistiques, il s’est avéré être un véritable terrain fertile à la création.

Le plus grand argument en faveur d’Obsession, c’est bien ses personnages. Le duo d’acteurs Michael Johnston et Inde Navarrette interprètent avec brio une sorte de couple bâtard, fondé sur un vol intellectuel et identitaire. En forçant les sentiments de Nikki, le personnage de Bear l’enferme dans un amour non-consenti et lui retire sa liberté individuelle. C’est un viol. La jeune femme se retrouve coincée dans un pur cauchemar schizophrénique, oscillant entre illusion idyllique et états de conscience. La boogeywoman est la vraie victime de cette histoire. Ainsi, Barker réinvente brillamment le manichéisme horrifique en inversant subtilement les rôles. Émerge alors un paradoxe des plus fascinants : comprenant la sombre tournure de son quotidien, Bear laisse paraître sa volonté de s’éloigner de celle qui l’idéalise. Le personnage fuit ses propres responsabilités, submergé par la possessivité de sa moitié. La toxicité vendue par la promo du film est ici des deux côtés.
Cette atmosphère massive ne cesse de planer au-dessus du film dès lors que le vœu est exaucé. Obsession construit une tension oppressante qui recèle de trouvailles narratives et visuelles. La simple présence de Nikki suffit à vous glacer le sang, lorsque son absence ne vous rend pas paranoïaque. Sa silhouette, tapie dans les recoins des murs, observant silencieusement, vous crispe avec une puissance telle que le moindre saut de terreur se voit décuplé. Car oui, dans son calme saisissant, le film s’envole par moments vers des sommets d’effroi et de brutalité tout simplement tétanisants. Entre les hurlements paralysants de Nikki, ses excès de violence et ses gesticulations improbables, Obsession fait naître une peur primitive : l’imprévisibilité de l’autre. Curry Barker nous met face à un danger inexpliqué, incontrôlable et invincible. Bear est prisonnier par une fatalité inébranlable, il lui est impossible d’abandonner son bourreau, ses sentiments sont trop forts. La descente aux enfers du récit naît de cette attraction répulsion qui gangrène l’esprit du protagoniste.

Obsession s’inscrit sur la liste des premiers films de ces cinéastes émergents. Tout comme Zach Cregger, Coralie Fargeat, Sébastien Vaniček ou encore Osgood Perkins à leur tour… Curry Barker suit la nouvelle vague horrifique qui a émergé dans la période post-Covid. Une nouvelle ère est en train d’arriver, basée sur une horreur plus frontale, psychologique, et intimiste. Les succès populaires ne sont plus uniquement régis par les rollers coasters pondus des grandes franchises, mais aussi par ces films plus indépendants, originaux, et sincères dans leur volonté de troubler le spectateur. Une inquiétude règne cependant, celle de voir ces jeunes talents partir pour les rouleaux compresseurs hollywoodiens. Cregger et son Resident Evil, Barker sur le prochain Massacre à la Tronçonneuse, Vaniček qui sort le nouveau Evil Dead… espérons les revoir sur des projets plus personnels même si nous ne doutons pas de leur capacité à relancer les vieilles machines qui ont fait la grandeur du cinéma d’horreur.
Obsession est un vent de fraicheur glacial, une névrose tétanisante sur la toxicité des rapports amoureux qui balance les règles préétablies pour y imposer les siennes. Une claque assommante.






