Le Chant des forêts

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Dans son nouveau film Le Chant des forêts, Vincent Munier tente de communiquer son émerveillement devant la forêt vosgienne dont la biodiversité est menacée, comme en témoigne la disparition du Grand Tétras. Mais l’exercice reste scolaire et passablement ennuyeux, malgré la beauté des images.

Un beau mais fastidieux documentaire animalier

À propos du film de Vincent Munier (né en 1976 à Épinal) Le Chant des forêts (2025), on ne peut que souligner la beauté de ses images : Vincent Munier est un remarquable photographe animalier, capable de montrer la nature dans toute sa diversité, des forêts vosgiennes aux brouillards de Norvège, de l’infiniment petit (tel insecte ou fil de soie d’une toile d’araignée) aux mammifères les plus imposants (cerfs, lynx, etc.), avec un attachement particulier pour le monde des oiseaux (Grands Tétras, grues, troglodytes, chouettes, etc.). Ce documentaire trouve en effet sa source dans le récit autobiographique de son père, le naturaliste Michel Meunier (78 ans) : L’Oiseau-forêt, 800 nuits sous un sapin, une vie consacrée à un oiseau[1] (le Grand Tétras, oiseau ancestral des Vosges et disparu de la région depuis quelques années en raison des hivers trop doux, de la fragmentation de la forêt vosgienne, du développement touristique) ; les tentatives de réintroduction de l’espèce (à partir d’individus capturés en Norvège) ont apparemment échoué. Dans ce film, on entend tout autant qu’on voit la faune invisible du petit peuple des forêts ; pour cela, afin de ne pas effrayer leurs hôtes farouches, les hommes doivent se contenter de chuchoter ou de s’appeler en imitant le chant des oiseaux.

Vincent Munier, initié par son père dès la fin des années 1980 aux heures passées à l’affut discret dans la forêt, a voulu communiquer son enthousiasme pour le vivant, faire partager son émerveillement devant les beautés de la nature. Son film prend l’allure d’un parcours initiatique où il entraîne son propre fils Simon (douze ans, l’âge que lui-même avait quand, guidé par son père, il a commencé à photographier). D’où la construction – excessivement didactique – du film : dans une cabane de bûcheron éclairée à la bougie, les deux aînés ravivent pour le plus jeune, comme on évoquerait une belle histoire ou un conte de fées, le récit des rencontres animalières qui ont fait basculer leur vie. Chaque souvenir ainsi égrainé par les aînés est alors illustré par une séquence parfois tournée à des milliers de kilomètres du lieu où elle se serait produite : ainsi pour le Grand Tétras, que Vincent Munier a dû aller chercher dans le Grand Nord norvégien. Et comme il s’agissait de communiquer à l’adolescent un émerveillement décrit comme « fondateur » d’un parcours de vie (les leurs), ses deux parents (surtout le grand-père, Michel) ne cessent de s’extasier devant le spectacle qu’ils lui offrent, d’où de fastidieux et répétitifs « que c’est beau ! », « quelle splendeur ! », etc. Au risque de se cantonner à ne produire qu’un beau livre d’images déréalisées (comme le regard en très gros plan d’un lynx, ou le plumage rutilant d’un Tétras norvégien, ou les évolutions aquatiques d’un cerf et de sa compagne avec son jeune faon). Résultat : devant cette accumulation maladroite de superlatifs et de « belles images », l’ennui s’installe bien vite, accentué par la partition musicale tout aussi répétitive de Warren Ellis et de l’ingénieur du son Olivier Goinard accompagnés du duo Birds on a Wire (composé de Dom la Nena et Rosemary Standley), après la splendide pièce vocale d’ouverture de Hildur Guðnadóttir (Folk Fær Andlit).

Par ailleurs ce film délivre un « message » trop convenu : ce qui s’en va (comme le Tétras disparu des Vosges) passerait malgré tout en nous, et la vie se développerait sur la mort, comme ces jeunes arbres qu’on nous montre surgissant du tronc moussu de vieilles souches abattues. N’est-ce pas ce que disait déjà (mais en moins terre-à-terre et avec infiniment plus de poésie) Glaucos à Diomède dans l’Iliade : « Comme naissent les feuilles, ainsi font les hommes. Les feuilles, tour à tour, c’est le vent qui les épand sur le sol, et la forêt verdoyante qui les fait naître, quand se lèvent les jours de printemps. Ainsi les hommes : une génération naît à l’instant même où une autre s’efface[2]. »

[1] Michel Munier, L’Oiseau-forêt, 800 nuits sous un sapin, une vie consacrée à un oiseau, ed. Kobalann, 2022.

[2] Iliade, VI, 146-149 (trad. Paul Mazon).

Vincent, Michel et Simon Munier

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Durée : 1h 33 mn mn


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