Casting

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Mise en abyme de Werner Fassbinder.

Le pouvoir de la télévision

Film berlinois par excellence d’un corédacteur du magazine Revolver, cette sixième réalisation confirme le talent d’un réalisateur, passé par diverses écoles et troupes de théâtre et maintenant professeur à la German Film and TV Academy (DFFB) de Berlin. Casting nous offre une belle réflexion sur le petit monde de la télévision, sur le travail du comédien qu’il connaît bien et sur les interactions qui mènent ce monde à la fois restreint mais ouvert sur le monde et qui se pense bien supérieur à ce qu’il n’est en réalité.

Le film est une savoureuse et intelligente mise en abyme du cinéma de Rainer Werner Fassbinder, maintenant hélas un peu oublié, mais qui fit les beaux jours du cinéma allemand des années 70 et 80, et même celui du théâtre. Les préparatifs du tournage d’un remake pour la télévision du célèbre film de Rainer Werner Fassbinder Les Larmes amères de Petra von Kant, à l’occasion de son 75e anniversaire, entrent dans leur dernière ligne droite et la réalisatrice de ce téléfilm ne parvient pas à se décider entre les quatre actrices pour le choix du rôle principal, à savoir celui de Petra von Kant.

 

 

Bon choix des protagonistes

On peut dire que, s’agissant de son propre film, Nicolas Wackerbarth a fait les bons choix et ses actrices et acteurs sont parfaits dans leur rôle. De plus, utilisant une image volontairement télévisuelle, celle de Jürgen Carle, et des décors de Klaus-Peter Platten, sobres et parfaitement réalistes, il parvient totalement à recréer l’ambiance d’un travail quelquefois inutile, mais aussi parfaitement tyrannique qui joue à la fois sur le monde du travail et sur la psychologie des acteurs dans une totale confrontation parfois entre vie personnelle et vie professionnelle. Encore plus qu’une réflexion sur l’art fassbinderien, Casting nous met parfois mal à l’aise car il convoque un monde de création, mais aussi d’exploitation. En effet, dans cette sorte de valse hésitation de Vera, la réalisatrice, incarnée par Judith Engel, très brillante, un acteur non professionnel de second ordre, Gerwin, (incarné par Andreas Lust, lui aussi excellent) y verra l’occasion de se mettre en avant et de tenter de se trouver une nouvelle chance. Puisque Kostja, l’acteur principal pressenti, n’a pas encore pu se libérer de son engagement précédent, Gerwin le remplacera et donnera la réplique aux actrices, de façon parfois admirable, mais la fin du film le remettra durement à sa place, montrant par là-même la cruauté et l’implacabilité de l’univers de la télévision – mais aussi bien sûr du cinéma – vis-à-vis des seconds rôles et sa soumission à l’audience et au star-system.

 

 

Film d’une grande finesse

Casting est donc un film très intelligent qui, outre une analyse très fine de l’univers de Fassbinder connu pour sa mise en scène des femmes entre autres, propose une sorte de portrait du monde du spectacle, avec ses rivalités, ses désirs, ses jalousies et, parfois, son talent, à la manière d’un Billy Wilder ou d’un Sacha Guitry. « La pièce, Les larmes amères de Petra von Kant, interagit à bien des égards avec l’histoire de notre film, se confie le réalisateur dans le dossier de presse du film. Depuis que la créatrice de mode, Petra, est devenue une personnalité publique, elle n’est plus sûre que les gens l’aiment pour elle-même ou pour sa renommée et son pouvoir économique. Avec Gerwin, c’est l’exact contraire. Il se fout de son « Moi », qui ne lui paiera pas ses factures. Il voit enfin une chance d’être reconnu professionnellement, ce qui lui a toujours été refusé jusqu’à maintenant. Tout le monde dans le film se bat pour tenter sa chance. » Et c’est bien là la description de notre monde pour qui l’art n’est finalement qu’accessoire pour gagner sa vie à tout prix.

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Durée : 90 mn


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