Il est des films qu’on devrait oublier très vite parce qu’inconsistants et mal filmés. C’est le cas du film du débutant Guillaume Renusson Les Survivants, sorti début 2023.
Pour résumer, c’est l’histoire d’un cabossé de la vie (Samuel, interprété par Bruno Ménochet), qui vient de perdre sa femme dans un accident dont on ne nous dira rien (sinon qu’il a été soudain, le laissant veuf avec une petite fille), et qui retourne dans le chalet de montagne dans les Alpes italiennes où il avait passé ses derniers instants de bonheur familial, en plein hiver enneigé (sa psychologie n’est pas abordée : il ne dit rien et reste la plupart du temps comme hébété, hagard). Toute l’intrigue bascule rapidement vers un réquisitoire simplissime anti-identitaire, quand il rencontre une jeune afghane qui tente de franchir clandestinement la frontière française (transie de froid, elle s’est réfugiée dans son chalet : il la sauve). Elle est poursuivie par les gendarmes et surtout un trio de traqueurs fascisants, acharnés à éliminer les étrangers. Qui sont ces derniers ? On n’en saura rien, sinon qu’ils connaissent Samuel, qu’ils sont méchants et armés, accompagnés d’un berger allemand féroce qui paraît tout droit sorti d’un camp de concentration nazi.
Le cadre est posé, désespérément manichéen : d’un côté les bons (Samuel qui veut « aider » et adhère manifestement à l’idéologie d’extrême-gauche « No Borders », qui désigne comme on le sait un collectif d’individus investis dans les luttes pour la liberté de circulation et l’abolition des frontières, contre les politiques de contrôle de l’immigration ; et la jeune afghane, Chehreh/Zar Amir Ebrahimi, qui parle un excellent français car elle était à Kaboul la femme d’un interprète au service des troupes françaises avant leur retrait d’Afghanistan, pays où elle était institutrice) ; de l’autre la police aux frontières et le trio de salopards fascisants (deux hommes et une femme). Les « fascistes » poursuivent les « gentils » (qu’ils surveillent un temps avec un drone), ce qui donne lieu à d’interminables scènes de traque dans la neige, les « gentils » échouant dans une station de ski déjà fermée où a lieu (comme dans un bon vieux western américain des années 1950) le règlement de compte final : grosse scène de baston où Samuel est copieusement rossé mais épargné, tandis que Chehreh vient courageusement le récupérer pour le conduire à l’hôpital. Elle poursuivra son périple en France sans avoir pu remercier son « sauveur », toujours inconscient quand elle part (et lui retrouve sa gamine et sa famille).
Outre qu’il s’agit d’un film à thèse et d’un réquisitoire militant ne laissant aucun choix au spectateur, amené à prendre obligatoirement parti pour les « gentils » contre les «identitaires » d’extrême-droite, Les Survivants est d’une maladresse insigne dans la mise en scène et l’écriture du scénario (cousu de fil blanc et – contrairement à ce qui a été écrit à sa sortie en 2023 – totalement dépourvu de tension : ce n’est en rien un « thriller »). Suivre pendant une heure et demie des galopades dans la neige (même s’il s’agit de défendre une cause à priori salutaire : le respect des droits humains) n’a aucun intérêt. Quand on y ajoute l’interprétation déplorable (surtout chez Denis Ménochet, qui est pourtant un grand acteur : voir Grâce à dieu en 2018 ou As Bestas en 2022 ; Zar Amir Ebrahimi est au contraire plus convaincante), que reste-t-il à sauver dans ce nanar ?
Rien.





