Le mauvais genre au cinéma

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Un livre sur le mauvais genre qui n’a pas mauvais genre, ni mauvais fond…

Quand on dit de quelqu’un qu’il a mauvais genre, ce n’est jamais très flatteur. Il en va de même avec le cinéma. Pourtant, grâce à Albert Montagne, le mauvais genre au cinéma gagne cependant ses lettres de noblesse. Dans ce nouveau livre de quelque 150 pages, le spécialiste de la censure dans le cinéma français et docteur en histoire contemporaine, s’en donne à cœur joie pour traquer à la fois la notion de genre dans le cinéma depuis les années 1920 et le mauvais genre dans les films de tous genres. Il est vrai qu’on pense a priori surtout au cinéma pornographique et érotique, mais aussi bien sûr et presque à égalité, au cinéma d’horreur, gore et/ou de violence, voire d’extrême violence. Et il y a de quoi faire car il n’échappe à personne que tous ces genres font florès et marquent sans doute la fascination du public pour ce qui est soit interdit, soit choquant comme si le cinéma n’était qu’une sorte de défouloir. Mais Albert Montagne ne juge pas, ne condamne aucun genre. Il ne se contente pourtant pas de proposer une sorte de florilège. Il met en pratique sa méfiance envers la censure pour finalement voir dans certains de ces films un « autre cinéma », un septième genre, qui montrerait entre autres des nanars, des horreurs, mais aussi des films oubliés, boudés voire mésestimés ou sous-estimés, comme si le cinéma avait la capacité de tout montrer et de tout dire. Il faut en effet se méfier des ciseaux d’Anastasie et voir ce qui se cache derrière ces seins que l’on ne saurait voir.

Composé de huit chapitres, le livre oublie beaucoup de monde et certains lecteurs pourront être surpris par certains choix d’Albert Montagne, même si l’image de la couverture extraite de Terrifier 3 de Damien Leone sorti en 2024 est particulièrement bien choisie, déjà parce qu’elle allie le Père Noël à un masque de Pierrot terrifiant, tant il est vrai que le mauvais genre au cinéma s’est beaucoup servi depuis presque toujours des figures de clowns, de pierrots et même de monstres, sans oublier le visage inoubliable mais indéfinissable de Joaquim Phoenix dans les deux Joker de Todd Phillips. De nombreuses figures connues ou méconnues du cinéma apparaissent dans les analyses proposées par l’auteur, et pas toujours extraites du cinéma gore ou d’horreur. Ainsi on pourra y croiser aussi bien L’empire des sens de Nagisa Ōshima tout comme le grand Larry Flynt, en pornocrate défenseur de la liberté d’expression chère à Montagne. Mais aussi une analyse pointue de la censure de la violence dans le cinéma français, mais encore Fu Manchu qualifié du pire genre, et encore la représentation de la Mort, en ni homme, ni femme, tout autant que la Préhistoire au cinéma. Mais certains resteront sans doute perplexe d’apprendre qu’Yves Boisset et son cinéma figurent dans ce livre sur le mauvais genre. Yves Boisset n’est d’ailleurs pas le seul cinéaste français à avoir proposé des films politiques. Il y eut René Vautier, Jean-Pierre Mocky, Paul Carpita et même Georges Méliès analyse Albert Montagne, mais sans doute Yves Boisset fut-il le seul à subir de plein fouet la censure, la critique et même l’autocritique pour des raisons faciles à comprendre et sur lesquelles le livre revient très intelligemment. « Cinéaste politique et engagé, Boisset voit bon nombre de ses projets filmiques annulés. Sur quelque 50 films réalisés, plus de 500 scénarios écrits n’ont pas trouvé preneur », écrit Albert Montagne (p. 80) De quoi laisser songeur et encourager le lecteur de critiques de cinéma à prolonger sa quête avec ce petit livre constitué parfois d’articles déjà publiés, mais qui restent d’actualité en ces temps de censure larvée et de fascisme au ventre mou, aptes à déclencher peut-être une vague de dégoût dans notre époque qui n’a plus rien d’épique et où tout pourtant a mauvais genre, à commencer par la politique elle-même initiée par la société du spectacle et son libéralisme échevelé avec ses sbires de la trempe de Sarkozy et de Macron…

Albert Montagne. Le mauvais genre au cinéma. L’Harmattan éditions, coll. Champs Visuels. Paris, 2025. 149 pages. 17 euros.

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