Forêt Rouge

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En revenant sur une partie des évènements de la Z.A.D. de Notre Dame des Landes, cet éclairant documentaire nous invite à une réflexion beaucoup plus large sur notre rapport à la nature.

Lancée dans les années soixante-dix, l’idée de construire l’aéroport du Grand-Ouest prend de l’envergure au début de notre siècle. Pour lutter contre ce projet aux externalités écocides, un mouvement citoyen se met en place : La Z.A.D. de Notre Dame des Landes. Dans son versant investigation, le documentaire de Laurie Lassale a la très bonne idée de ne revenir que brièvement sur la longue histoire d’un conflit dont les médias ont mainte fois évoqué les faits, du moins dans leur version officielle. Evitant aussi  de créer un suspens artificiel car préférant mettre l’accent sur l’inexorable impasse d’une telle situation. En plaçant uniquement sa caméra sur le lieu de la discorde -elle ne va pas enquêter dans les arcanes du pouvoir-, le dialogue de sourds se révèle dans toute sa dimension. Face à des gendarmes mutiques qui ne réagissent que par la force, les militants implorent, argumentent, en vain. L’échange avec le gouvernement ne se fait que par les intermédiaires des médias, c’est à la télé qu’ils entendent « la capitulation » d’Edouard Philippe, qui met fin au projet d’aéroport. Mais c’est loin d’être une victoire totale, car  l’occupation de la zone s’inscrivait dans un projet social, économique, écologique beaucoup plus large. Celui d’une communauté autogérée. Et sur ce point le gouvernement ne l’entend pas ainsi.  Des scènes d’affrontement ou dans les lendemains de victoire ou de défaite sont exposées mais Laurie Lassale soulignent bien davantage les sentiments de lassitude et de désillusion plutôt que la violence des événements. On apprécie sa volonté de ne pas accabler les hommes au service de l’État, préférant dépeindre l’ essoufflement d’une utopie dont elle partage visiblement l’essentiel des valeurs.

Si le micro est souvent tendu aux femmes et aux hommes qui défendent le territoire, ils  sont loin d’être présentés comme des héros et ne sont pas le sujet principal du film. La seule véritable victime est la forêt. La caméra adopte se met à sa hauteur, adopte ses différentes points de vue. Au ras du sol, lorsque la flore est piétinée par les mouvements de troupe, au niveau des cimes, seul endroit où l’on peut trouver parfois refuge. A fleur de peau, gros plan sur les écorces. La forêt, splendide et nourricière tente de survivre, et ce n’est pas son protecteur officiel, l’O.N.F. qui va la défendre.  On a déjà entendu -mais trop peu- ce cri d’alerte, notamment dans le superbe documentaire  La forêt est à nous (Anne Faisandier), disponible sur Tenk., mais le film de Laurie Lassale nous invite à méditer autrement sur le sujet. Son rythme apaisant, ses lents mouvements de caméra, la douceur des intonations, réussissent à nous reconnecter à l’essentiel. Si le métrage aurait gagné à être un peu plus court, son absence de didactisme, la confiance qu’il accorde à notre intelligence sensorielle ne peuvent que nous interpeller.

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Durée : 104 mn


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