L’ORTF savait mettre les grands moyens dans notre petit écran. Pour son Molière : à la mise en scène, Marcel Camus (Palme d’or 1959, avec Orfeu Negro), au scénario Pierre Bost et Jean Aurenche (La traversée de Paris, Le diable au corps…), Jean- Pierre Darras, Louis Segnier, Georges Descrières… pour faire vibrer les coulisses de l’histoire. N’en déplaise à la dogmatique Nouvelle Vague et, qui plus est à Francois Truffaut, pour sa croisade anti Bost et Aurenche, « la qualité française », c’est quand même de la qualité. Transposée ici à la télévision, si, ce savoir-faire n’ a que pour seules ambitions de savoir raconter une très belle histoire avec intelligence, humour et émotions, louons pour toutes ces qualités ce Molière pour rire et pour pleurer, assurément un grand feuilleton – terme aujourd’hui désuet, à l’ère du binge watching, mais qui sied si bien à une époque lointaine où les spectateurs attendaient avec impatience toute une semaine avant de savourer la suite de l’un de leur programme préféré.

Jean-Baptiste Poquelin, Jeannot pour ses compagnes, dit Molière pour le théâtre, homme d’esprit qui se rêvait tragédien, mais qui ne dû son salut qu’à son talent inimitable de comique, acteur et auteur. Molière tragédien, huée par le public, abandonné par une partie de sa troupe, raillée en permanence par ses fidèles, Armande et Madeleine Béjart, en particulier. Cette frustration, pire, ce drame pour ce modeste fils de tapissier qui se voulait digne de Corneille, se vit ici sous l’angle de la comédie, voire même de l’autodérision pour ce brave Molière. De l’humour, la série en est riche : les saillies de Molière – quelle finesse de jeu de Jean-Pierre Darras en Molière mature, qui contraste avec le jeu un tantinet appuyé de Roger Miremont en jeune Molière . Les bouffonneries de certains comédiens de la troupe, à l(instar de Du Parc (Guy Grosso), les bégaiements de l’inimitable Pierre Repp… Il y a plus de drames que de moments de bonheur dans la vie du grand homme de théâtre. Une longue période où les théâtres Parisiens le rejettent en province, une fois adoubée par Louis XIV : la jalousie et les calomnies dont il est victime. Les interdictions du Tartuffe. La mort de son premier enfant… Tous ces moments ne sont jamais appuyés, pour rester fidèle à l’esprit du théâtre : Que le spectacle continue ! Incontournable tropisme de ce type de récit, le théâtre dans le théâtre se traduit naturellement par des scènes « cultes » de son auteur, dont l’une donne l’occasion au jeune Michel Aumont de camper avec fièvre l’hypocrisie de Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. ».
Pour ne pas figer ce biopic dans une linéarité scolaire, des ellipses et des flashbacks judicieux, des changements de point de vue éclairants nous entrainent dans une farandole vive et captivante. La série doit également beaucoup au talent de ses comédiens, outre ceux cités précédemment, citons également la douce Caroline Cellier, l’inquiétant Georges Descrières, l’inimitable Alice Sapritch dans le rôle de la cupide Madame Béjart…
Molière pour rire et pour pleurer – L’Intégrale de la série – Coffret 3 DVD chez Éléphant Films





