La trilogie du milieu de Fernando Di Leo : Milan Calibre 9/ Passeport pour deux tueurs/Le boss (Combo DVD/Blu Ray restaurés chez Elephants films).

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Violence, corruption, trahison, les règles du milieu volent en éclat. La quintessence du Poliziottesco signée par son artificier en chef : Fernando Di Leo.

Milan Calibre 9 (Milano Calibro 9, 1972).

Juste le temps de poser le pied dehors après sa sortie de prison, Hugo Piazza (Gastone Moschin) est invité manu militari à rendre le magot qu’il aurait dérobé à son ancien patron, le Big Boss de la pègre milanaise, surnommé  l’Américain. Hugo qui nie les faits va accepter de reprendre du service  tout en recherchant le véritable traître. N’ayons pas peur des superlatifs; cru, sec,  sanglant, sans concession, Milan Calibre 9 confère à lui tout seul, ses lettres de noblesses au film noir italien des années soixante-dix, quel que soit l’épithète que vous souhaitez lui accoler : Thriller, Poliziottesco… A l’instar de Melville, qu’il admire tout particulièrement, Fernando Di Leo regarde les Hommes tombés avec un sens rare de l’épure. Économie de dialogues et d’explications, l’action fait sens.  Avec Gastone Moschin, mixte de Marcel Bouzuffi et de Lino Ventura, il se dote d’un calibre à plusieurs cartouches : un roc, qui, au-delà de ses potentielles fêlures, va laisser transparaître une ambiguïté plus inquiétante. Sur un canevas on ne peut plus classique, le récit dresse un constat sans appel sur la gangrène qui ronge la capitale Lombarde et par extension toutes les autres grandes citées de La Botte. Les affrontements verbaux  très acides entre les deux commissaires, du Sud et du Nord  (Frank Wolf et Luigi Pistilli), ne se contentent pas de rappeler l’étendue de la corruption mais développe une réflexion politique et sociétale bien plus profonde. Ce ne sont pas les seuls moments « calme », dans un récit qui prend son temps pour prendre le pouls  d’un Milan lumineux et de ses individus les plus sombres. Ce faux rythme donne encore plus d’impact aux acmés de violence, parfaitement orchestrés  qui, en plus de leur parfaite orchestration, ne s’embrassent d’aucune pudeur ou autre garde-fou réconfortant.

Passeport pour deux tueurs ( La mala ordina,1973).

Deuxième plongée dans le Milan interlope. Si certains acteurs remettent le couvert, c’est dans la peau d’autres personnages peu recommandables. Un pitch toujours basique : l’organisation du crime New-yorkaise a été doublée par sa cousine italienne. Le Don Corleone Milanais va devoir servir sur un plateau le responsable de cette petite entourloupette à plusieurs centaines de milliers de dollars aux deux tueurs qui ont traversé l’Atlantique pour solder les comptes : un Woody Strode tout en décontraction et en muscles et un Henry Silva qui n’a surement jamais été autant joueur et charmeur durant toute sa longue carrière de porte-flingue sur grand écran. « Donnez-vous en spectacle, soyez l’image du gangster américain, telle que les italiens se la représente » ordonne le grand patron New-yorkais. La petite partition humoristique accompagne  les deux tiers du film sans jamais adoucir les mœurs. Plus particulièrement l’univers de la prostitution dans lequel on exhibe aussi bien son anatomie que les biffetons sonnants et trébuchants. C’est dans ce milieu que se trouve le prétendu responsable du détournement de la cargaison de drogue, Luca Canali(Mario Adorf), un mac haut en couleur. De prime abord caricatural,  le bienfaiteur de ces dames prend une toute épaisseur au fil de la course contre la montre qu’il se doit de mener pour survivre. Mario Adorf, d’abord transpirant de peur se gorge peu à peu d’humanité et de haine, jusqu’au point de non-retour final. Plus encore que dans Milan Calibre 9, la violence ne relève pas  simplement du spectaculaire, elle prend une dimension organique glaçante. Ce deuxième volet du bal des vampires milanais est  moins brillant au niveau de la mise en scène mais plus impactant au niveau humain.

Le boss (Il Boss, 1973).

 

Le boss (Il Boss, 1973).

Don d’Anielo a mandaté Lanzetta (Henry Silva) pour occire sans prendre de gants une partie du clan Attardi. Cocchi membre non présent lors de cette Saint-Barthélemy part en guerre contre les ennemis. En migrant vers Palerme, Di Leo nous transpose dans le cœur de la cathédrale maffieuse pour mieux déconstruire ses fondements que sont les notions de famille et de parole. Les Don ne sont que des girouettes guidés par le vent de l’opportunisme, la parole n’est que mot vide de substance. La famille, de sang ou d’adoption, ne vaut pas mieux comme valeur. Au début des années soixante-dix, tandis que le flamboyant nouvel Hollywood, Copolla et Scorcese, mythologisent le crime organisé à l’italienne, le néo-polar Italien dont Di Leo est le fer de lance d’un « modeste » cinéma d’exploitation se montre beaucoup plus réaliste et critique. On peut reprocher un peu de longueur à ce troisième opus, qui cumule les étages de l’écroulement du jeu de cartes. Mais on appréciera  la crudité  langagière qui révèle la veulerie masculine, et surtout, de nouveau, la  lucidité politique, doublée d’un humour caustique. Vittorio Caprioli fantastique en homme de loi, comme dans un autre Di Leo, Colère noire (1975). Henry Silva étonne de nouveau, cette fois ci par l’élégance de son jeu. Même si la spirale du crime ne sera jamais stoppée, Le Boss  boucle avec un supplément de noirceur la trilogie du Milieu.

La trilogie du milieu de Fernando Di Leo : Milan Calibre 9/ Passeport pour deux tueurs/Le boss (Combo DVD/Blu Ray restaurés ) chez Elephants Films. Versions longues et surtout non censurée pour Milan Calibre 9, ce qui n’était pas le cas lors de sa sortie. De nombreux bonus dont un entretien savoureux avec Fernando Di Leo. 

Titre original : Milano Calibro 9/ La mala ordina/Il boss

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Durée : 98/87/87 mn


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