Morgiana/Marketa Lazarova/ Combos Blu Ray/ DVD chez Artus films.

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Morgiana, un conte gothique et flamboyant. Marketa Lazarova, une épopée à couper le souffle. Deux belles redécouvertes du patrimoine cinématographique tchèque.

Morgiana (Juraj Herz,1972).

Unique héritière d’un legs considérable, Klára va devenir la proie de sa maléfique sœur jumelle, Viktoria. Adaptant un roman d’Alexandre Grine,  Juraj Herz, artisan de la nouvelle vague tchèque, compose un conte de fées à la noirceur vénéneuse – aucune place n’étant réservée à de doux rêves. La binaire et classique opposition entre la candide blonde et la sombre et perverse brune se déploie dans des jeux de reflets enivrants et envoutants. Miroir, mon beau miroir, dis-moi,  suis-je la plus belle ? Dans les glaces, où se reflètent les visages des deux sœurs pourtant très distinctement grimés, le trouble s’invite malicieusement. Sans affadir la victime, la double performance d’Iva Janžurová s’épanouit dans la peau d’une Viktoria retors à souhait mais constamment énigmatique. Viscéralement corrompue et jusqu’au-boutiste, la sœur envieuse laisse  régulièrement poindre le doute. En nous interpellant par des regards figés face-caméra, ou parfois, en donnant l’impression qu’elle ne s’adresse qu’à elle-même, ou maladivement à une sœur purement imaginaire. Schizophrénie de la coupable, paranoïa de la victime présumée, ou regard extérieur du chat, la valse des points de vue conduit au vertige. Des jeux de focales sur de motifs  picturaux Klimtien – broderies des robes – enrichissent l’effet trompe l’œil d’une mise en image riche en couleurs. Les extérieurs lumineux, le jardin où défilent les femmes de petite vertu et, le bord de mer où elles se dénudent dans l’allégresse, empruntent les douces couleurs de l’érotisme impressionniste. À l’intérieur, l’esprit du mal prospère, une scène dans la pénombre d’une pièce poussiéreuse  convoque les fantômes du passé. Atmosphère onirique et fantastique pour ce body-double délicieusement pervers.

Marketa Lazarová ( František Vláčil, 1967).

Marketa Lazarová ( František Vláčil, 1967).

Après avoir fait longuement ses armes dans des films de propagande militaire, František Vláčil va prendre son envol avec La colombe blanche (1960), suivi de Ďáblova past (1962). Quatre ans de préparation lui ont été ensuite nécessaires pour adapter Marketa Lazarová, le roman de Vladislav Vančura. Située dans une époque au décorum moyenâgeux, cette lutte sans merci entre deux clans barbares s’inscrit un registre aux résonances riches et protéiformes. Épique, mystique, onirique, fantastique, Marketa Lazarová est aussi bien inclassable que difficilement résumable sans se perdre en route. Structuré en  deux grands chapitres, eux-mêmes découpés en épisodes, où, sans proposer de véritables flashbacks, le récit fait de légers pas en arrière pour suivre l’un des personnages. Le film se vit comme une expérience sensorielle unique. Une immersion sonore déroutante : le souffle puissant des éléments – le vent, la neige -, les cris de violence proche de l’animalité, les dialogues entre les personnages qui semblent incarnés par des voix off. Une beauté visuelle qui prend le contrepied de ce chaos sonore; les effets de transparence à travers la végétation et arbustes,  les lumières spectrales, et un noir et blanc aux  superbes nuances sont de véritables éblouissements. Véritable opéra surréaliste et mystique qui vibre au diapason de sa musique liturgique et de ses récurrentes incantations divines. Marketa Lazarová a été comparé en son temps au cinéma de Tarkovsky. Le plus beau des compliments pour une œuvre pourtant si singulière.

Morgiana et Marketa Lazarova en Combos Blu Ray/ DVD sont disponibles début novembre  chez Artus films.

 

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Durée : 105/165 mn


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