Un succès en Italie
Sorti à la fin de l’année 2025 en Italie, le film y a connu un immense succès avec plus de deux millions d’entrées. Il sort ce mercredi à Paris et va sans doute faire une carrière remarquée en France. Quatorzième long-métrage du réalisateur d’origine turque installé en Italie qui s’est fait connaître en 1997 avec Hammam, le bain turc, Diamanti est un très beau film qui rend hommage à la fois aux actrices, aux femmes et aux petites mains de la couture, puis enfin bien sûr au cinéma, tant et si bien qu’on pourrait le caractériser de Città delle Donne tendre et doux, à la différence du film de Federico Fellini plus grinçant et caricatural.


Rires, amours et pathos
Ici, Ferzan Özpetek ne choisit cependant pas la facilité et son film a dû réclamer beaucoup de travail d’écriture et de préparation puisque le sujet est ambitieux. Et sa force vient qu’il est présenté comme un film léger, glamour et froufroutant. Le film commence dans le jardin d’un palazzo romain. Il fait beau, on voit de nombreuses femmes préparant un festin au cours duquel le réalisateur leur annonce son projet de rendre hommage aux femmes, et distribue les rôles. C’est un incipit très prometteur d’autant que le réalisateur et les Italiens en général, contrairement aux sévères et dogmatiques Français, n’hésitent pas avec le pathos, les larmes et l’exagération qui apportent tout leur sel à ce film pour qui tout ce délire est nécessaire pour accentuer le côté baroque de la situation.


Hommage à une grande maison de couture
En effet, ainsi qu’on vient de le faire remarquer, le synopsis du dossier de presse insiste lui aussi sur la situation : un réalisateur de renom réunit ses actrices italiennes préférées pour une lecture. Il souhaite réaliser un film sur les femmes, sans pour autant leur révéler grand-chose du projet. Il les projette alors à Rome, dans les années 1970, au beau milieu d’un magnifique atelier de création de costumes de cinéma et de théâtre dirigé par deux sœurs très différentes. Dans cet univers peuplé de femmes, le bruit des machines à coudre résonne, les taffetas bruissent, passions, relations secrètes et sororité s’entremêlent. C’est en effet un très beau portrait à la fois de personnages, d’un lieu mais aussi finalement du cinéma en train de se faire même si on ne voit jamais la caméra mais que l’histoire se met en place pour honorer et entremêler plusieurs arts : la haute-couture, le dessin, la mode et, bien évidemment celui qui est à l’origine de tout cela, le cinéma demandeur de tous les arts pour pouvoir exister.


Les costumes de Visconti et de Fellini
En fait, en s’inspirant de sa propre expérience en tant que réalisateur de cinéma, Ferzan Özpetek rend hommage surtout à la maison de couture pour le théâtre et le cinéma, la maison Tirelli Trapetti fondée en 1964 et que le réalisateur imagine fermant ses portes aujourd’hui pour plus de mélancolie. Mais la maison existe toujours, elle ressemble à ce qu’elle est dans le film et a créé les plus beaux costumes du cinéma italien et international, comme Le Guépard de Visconti, Le Casanova de Fellini, selon les cartons de Danilo Donati pour la Sartoria Farani ainsi que les robes sculptures de la chanteuse italienne Mina, etc. Film hommage, film mémoire, Ferzan Özpetek raconte en fait ici ses années 1980 alors qu’il était assistant et qu’il voyait l’envers du décor du cinéma : « Ces lieux me fascinaient, déclare-t-il dans le dossier de presse du film, je ressentais l’enchantement de ces sanctuaires de beauté séculaires, où la beauté s’épanouissait avec ingéniosité, rigueur et dévouement. » Comme tout ceci est bien rendu dans ce film qui laisse tout apparaître, de la beauté des femmes, mais aussi des jeunes gens qui virevoltent parfois dans ce zénana, de la splendeur des robes, mais surtout de l’art cinéma qui permet encore tout cela. Pourvu que ça dure, comme disait la maman de Napoléon…









