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Happiness Therapy

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Comédie romantique névrosée en banlieue de Philadelphie.

« T’es plutôt Xanax ou lithium? Prozac ou Seroqual » ? C’est, en substance, les premiers mots qu’échangent Pat (Bradley Cooper) et Tiffany (Jennifer Lawrence) lorsqu’ils se rencontrent au dîner d’un couple d’amis communs. Il y a qu’ils vont tous les deux plutôt très mal – Pat sort de huit mois d’asile psychiatrique ordonné par un tribunal après avoir violemment battu l’amant de sa femme ; Tiffany a récemment perdu son mari, un flic du coin, et perdu son job dans la foulée pour avoir couché avec l’ensemble de ses collègues. Lui continue de voir un thérapeuthe, qui l’aide à voir le bon côté des choses (les silver linings du titre original) ; elle se prépare à un concours de danse amateur, seule échappatoire pour lutter contre ses démons. Pat n’a qu’une obsession, récupérer sa femme – problème, elle a demandé une ordonnance restrictive qui lui empêche de s’en approcher ; bonheur, Tiffany la croise de temps en temps et accepte de lui remettre une lettre. Pat n’aura qu’à devenir son partenaire de danse en échange. L’accord arrive en milieu de film, jolie comédie romantique qui prend son temps.

Il faut dire qu’on doit Happiness Therapy, qui a rencontré un vif succès outre-Atlantique à la fin de l’an dernier et est notamment nommé à l’Oscar du meilleur film, à David O. Russell, réalisateur des barrés Rois du désert (1999) et J’adore Huckabees (2004) – auquel on n’a toujours rien compris, mais chef-d’œuvre pour certains -, et du multi-primé Fighter (2011), biopic de boxe avec Mark Wahlberg et Christian Bale. Comédie de guerre, comédie décalée et drame socio-historique sont les trois versants du cinéma de Russell depuis 1999, cinéaste chez qui les États-Unis sont le creuset de fratries dysfonctionnelles et de banlieusards névrotiques. Happiness Therapy ne déroge pas à la règle, et occupe sa première heure à installer ses personnages, quitte à prendre le temps de scènes digressives qui ne servent qu’à poser l’ambiance et le cadre socio-culturel dans lequel ils évoluent. Le père de Pat (Robert de Niro) est tout aussi bipolaire que son fils, bourré de TOCs et fervent admirateur de football américain – sport qui traverse tout le film, membre à part entière d’une communauté middle class de la banlieue de Philadelphie et religion d’un microcosme accro aux paris et scotché à son écran de télé ; la mère (Jacki Weaver) prépare les snacks du dimanche, porte le maillot de l’équipe locale mais s’efface volontiers derrière les hommes de la famille.
 
 

 
 
La romance arrivera bien, mais beaucoup plus tard, une fois qu’on aura appris à les aimer tous, ces habitants de l’Amérique populaire qui composent avec la vie du mieux qu’ils peuvent. C’est peut-être la première fois que la classe moyenne des suburbs se dessine avec autant de finesse, surtout sans aucune condescendance (American Beauty avait ouvert la brèche en 1999, mais le film de Sam Mendes était un sommet de sarcasme.) Impossible de s’y tromper : David O. Russell les aime tous autant qu’ils sont, il est là, bien, au milieu d’eux – et, fait rarissime, quand vient la fin du film, on les connaît, ces personnages qui ont eu le temps d’évoluer et de se faire entendre. Certains (comme le psychologue d’origine indienne) sont moins finement écrits que d’autres, mais peu importe : tous ont leur moment d’un film un peu fou-fou, qui oscille entre l’hystérie, la joie et les crises de larme, à l’image de ses protagonistes. La première partie est ainsi assez éreintante, survitaminée qu’elle est aux angoisses et aux coups de speed de Pat et Tiffany, entourés de gens aimants mais pas forcément plus équilibrés.

C’est dans la deuxième moitié (un brin moins réussie) que l’histoire d’amour éclot, alors presque qu’on ne l’attendait plus, quelque part entre deux répétitions de danse et une éruption de colère dans un dîner miteux un soir d’Halloween. Happiness Therapy glisse alors assez idéalement vers le feel good movie, alignant désormais les codes de la comédie romantique en les déjouant constamment. Russell filme par exemple une course-poursuite amoureuse et un baiser en travelling circulaire avant de reprendre la caméra à la main, la faire virevolter et d’effectuer un zoom out approximatif sur les rues de la ville. On est encore loin du coup de génie, et Happiness Therapy n’échappe pas, in fine, à un certain conformisme hollywoodien ; mais le film a le mérite de combiner étude de moeurs et divertissement pur avec un certain bonheur. Et puis il y a Jennifer Lawrence, parfaite du phrasé jusqu’au chemisier, girl next door névrosée qu’on ne peut qu’adorer.

Titre original : Silver Linings Playbook

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Durée : 122 mn


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