Select Page

Les Amants de la nuit (They Live by Night)

Article écrit par

C’est un beau film. Une œuvre difficile d’accès car trop foudroyante pour nos pauvres sens. Les Amants de la nuit, première création d’une série de chefs d’œuvres hallucinants qui allaient hisser son auteur à la tête d’une pyramide de cinéastes contemporains, ceux qui dans les années 50 dynamitèrent le classicisme des productions hollywoodiennes. Losey, Kazan, […]

C’est un beau film. Une œuvre difficile d’accès car trop foudroyante pour nos pauvres sens. Les Amants de la nuit, première création d’une série de chefs d’œuvres hallucinants qui allaient hisser son auteur à la tête d’une pyramide de cinéastes contemporains, ceux qui dans les années 50 dynamitèrent le classicisme des productions hollywoodiennes. Losey, Kazan, Dassin, Wilder, une pléthore de bad guys qui pointèrent du doigt les méfaits de l’âme humaine en créant des images brûlantes comme les âmes de ces pauvres gens sans terre.

Du haut de ses quarante printemps, le robuste Nicholas Ray pénètre dans la maison Cinéma avec des idées conséquentes sur la vie. Cet ancien acteur chez Kazan, natif du Wisconsin, a beaucoup bourlingué sur les terres de l’Amérique de la première moitié du siècle. Les enfants de la vie, Ray les a côtoyés. Ces adolescents désireux de se faire une place au soleil, il les a constamment filmés. Les Amants de la nuit sera sa première expérience, La Fureur de vivre, son chant du cygne.
Les amants de cette nuit sans fin, aux beaux visages romantiques, traversent les chemins de l’espérance, sans se soucier de l’avenir. Ray, en bon guide, les accompagne dans cette marche nuptiale, sorte de carnet de notes d’un voyage sans retour. L’auteur installe délicatement une romance déprimante au beau milieu d’une intrigue policière et convoque l’esprit des tragédies grecques. La mort est certes au rendez-vous, mais elle délivrera définitivement les rondeurs de ces corps malades.

Toute cette populace qui guette ce jeune couple, magnifiquement interprété par Farley Granger et Cathy O’Donnell, symbolise chez Nicholas Ray la pourriture ambiante qui s’immisce très souvent dans le corps humain. Cette toile sombre sert au peintre/cinéaste de repère pour cette racaille bien-pensante, désireuse de se réapproprier la beauté fulgurante des jeunes amants. Impossible pour eux d’exister, cette société étant trop figée pour leurs envolées lyriques. Est-ce la faute au Destin ? Ray refuse d’y croire.

Granger et O’Donnell dégagent une aura quasi indescriptible dans ce magnifique chant d’amour. Difficile d’accès durant les premières séquences, le film plonge progressivement dans une spirale meurtrière dans laquelle le spectateur ne cessera de s’engouffrer. Nous voulons vivre, nous voulons gagner ce soir, un prix, un match, un sourire esquissé, quelque chose qui rayonnerait juste pour la magnificence d’un geste amoureux. Cette vie doit être belle, doit être le reflet exact d’une poursuite infernale vers le bonheur. Granger et O’Donnell, dès leur première confrontation, se savent perdus d’avance, mais continuent inlassablement d’y croire.

Les Amants de la nuit est une œuvre mystérieuse, délicate, fluide et enivrante. Les plans de Ray continuent de nous hanter plusieurs jours après la projection du film. A chaque coin de rue, au détour d’un carrefour, à ce petit coup d’œil que l’on jette sur une silhouette familière, ce sont les plans brefs de ces amants qui nous reviennent en mémoire. Tout comme cette séquence finale où Cathy O’Donnell, seule, dos à la caméra, la démarche gracieuse et hypnotisée par ces mots fins et passionnés d’une lettre rédigée par son amant. Ray suit cette femme, mouvement de caméra discret, son regard se veut passionnel jusqu’à ces quelques mots qui resteront gravés dans nos mémoires : I love you !

Titre original : They Live by Night

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Cité sans voiles

La Cité sans voiles

Prototype matriciel du «noir procédural», «La cité sans voiles» fraye la voie vers un courant néo-réaliste semi-documentaire issu de l’immédiat après-guerre. Drapée sous une chape nocturne, la métropole new-yorkaise bruisse de mille faits divers crapuleux. Le jour venu, à l’été 1947, la brigade des homicides dont le bureau est la rue, bat le pavé brûlant des artères populeuses pour les élucider.