Attention, ce film est un film d’amour
Avant d’entrer dans la salle, on pourrait craindre le retour à Cannes de Titane. Heureusement, personne ne couche ici avec un camion. On y couche ensemble plutôt dans le camion car le film aborde d’une manière quasi frontale la solitude et l’homosexualité des routiers dont on parle quelquefois à voix basse. Etienne est un routier solitaire qui semble se contenter de sa vie, au volant de son poids lourd et de ses rencontres au hasard des pauses dans des bosquets crasseux ou des relais routiers. Jusqu’au jour où il rencontre celui qui va bouleverser toute sa vie, et sa vision du monde. Pierre Le Gall, dans le dossier de presse, insiste sur son désir d’avoir voulu faire un film sur les routiers. C’est vrai bien sûr, et c’est très réussi. Il raconte même comment lui est venu l’idée du personnage d’Etienne auquel Alexis Manenti, de plus en plus charismatique jusqu’à en devenir sexy, donne toute sa force : « Étienne, j’y ai mis de moi-même et de Jean-Sébastien Lefort, le routier avec lequel j’ai découvert ce métier. Jean-Sébastien est fils de routier, c’est son père qui lui a transmis sa passion, comme cela arrive encore fréquemment dans cette profession. »

Y’a du Genêt dans l’air…
Mais son film va bien au-delà d’un vrai faux documentaire sur le monde des routiers, leur misère et leur solitude. Par certains côtés, par un clair-obscur dû à Antoine Cormier, le film ne va pas sans évoquer le grand poète et romancier Jean Genêt dans la dureté et la crudité des relations homosexuelles à l’arrache dans des lieux sordides et l’infinie tendresse qui s’en dégage cependant et que Genêt est arrivé à porter à son acmé. Comme dans ce poème mis en musique par Marc Ogeret où l’amour homosexuel est magnifié par ces simples mots : « Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde. »

Alexis Manenti au sommet de son art
Même Alexis Manenti y a été sensible ainsi qu’il le dit : « Cette histoire d’amour m’a touché, et j’ai aimé découvrir l’univers des routiers, que je ne connaissais pas. (…) Les séquences d’intimité m’intimidaient, car je suis très pudique et j’en avais peu tourné jusqu’alors. Mais Pierre a su me rassurer et m’inspirer confiance. J’ai aimé le regard qu’il posait sur moi en tant qu’acteur et en tant qu’homme. »





