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45 ans

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Sobre et beau drame conjugal sur fond de blessures du passé.

De Andrew Haigh, on avait beaucoup aimé Week-end (2012), récit de deux jours dans la vie de deux hommes dont l’intense rencontre fortuite n’avait su empêcher la chute précipitée d’une histoire à peine entamée. Depuis, le réalisateur britannique a réalisé Looking, subtile série pour HBO qui suit une poignée de personnages gays dans le San Francisco d’aujourd’hui. 45 ans marque son retour à un cinéma plus classique, volontairement sobre – et hétéro, puisqu’il s’intéresse ici à un homme et une femme mariés (depuis 45 ans donc), qui s’apprêtent à fêter leur anniversaire quand la découverte d’un corps gelé dans les montagnes suisse vient perturber un équilibre bâti à la force des années. Ce corps, c’est celui de Katya, amour de jeunesse de Geoff (Tom Courtenay) qui avait disparu au cours d’une randonnée. “Je suis sûr de t’en avoir parlé à l’époque”, affirme Geoff à Kate (Charlotte Rampling), son épouse. Elle ne s’en souvient pas, et l’idée que son mari aurait pu choisir une route différemment tracée vient déstabiliser un quotidien parfois morne, mais rassurant.

Chronique d’un glissement progressif vers une jalousie maladive quoique fantômatique, 45 ans frise parfois l’académisme, surtout lorsqu’il se place du côté du symbolisme pour dire le poids du temps sur le sentiment amoureux. Regards lourds de sens, non-dits, parole bouillonnante qui n’ose s’exprimer, il faut tout le talent de Rampling et Courtenay pour que le film ne se fige dans une posture d’austérité. Mais Andrew Haigh est un réalisateur délicat, qui prend son temps pour suggérer le délitement à l’aune d’une simple étincelle, une rupture tectonique qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, pourrait tout réagencer. Sa mise en scène, élégante et sobre, fait craindre un temps une version amoindrie du face-à-face conjugal à la Bergman, pour finalement laisser place à une cruauté inquiète qui regarde parfois du côté du thriller. Que reste-t-il d’une vie passée à deux, quand un simple grain de sable vient tout remettre en question ? C’est l’interrogation malade de 45 ans, bel objet pas tout à fait affirmé, qu’une dernière séquence splendide rend éminemment aimable.

Titre original : 45 Years

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Genre :

Durée : 95 mn


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