Les Acteurs

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Si l´on doit parler d´hommages au cinéma, ce sont bien sûr des noms comme Truffaut ou Fellini qui viendront à l´esprit ; pour celui rendu aux acteurs d´une génération oubliée, c´est celui de Bertrand Blier et de ces Acteurs qui apparaîtra au sommet de la liste. Tout d´abord, il y a le plaisir du casting […]

Si l´on doit parler d´hommages au cinéma, ce sont bien sûr des noms comme Truffaut ou Fellini qui viendront à l´esprit ; pour celui rendu aux acteurs d´une génération oubliée, c´est celui de Bertrand Blier et de ces Acteurs qui apparaîtra au sommet de la liste.

Tout d´abord, il y a le plaisir du casting : Jean-Pierre Marielle, André Dussolier Claude Rich, Jacques Villeret, Josianne Balsko, Sami Frey, Michel Serrault, Michel Piccoli, Dominique Blanc, Jean Yanne, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Michel Galabru, Pierre Arditi, Jean-Claude Brialy, François Berléand, Maria Schneider, Jacques François, Gérard Depardieu, Claude Brasseur, Albert Dupontel, Patachou, Ticky Holgado, Bertrand Blier… Ce même Bertrand Blier qui, deuxième bonne surprise, renoue avec son style le plus pur, le plus caustique, celui de Buffet froid, autrement dit un humour absurde et décalé, dérangeant pour certains mais qui ne lasse pas indifférent.
Tout commence donc avec Marielle, Villeret et Dussolier dans un restaurant chic parisien. Elément perturbateur : Marielle ne s´est pas vu servir son pot d´eau chaude commandé il y a dix minutes. De là va découler une réflexion sur leur génération, sur le métier d´acteur, sur les disparus et sur ceux à venir… En se gardant bien de toute logique et de tout sérieux évidemment. Ainsi va la vie, et elle est pas belle quand on est un acteur devenu vieux, que plus personne ne semble admirer. Marielle en vient à déprimer, Arditi vire homosexuel avec Brialy, Dussolier se fait remplacer par Balasko, Villeret casse du sucre sur le dos de Piccoli, Sami Frey fait le zouave au milieu de la circulation et Depardieu se prend des panneaux de pleine face !

C´est avec une nostalgie non dissimulée que Blier filme ses acteurs, pour lui plus des amis que des collègues, et qu´il se souvient à travers eux de ces grands disparus, du monologue de Delon pour se remémorer Gabin, Ventura, Montand, Signoret, De Funès et autre Bourvil tandis que Dussolier crie haut et fort que personne ne peut remplacer Mastroianni.
Il y aussi un regard malicieux, une petite attaque pas méchante avec ses acteurs : l´alcoolisme, le caractère nocturne, l´énorme dépendance des autres… De l´archi-connu des chroniques people mais des détails que Blier adore épingler soigneusement aux acteurs concernés et, au passage, titiller son acteur préféré, Piccoli.
Il y a donc ce souci de Blier, tant dans l´écriture que dans la mise en scène, de laisser sombrer les acteurs dans un gouffre sans fond, celui de l´ennui, du terrible anonymat. Pire, il va jusqu´à les faire exterminer par une police spéciale ! Commandée, bien sûr, par Albert Dupontel, un Blier à sa façon mais de la nouvelle génération…
Sans créer d´interaction avec le spectateur, Blier tisse un lien qui lie irrévocablement le destin du spectateur à celui des acteurs : on ne lui demande pas son avis, on ne l´invite même pas à regarder, on lui dit juste que c´est lui qui condamne les acteurs, pas Blier.

Mais voilà que le film dérape. On ne sait trop comment, on assiste à une thérapie de Maria Schneider, à un passage aussi furtif et inutile qu´amusant de Depardieu, saluant son ami de toujours et celui à qui il doit sa carrière, à plusieurs ellipses qui déboussolent un peu et surtout à une dernier quart d´heure bien étrange, presque angoissant où Serrault devient le collabo d´une milice chargée d´éliminer les acteurs comme Galabru ou Belmondo. On perd tout ce petit charme qui sévissait durant tout le film, cet hilarant non-sens qui faisait des Acteurs un spectacle unique. Comme un soufflé, le film prend un beau départ mais rate sur la fin, peut-être à trop vouloir tirer sur la corde.

Un film hélas inégal, qui partait pourtant sur de très bonnes bases mais qui s´essouffle en cours de route pour terminer sur un aveu qui, loin de tout voyeurisme, prouve que les artistes sont des gens comme les autres…

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