J’ai rêvé d’un autre monde…

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Deux événements pour l’acteur et metteur en scène Lionel Emery : un livre et un film !

Acteur et metteur en scène de théâtre, Lionel Emery vient de terminer le tournage du prochain film de Mourad Boucif, La Nuit du destin, tourné entièrement au Maroc. Ce film traitera de la façon dont, pendant l’occupation allemande à Paris, le recteur de la Grande Mosquée a caché, nourri et exfiltré plus de mille personnes dont des Résistants, des Républicains espagnols, des aviateurs anglais, des juifs. Dans ce film, Lionel Emery signe un grand rôle au cinéma, celui d’un Reich Führer SS impitoyable et pourtant bousculé par ses contradictions humanistes. Cet aspect du personnage, encouragé bien sûr par le réalisateur, a été initié par Lionel Emery lui-même qui se réjouit d’avoir accepté ce rôle aux antipodes de lui-même. Lionel Emery, fils de paysan et dont les nombreux talents vont de la cuisine au notariat, nous parle aujourd’hui de son premier roman. Remarqué à l’état de manuscrit par Bertrand Tavernier, Robert Hossein, Paul Vecchiali et Julien Seri, ce livre est sorti chez Souffles littéraires, dans la collection Grands Souffles sous le titre L’Aube d’un autre monde et il attend avec impatience quelqu’un de la trempe d’Olivier Marchal, de Cédric Gimenez, de Xavier Giannoli ou de Fred Cavayé pour le porter à l’écran.

 Jean-Max Méjean – Votre premier roman, L’Aube d’un autre monde, est un récit très cinématographique. Auriez-vous envie qu’on en réalise un film ?

Lionel Emery – Oui, en effet, c’est bien plus qu’une envie, c’est un but absolu. Il ressort des avis et critiques que ce récit, histoire dans l’Histoire, pourrait devenir un film pour le cinéma ou bien une série, cette nouvelle tendance à laquelle même les plus grands cinéastes adhèrent).

JMM – Pouvez-vous nous le raconter en quelques mots ?

LE – En Arizona, quelques mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Lydia, une jeune fermière irlandaise, baptise l’enfant qu’elle voulait de l’homme qu’elle désirait. Un moment radieux qui rassemble tous les habitants alentour. Une horde de pistoleros, observée « pédagogiquement » par des adolescents en uniforme, encercle ce jour de fête et massacre tout le monde à l’exception de l’enfant qu’elle emporte et de la mère laissée sur place, agonisante. Un jeune prêtre la retrouve errant dans les ronciers, la soigne et lui promet d’être ses mains et ses yeux pour retrouver l’enfant. À ce duo bancal s’adjoint un vétéran des guerres indiennes qui, au crépuscule de sa vie, réalise qu’il l’a consacrée au plus grand des génocides de l’histoire. Ce trio insolite va découvrir puis affronter ce que, déjà à l’époque et pour les seules raisons de profits, certains préparaient puis faisaient aux dépends de tous. Vivez l’aventure de Lydia, femme au courage et à la détermination sans mesure, aidée dans sa quête par deux hommes d’exception.

JMM – Peu de temps avant de mourir hélas, Bertrand Tavernier vous en avait dit le plus grand bien. Aurait-il voulu en tirer un film dans le genre de Coup de torchon ou La princesse de Montpensier ?

LE – Bertrand Tavernier était un spécialiste du western bien qu’il n’en ait jamais réalisé. C’était pour lui une vraie et intense passion au point d’en avoir fait une collection d’ouvrages : « L’Ouest, le vrai ». Quand il a découvert le texte de L’Aube d’un autre monde que j’avais confié à son actrice Maria Pitaresi, il m’a immédiatement appelé puis nous nous sommes vus. Son regret était alors de ne pouvoir en réaliser l’adaptation puisque, à ce moment-là, il ne tenait à tourner que ce qu’il écrivait, hormis La fille de D’Artagnan à la demande expresse de Sophie Marceau. Son conseil avait donc été de faire traduire le texte puis de l’adresser à (dixit) « Clint, Sean Penn ou Ignaritu » (sic).

JMM – En effet, entre les Indiens, l’Arizona, la Première Guerre mondiale, tous les ingrédients que vous y avez placés sont romanesques. Quelle était votre intention ?

LE – Si tous les ingrédients sont certes romanesques, ce livre est aussi et probablement avant tout une réflexion sur l’humanité en ce qu’elle a de meilleur et de pire. Beaucoup disent de lui qu’il est indispensable tant il résonne (de plus en plus) avec l’actualité de notre monde.

JMM – Vous avez placé en exergue une très belle citation de Bertolt Brecht qui se termine par ces mots : « aussi longtemps qu’il s’agira non de progresser mais de devancer les autres, aussi longtemps il y aura la guerre. » Votre roman n’est donc pas très optimiste.

LE – Pas très optimiste ? Humblement, je pense, ou en tout cas j’ose le croire, ce roman est optimiste, puisqu’il démontre que des hommes et des femmes de conscience et de bonne volonté peuvent empêcher ou à tout le moins peuvent lutter contre la prédation humaine qui conduit au chaos du monde. Et, ce qui m’a souvent surpris, nombre de femmes, par identification à l’héroïne, aiment ce récit jusqu’à faire le point sur leur propre vie et se rendre ainsi compte que leur vie est privilégiée, voire heureuse.

JMM – Vous avez, semble-t-il, exercé de nombreuses professions comme la cuisine, le monde paysan puis le métier d’acteur et, enfin, celui de metteur en scène. Est-ce une volonté de vous renouveler ou le fait de certains hasards ?

LE – Si c’était à refaire, je le referais mais plus en conscience et avec un sens d’autrui plus élevé et plus affiné. De paysan à hôtelier en passant par notaire pour devenir auteur, acteur et metteur en scène, finalement c’était un long chemin mais peut-être un vrai chemin où chaque métier s’est mis au service de l’autre, chaque compétence en a forgé d’autres. On retrouve cela dans le roman.

JMM – Si vous deviez donner une définition d’un bon roman, quelle serait-elle ?

LE – Un récit haletant qui ne laisse pas indemne et qui permet d’échapper au quotidien et de s’élever sur le plan spirituel.

JMM – Il y a de nombreux dialogues dans votre livre. Est-ce parce que vous aimez le théâtre et le cinéma ou pour le rendre plus « vivant » ?

LE – Nombreux et parfois conséquents dans le roman, car celui-ci n’est pas qu’un livre d’aventure, d’action, de voyage dans le temps et les grands espaces. Il est aussi cette réflexion sur le monde, notamment par les pensées du vieux guerrier en rédemption. Oh, bien sûr, le cinéma et le théâtre accaparent ma vie et ainsi apparaissent dans ce que je tente de partager, mais au fond, le verbe, c’est la vie…

JMM – Et maintenant, après cette première réussite, quels sont vos projets ? Un nouveau roman ou un rôle au cinéma ?

LE – Je viens de tourner pour Mourad Boucif dans son dernier film, La Nuit du destin, dont j’attends de voir quel sera le sien, de destin. J’ai commencé l’écriture d’un témoignage autobiographique (et pas une biographie !) des années 1970 à aujourd’hui. Cela va peut-être en secouer quelques-uns car je n’y pratiquerai pas la langue de bois… En parallèle, je continue l’écriture d’une comédie musicale sur un sujet universel. Et, bien évidemment, tant j’aime cela, je me tiens prêt pour de prochains rôles.

Propos recueillis par Jean-Max Méjean pour iletaitunefoislecinema.com

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