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Et soudain, tout le monde me manque

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Une comédie française à l’efficacité anglo-saxonne tout en conservant sa réflexion subtile? Oui,oui, ça existe et c’est drôle.

Quand le cinéma français de genre s’inspire du cinéma américain, le résultat ressemble très fréquemment à un copier/coller mal inspiré. Quand une réalisatrice française utilise les meilleurs ingrédients anglo-saxons en leur offrant une réelle identité, cela donne Et soudain, tout le monde me manque, une comédie humaine délirante et bouillonnante de (bonnes) références. Et très drôle, tant qu’à faire.

Mélanie Laurent est Justine, radiologue aux désirs artistiques enfouis et en perpétuel conflit silencieux avec son père, interprété par Michel Blanc qui, secrètement reste en contact permanent avec ses ex-petits amis et dont la nouvelle compagne attend une nouvelle petite fille. La petite dernière de la famille arrivera donc dans un contexte familial tendu et une ambiance complètement barrée. La force du film repose sur la présentation d’une ribambelle de personnages décalés possédant tous un rôle prépondérant dans l’histoire. C’est bien une originalité, qui devrait d’ailleurs être une banalité, pour une comédie française de développer et d’intégrer, dans l’intrigue, ses personnages secondaires, véritable nerf de la bataille d’une écriture humoristique réussie. Dans Et soudain, tout le monde me manque, ils existent, apportent chacun leur humour et leur névrose offrant des rôles amusants et profonds à des comédiens bien appliqués. Le film s’accompagne d’ailleurs de comédiens trop rares ou à contre-emploi comme Florence Loiret-Caille, Claude Perron et surtout Sébastien Castro en révélation comique au cinéma, d’une sobriété comique toujours juste.

En plus de chanter et de présenter la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, Mélanie Laurent est drôle. S’adaptant aux codes de la mise en scène et au timing nécessaires à la réussite d’une réplique de comédie, elle apporte un jeu ironique et quelque fois « sourcils froncés », donnant de la consistance à son personnage. Comme ses inspirations (Judd Apatow, Jerry Seinfeld), la réalisatrice insuffle une grande dose d’humanité et de blocages dans ses personnages mais utilise une façon plus personnelle de les filmer. Alors que la stabilité et le champ/contrechamp sont la marque estampillée des films Apatow, Et soudain tout le monde me manque est en perpétuel mouvement, créant un rythme plus accessible que d’interminables scènes de dialogue et de vanne/contre vanne. Et soudain tout le monde me manque, c’est donc selon la réalisatrice : « 1h de comédie et 30 minutes de mélo ». C’est surtout 1h30 de plaisir que peu d’hommes peuvent se vanter de procurer. Ça tombe bien puisque c’est une femme (Jennifer Devoldère) qui écrit et réalise le film, s’inscrivant dans une lignée de scénaristes féminines efficaces et pertinentes, en bonne compagnie avec Baya Kasmi (Le Nom des gens) et Anne Le Ny (Les Invités de mon père).

A l’image de ce courant de la comédie de l’observation, plus jeune et ultra référencée (symbolisée par une vanne magique sur Dr. Dre de… Michel Blanc) qui progresse lentement dans les salles de cinéma françaises, le film a quelque fois un côté timide, moins assumé. Une réussite en salle s’accompagnant de la réussite artistique du film pourrait clairement ôter le voile sur certaines retenues et permettre d’aller encore plus loin. C’est tout ce qu’on peut souhaiter au film mais aussi, sans faire de généralité, à la comédie française en général.

Titre original : Et soudain, tout le monde me manque

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Durée : 98 mn


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