Les Huit Montagnes

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Un paysage psychologique et initiatique.

Un film d’amour

Prix du jury au festival de Cannes en 2022, ce film est réalisé à deux mains par un couple sur le point de se séparer durant le confinement de la pandémie du covid. Ils avaient écrit ensemble précédemment Alabama Monroe et, à la fin de l’écriture du scénario des Huit montagnes, Felix Van Groeningen a demandé à sa compagne de réaliser le film ensemble. C’est donc un film d’amour (retrouvé) sur l’amitié perdue puis retrouvée, un film sur l’amour de la montagne et le dépassement de soi, un film d’amour pour le cinéma et les aventures qu’il permet, un film d’amour sur l’esthétique avec les sublimes images de Ruben Impens et le montage de Nico Leunen. Un film d’amour tout simplement qui, malgré sa longueur et ses lenteurs certes justifiées, saura charmer son public, un public qui saura lire à travers les liens indéfectibles qui unissent deux amis le sens de toute vie et saura (peut-être) en déduire une leçon pour son existence personnelle. C’est donc un film initiatique et d’ailleurs son titre le laisse tout de suite déduire. Il est emprunté à une phrase que Piero aurait entendue lors de ses nombreux voyages dans l’Himalaya : « Au centre de la terre se trouve le plus haut sommet du monde, le mont Meru, entouré de huit mers et de huit montagnes. La question est : quel est celui qui a le plus appris, celui qui s’est rendu sur les huit montagnes, ou celui qui a grimpé au sommet du mont Meru ? »

Les mystères de l’amitié

Il est évident bien sûr que cette phrase pose la question de la manière dont vivent les deux personnages : Piero est un enfant des villes qui a connu et aimé Bruno, le dernier enfant d’une famille qui vit dans un village oublié du Val d’Aoste. Ils sont enfants, ont le même âge et le mystère de l’amitié les lie semble-t-il pour toujours. La famille de Piero a d’ailleurs décidé d’emmener Bruno à la ville pour qu’il y poursuive ses études, mais cela ne se fera pas pour de multiples raisons. Mais ne dévoilons pas l’intrigue du film. C’est une histoire qui revient sur les mystères de l’origine de l’amitié que rien, ou presque, ne peut détruire. Mais c’est aussi une réflexion sur les souvenirs d’enfance : de quoi nous souvenons-nous, et pourquoi ces infimes souvenirs en apparence anodins sont forgés à jamais dans notre mémoire. Bien sûr, le film propose une sorte d’éloge de la nature dans la magnificence de ces paysages montagnards grandioses, mais sans souci ni d’écologie, ni de boboïsme outrancier.

Ceci n’est pas un énième film écolo

Au contraire, Bruno, le vrai montagnard, se moque souvent des amis de Piero venus de la ville et de leur manie de s’extasier devant la nature, alors qu’ils ne pourraient survivre qu’en ville avec ses restaurants, ses théâtres et ses cinémas. Car la vie dans les montagnes est dure, l’élevage est un esclavage et la nature que Rousseau aimait tant et vénérait ne pardonne rien. Cela ne empêchera pas les deux amis de construire ensemble une petite maison accrochée à la montagne qui aurait dû être leur maison idéale, leur port d’attache et qui deviendra un triste obstacle à l’utopie de l’amitié. Finalement, c’est les auteurs du film qui en parlent le mieux, et ce n’est pas très étonnant. Alors laissons-leur le dernier mot : « Alors que le monde qui nous entoure semble devenir un peu plus fou chaque jour, c’était un véritable soulagement de préparer un film dont l’histoire et les personnages sont empreints d’honnêteté et de pureté, et aussi d’aborder les questions les plus fondamentales de l’existence. Durant l’enfance : trouver un ami avec qui jouer en toute liberté, courir dans les herbes hautes, patauger dans les rivières, chercher un trésor… Et plus tard : se détacher de ses parents, se trouver, faire face à la perte et aux regrets. Apprendre à croire en soi autant qu’on croit en l’autre. Et finalement : s’en remettre à la vie et accepter la mort. »

 

 

 

 

 

 

 

Titre original : Le Otto Montagne

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Durée : 127 mn


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